Scandale des "Covidpreneurs" : en Afrique du Sud, 17 millions de dollars détournés sur fond de pandémie

Le président Cyril Ramaphosa en avril dernier

FRAUDES – Des enquêteurs sud-africains ont fait savoir que des fonds publics destinés à la lutte contre la Covid-19 avaient été attribués illégalement à des figures politiques ou des hommes d’affaires. Une vaste affaire qui remue la classe politique depuis l'été.

On les appelle les "Covidpreneurs". En Afrique du Sud, des hommes et des femmes politiques ou du milieu des affaires ont amplement profité de la crise sanitaire en s’enrichissant sur le dos de la population. Au total, ce sont plus de 17 millions de dollars qui ont officiellement été détournés des budgets publics destinés à la lutte contre l’épidémie, ont annoncé vendredi 5 février les enquêteurs ayant travaillé sur ces dossiers depuis des mois et dévoilant ainsi un vaste système de fraudes et de surfacturations dans la gestion des fonds de l’État. 

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Mais d’abord le contexte. À ce jour, l’Afrique du Sud est le pays le plus touché du continent par le Covid-19 avec plus de 45.600 décès enregistrés et la présence d’un variant qui a accéléré les contaminations. En conséquence, le pays a déboursé 2 milliards de dollars dans des achats liés à la pandémie entre les mois d'avril et de novembre dernier, selon le département du Trésor public. Et la moitié de cette somme est aujourd’hui sous le coup d’enquêtes pour d’éventuels fraudes ou actes de corruption. 

Un scandale impliquant le parti au pouvoir

Cet été, le président Cyril Ramaphosa ordonne en personne le lancement de plusieurs investigations après que le scandale des "Covidpreneurs" a éclaté dans la presse nationale. Au mois de juillet, le Sunday Independent révèle que King Madzikane II Diko, l’époux de la porte-parole de la présidence et gérant d’une entreprise, aurait bénéficié illégalement de contrats d’équipements de protection sanitaire pour un montant de 125 millions de rands (près de 8 millions de dollars). À l’époque, le chef de l’État fait une déclaration publique dans laquelle il se dit "déterminé à ce que chaque affaire de corruption fasse l’objet d’une enquête approfondie et que les responsables de méfaits soient poursuivis". 

La porte-parole de la présidence démissionne peu de temps après mais cela n’éteint pas pour autant le scandale. Les dossiers s’accumulent et l’affaire des "Covidpreneurs" prend tant d’ampleur, allant jusqu’à concerner le parti au pouvoir, l’ANC, qu’elle en rappelle une autre qui a traumatisé tout un pays : le plus gros scandale de corruption depuis la fin de l’Apartheid, intervenu dans les années 2000 sous la présidence de Jacob Zuma. Fin août, Cyril Ramaphosa adresse une lettre ouverte aux militants de son parti, évoquant alors une "trahison impardonnable" : "Certains d'entre nous ont clairement oublié leur serment. [...] Tenter de profiter d'une catastrophe qui coûte la vie, chaque jour, à notre peuple, c'est un comportement de charognards". 

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La plupart de ces contrats illégaux, les fraudes et autres surfacturations auraient été détournés des fonds alloués à l’origine au chômage partiel, mis en place pendant la crise, et aux équipements de protection sanitaire - comme on l’a vu dans l’affaire du mari de la porte-parole. Ce sont plusieurs centaines de cas, deS coins reculés de provinces jusqu’aux proches du président, qui font aujourd’hui l’objet d’une enquête. Et ces dossiers, déposés devant un juge spécial, visent aujourd’hui à récupérer 17,3 millions de dollars de fonds publics, selon Andy Mothibi, responsable de l’Unité des enquêtes spéciales. Parlant de "pressions politiques" ayant pu survenir dans certains cas de figure, ce dernier a martelé en direct à la télévision : "Nous devons récupérer cet argent et le rendre à l’État".

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