Avec plus de 90.000 morts, le Brésil paye un lourd tribut de sa gestion de l’épidémie

Avec plus de 90.000 morts, le Brésil paye un lourd tribut de sa gestion de l’épidémie
International

GESTION – Après les Etats-Unis, le Brésil est le pays le plus endeuillé par l’épidémie avec 90.134 morts du Covid-19.

Suivant la trajectoire funeste des Etats-Unis qui ont franchi le cap des 150.000 morts du Covid-19 mercredi 29 juillet, le Brésil a passé au même moment la barre des 90.000 décès. Le plus grand pays d’Amérique latine est aussi le deuxième pays le plus endeuillé au monde par l’épidémie. 1.595 décès supplémentaires et 69.074 nouvelles contaminations ont été enregistrés ces dernières 24 heures. Un nombre dont l'importance doit à un problème technique rencontré dans l’Etat de Sao Paulo, qui l’a contraint à intégrer mercredi seulement ses données de la veille.

Si le bilan de mercredi est donc à relativiser, le virus circule toujours activement au Brésil, où 1.000 décès en moyenne sont recensés chaque jour depuis début juillet. Il se pourrait même, selon le journal brésilien O Dia qui se fonde sur les estimations de l’Imperial College, que le pays concentre 8.000 décès en seulement une semaine - un record mondial. Le centre britannique, qui observe de près la situation au Brésil, constate que la contamination virale y est hors de contrôle pour la 14e semaine consécutive. 

Trois ministres de la Santé depuis avril

A quoi est-ce dû ? Aujourd’hui, de nombreux experts brésiliens mettent en cause l’absence de politique nationale. "Le grand problème du Brésil est le manque de réponse centralisée et coordonnée : chaque État, voire chaque ville, fait comme il l’entend pour contrer la pandémie", a détaillé à France 24 Maria Fernanda Grassi, médecin infectiologue et chercheuse à la Fondation Oswaldo Cruz à Salvador de Bahia. Résultat, certaines villes ont confiné leurs habitants (Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Salvador), d’autres non. Dans le détail, les Etats qui dénombrent aujourd’hui le plus de morts sont ceux de São Paulo (21 676), Rio de Janeiro (13 033), Ceará (7 643), Pernambuco (6 484) et Pará (5 694). 

Sur le plan politique, depuis le début de la crise sanitaire, trois ministres de la Santé se sont succédés. Luiz Henrique Mandetta, a été limogé au mois d’avril par Jair Bolsonaro pour avoir défendu les gestes de distanciation physique, en opposition à la ligne du président. Celui-ci a été remplacé par Nelson Teich, lui-même démissionnaire le 16 mai après de nouvelles divergences sur la gestion de crise. Le dernier ministre en date se trouve être Eduardo Pazuello, un militaire sans formation médicale, nommé par intérim le 3 juin dernier.

Une politique de tests insuffisante

Pour La Croix, Luiz Henrique Mandetta est revenu sur la gestion de l’épidémie par les autorités, et notamment sur la politique de dépistage : "Nous avons d’abord acheté des tests par l’intermédiaire de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPAS), le bureau de l’OMS dans les Amériques. Mais le gouvernement brésilien a commencé à se disputer avec l’OMS. Par la suite, le Brésil n’a pas réussi à acheter le nombre de tests suffisant sur le marché international, en raison de la forte demande venant de tous côtés. Le gouvernement a également décidé de ne plus financer une étude sérologique de l’Université de Pelotas (sud) pour des raisons politiques, ce qui est une erreur."

Et l’insuffisance des tests incite les scientifiques à penser que les chiffres des contaminations (plus de 2,55 millions depuis le début de l’épidémie) ne correspondent pas à la réalité. Outre cet échec dans la stratégie de dépistage de la population, l'antépénultième ministre de la Santé a expliqué au quotidien que, "dans un pays où le fossé est immense entre les plus riches et les plus pauvres, où certains vivent entassés dans des quartiers insalubres, les gens finissent par se contaminer sans raison". 

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Jair Bolsonaro a d’ailleurs lui-même été contaminé. Durant son isolement au palais d’Alvadora, à Brasilia, le président a été filmé se baladant près de sa résidence et discutant avec des employés, sans porter de masque. Un geste qui en dit long sur la légèreté avec laquelle il gère la crise. Les critiques contre le chef de l’Etat vont même jusqu’à se traduire en actes judiciaires puisque le 26 juillet, une plainte contre lui a été déposée à la Cour pénale internationale (CPI), pour crime contre l’humanité. Le collectif de syndicats de soignants à l’origine de la procédure accuse Jair Bolsonaro "d'avoir fait preuve de négligence criminelle dans sa gestion de la pandémie de Covid-19, risquant la vie de professionnels de santé et de membres de la société brésilienne". 

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Malgré des indicateurs dans le rouge, le gouvernement, obsédé par le redressement de son économie, a décidé par décret ce jeudi 30 juillet de rouvrir les frontières aériennes du pays, après quatre mois de fermeture. Les voyageurs devront toutefois prouver qu’ils disposent d’une couverture maladie le temps de leur séjour sur place. Les Brésiliens sont en revanche toujours interdits d’entrée sur le continent européen.

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