"Manifestations corona" : mais qui sont ces rebelles anti-restrictions ?

Cette manifestante britannique anti-confinement, ici le 5 mai à Londres, s'oppose également au déploiement de la 5G ou aux vaccins
International

RÉBELLION - Partout à travers le monde, des milliers de personnes expriment dans la rue leur opposition aux règles de restrictions sociales décidées pour lutter contre le coronavirus. Ces "manifestations corona" réunissent un assemblage hétéroclite de personnes réellement inquiètes et de militants de tous bords.

Confine moi si tu peux. Alors qu'un grand nombre pays ont imposé des règles sanitaires restrictives pour endiguer la propagation du Covid-19, des manifestants s'opposent à ce type de décisions depuis plusieurs semaines partout à travers le monde. Les rassemblements les plus marquants se sont déroulés aux Etats-Unis, où certaines personnes n'hésitaient pas à arborer leurs armes à feu, symbole, selon elles, de leur liberté et de la défense de leurs droits. 

Mais plus proche de chez nous, des rassemblements de ce type ont également eu lieu ce week-end en Suisse, en Allemagne ou encore au Royaume-Uni. Qui sont ces groupes ? Quelles sont leurs revendications ?

Un goût prononcé pour les théories du complot

Les différentes manifestations corona semblent unies sous la bannière des théories du complot. Samedi à Londres, plusieurs militants ont été arrêtés lors d'un rassemblement à Hyde Park. Selon The Evening Standard, une dizaine d'entre eux brandissaient des banderoles du type "Il ne s'agit pas d'un virus, il s'agit de contrôle". Piers Corbyn, le frère de l'ancien chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, a lui-même été emmené par la police après s'être présenté dans le parc londonien avec un mégaphone à travers duquel il criait que la 5G et la pandémie de coronavirus seraient liées, rapporte le Dailymail

Le phénomène s'exporte jusqu'en Australie. Plus de 200 personnes, que le très sérieux quotidien The Australian qualifie de "manifestants loufoques", se sont réunies à Melbourne et à Sydney la semaine dernière. Parmi les slogans entendus : le coronavirus serait "un canular" provenant de "Satan" et le gouvernement serait "criminel" d'imposer des règles de confinement et de restriction sociale. Les militants anti-vaccin étaient également de la partie. 

Des défenseurs des libertés individuelles

Dans certains pays, le mouvement s'accompagne d'une vraie réflexion sur les risques pour les libertés fondamentales que font courir le maintien des règles sanitaires coercitives. Une vigilance citoyenne observée par la sociologue suisse Katja Rost pour Le Temps. "Ces protestations sont l’expression d’une société civile qui estime que l’Etat a pris trop de poids et se mêle de trop près de la vie privée. A la solidarité collective prônée par les autorités pour justifier les restrictions, ils opposent les droits individuels." En Suisse, les corona-skeptiker, le sceptiques du coronavirus, débusquent les moindres contradictions dans le discours des autorités, comme sur le changement de consignes sur le port du masque par exemple. 

Élan identique en Allemagne, où 5.000 personnes se sont réunies samedi à Stuttgart, d'après le Stuttgarter Nachrichten, sous la bannière du 'Querdenken', que l'on pourrait traduire par 'pensée latérale'. Ce mouvement a été initié par l'entrepreneur Michael Ballweg, qui considère que les restrictions liées à la lutte contre le coronavirus, notamment celle qui consiste à limiter le nombre de personnes dans un rassemblement, sont contraires aux principes constitutionnels du pays. Il a rappelé son intention de saisir la Cour constitutionnelle fédérale pour contester les restrictions à la liberté de réunion.

Risque de récupération par les extrêmes

Si le grand rassemblement pacifique de Stuttgart avait des motivations pacifiques, ailleurs en Allemagne, les manifestations similaires sont déjà gangrenées par des groupuscules d'extrême droite. Hebdomadaires, depuis début avril, elles prennent de l'ampleur et inquiètent les autorités. Ces "manifestations corona" réunissent un assemblage hétéroclite de militants extrémistes, de personnes authentiquement inquiètes d'une limitation des libertés publiques, d'opposants aux vaccins, voire d'antisémites, relève l'AFP. Tous se rejoignent pour dénoncer le port du masque dans les magasins ou les restrictions de mouvement qui subsistent après le déconfinement. 

Le tabloïd Bild rapporte également des manifestations à Hambourg et Berlin ce samedi, cette fois sous le mot d'ordre "Widerstand 2020", ce qui signifie "Résistance 2020". Des échanges plus musclés avec la police ont eu lieu, suivis de quelques arrestations. 

"Nous remarquons certainement que les groupes les plus divers de notre société tentent de profiter de la situation actuelle", a déclaré lundi 11 mai un porte-parole du ministère de l'Intérieur d'Allemagne. 

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Dans le nord du pays, les autorités locales du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale estiment que "la pandémie est utilisée comme une occasion de critiquer le gouvernement fédéral de manière téméraire, de diffuser des théories du complot en partie antisémites et de stigmatiser les migrants comme porteurs du virus", rapporte Euroactiv

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