AstraZeneca suspendu : le salut viendra-t-il du vaccin russe Spoutnik V ?

AstraZeneca suspendu : le salut viendra-t-il du vaccin russe Spoutnik V ?

OUTSIDER - Alors que l'Agence européenne du médicament continue d'examiner le vaccin russe, Spoutnik V, Moscou aurait déjà conclu des accords de production avec certains pays de l'UE, dont la France, où la méfiance grandit face à l'AstraZeneca.

Le Vieux Continent va-t-il se retrouver au centre d'une nouvelle guerre froide entre la Russie et les États-Unis dans la course aux vaccins ? Face aux déconvenues du vaccin AstraZeneca, mis momentanément sur la touche pour de potentiels effets secondaires, à laquelle s'ajoute une baisse de ses livraisons vers l'Union européenne d'ici juin, le Kremlin est bien décidé à s'imposer en Europe avec son vaccin Spoutnik V.

Pour ce faire, une étape clé a été franchie le 4 mars dernier avec le début de l'examen de ce sérum par l'Agence européenne du médicament (EMA). Et dans l'attente de son homologation, la Russie a annoncé dès lundi avoir trouvé des accords de production "avec des sociétés d'Italie, d'Espagne, de France et d'Allemagne". Ce qui permettrait, selon les autorités russes, de fournir des vaccins à 50 millions d'Européens à partir de juin. 

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Par ailleurs, le patron du Fonds souverain russe, Kirill Dmitriev, s'est empressé d'ajouter que la Russie était aussi prête à "lancer l’approvisionnement des pays de l'UE qui autoriseront Spoutnik V indépendamment" de l'EMA, à l'instar de la Hongrie ou de la Slovaquie.

Près de 92% d'efficacité

La Russie pourrait donc bien être en passe de gagner son pari avec son Spoutnik V, malgré un accueil très frileux en Europe lors de l'annonce de sa création en août dernier, où il était accusé d'avoir été développé à la hâte et sans transparence. Mais depuis, plusieurs études, dont une publiée en février dans la revue médicale The Lancet, ont rapporté des taux d'efficacité plus qu'encourageants, avoisinants les 92%, et de fait, à peu près similaires à ceux avancés par les laboratoires Pfizer et Moderna (autour de 95%), qui, eux, utilisent l'ARN messager. 

Dans le détail, seuls 16 volontaires sur 14 900 qui avaient reçu les deux doses du vaccin russe ont été testés positifs (soit 0,1%), contre 62 sur 4 900 qui avaient reçu le placebo (soit 1,3%). Toutefois, les auteurs de l'étude expliquent que "l'analyse de l'efficacité ne porte que sur les cas symptomatiques" et qu'ainsi "d'autres recherches sont nécessaires pour cerner l'efficacité du vaccin sur les cas asymptomatiques et sur la transmission".

Spoutnik V fait donc une entrée fracassante dans le trio de tête. Et face aux difficultés d'approvisionnement et aux doutes concernant ses effets secondaires, portés sur l'autre vaccin "à vecteur viral" qu'est l'AstraZeneca d'Oxford, il a désormais toutes ses chances. D'autant que d'un point de vue technique, le vaccin d'AstraZeneca est basé sur un unique adénovirus de chimpanzé, tandis que le vaccin russe utilise deux adénovirus humains différents pour chacune de ses deux injections. Ce qui, selon ses concepteurs, pourrait provoquer une meilleure réponse immunitaire.

Une douleur au point d'injection

Autrement, concernant les effets secondaires du vaccin Spoutnik V, même s'il existe encore peu de données à l'heure actuelle, selon une analyse du laboratoire Gamaleya Research Institute- Health Ministry of the Russian Federation, "aucun événement indésirable grave n'a été détecté" lors de la première injection. En revanche, "un effet secondaire était plus fréquent après la seconde injection : une douleur au point d'injection était signalée par 58% des participants (52,6% avec le vaccin congelé et 63,2% avec le lyophilisé). Les événements indésirables systémiques les plus fréquents étaient une hyperthermie (52% des participants sur l'ensemble des sujets inclus dans les deux essais, 81,6% avec les vaccins congelés, 23,6% avec les lyophilisés), des céphalées (respectivement 42%, 52,6% et 31,6%), une asthénie (respectivement 28%, 44,7% et 10,5%), et douleurs musculaires et douleurs articulaires (respectivement 25%, 28,9% et 23,7%)."

Face à des campagnes de vaccination qui peinent à décoller et des problèmes d'approvisionnement, les contacts se multiplient désormais entre la Russie et plusieurs pays de l'UE. Le gouvernement espagnol s'est dit "ouvert" et "enthousiaste" à l'idée d'utiliser le vaccin russe Spoutnik V lorsqu'il sera autorisé par l'Agence européenne des médicaments. La chancelière allemande Angela Merkel s'est déjà dite ouverte, sous condition, à l'idée d'utiliser le vaccin. La France a, elle, été plus nuancée, son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian déclarant que le vaccin russe était le bienvenu "si Spoutnik est validé, homologué par l'Agence européenne du médicament et en France par la Haute autorité de santé (...), s'il correspond aux normes scientifiques et aux exigences de robustesse et de contrôle qui s'imposent en Europe".

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Après des mois à défendre la qualité de son produit, la Russie pourrait donc se retrouver dépassée par son succès. Car si Moscou dit avoir, avant même le coup de projecteur donné par The Lancet, reçu des précommandes pour plus d'un milliard de doses, elle n'est pas en mesure de satisfaire une telle demande. Plutôt qu'exporter, Moscou veut donc développer des partenariats de production. La Russie a contacté le laboratoire allemand IDT pour produire son vaccin en Europe, avait notamment indiqué la semaine dernière une porte-parole du ministère allemand de la Santé.

Pour le moment, quatre vaccins sont autorisés dans l'Union européenne : ceux de Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca, et Johnson & Johnson. Outre Spoutnik V, deux autres, ceux de Novavax et CureVac, sont en cours d'examen.

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