Crash d'un Boeing à Téhéran, un missile en cause ? Les questions qui demeurent

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Iran - Etats-Unis : l'inquiétante escalade

À QUI LA FAUTE ? - Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a affirmé jeudi que l’avion dont le crash a causé la mort de 176 personnes a été abattu "par un missile sol-air iranien". Une accusation que l’Iran a démentie. Un spécialiste, ancien responsable français des opérations aériennes, fait le point pour LCI.

Le Canada a affirmé que le Boeing ukrainien qui s'est écrasé mercredi à Téhéran a été abattu par un missile iranien. Il avant pour ce faire des "informations de sources multiples" . Que faut-il en penser ?

Il faut un faisceau d’informations et de preuves pour tenter d’accéder au plus près de la vérité. Dans ce cadre, on peut noter que si les Iraniens paraissent avoir fourni tout récemment les boites noires aux Ukrainiens, ces derniers n’ont pas le savoir-faire pour les exploiter finement. Si les Iraniens veulent jouer la transparence, ils doivent donc donner leur autorisation pour que ces boites noires puissent être exploitées par des experts allemands, français ou américains qui savent les "décrypter" ; ce qui ne semble pas encore être le cas aujourd’hui. Si le Premier ministre canadien s’avance sur le sujet, c’est qu’il doit aux Canadiens la vérité, d’autant que les familles veulent savoir ce qui s’est passé réellement. Si le Premier ministre canadien est soutenu par le Premier ministre britannique et en demi-teintes par Trump, c’est que les pays occidentaux et en particulier les Américains bénéficiaient vraisemblablement, en temps réel, de tous les moyens de renseignements sophistiqués nécessaires pour suivre les actions de représailles engagées par les Iraniens contre leurs forces situées dans la région. Ces renseignements précis sont des images et les videos prises depuis l’espace par de nombreux satellites d’observation mais aussi des interceptions des émissions radars (Elint : electronic intelligence), et des communications (Comint: communication intelligence) en particulier des systèmes sol-sol et sol-air iraniens effectués par des satellites, des avions ou des drones  spécialisés dans ce genre de recueils.

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La France s'est dit "disponible pour contribuer à l’expertise" mais n’a pas été sollicitée pour l’instant : pour quelles raisons ?

C’est avant tout une question de politique et de diplomatie. Le Ministre propose les services de la France pour décrypter les boites noires comme cela avait été fait pour le crash du Vol 804 d'Egypt Air le 19 mai 2016. Les boîtes noires avaient été, en effet, récupérées par les Égyptiens pendant un moment avant de les confier ensuite aux Français pour les faire parler. 

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L'avion abattu par un missile iranien ? Le point de vue de Michel Scott

Les autorités iraniennes ont, elles, démenti, se basant notamment sur les problèmes techniques qu'a connus Boeing ces dernières années avec ses appareils 737 MAX, dont deux exemplaires se sont écrasés en l'espace de cinq mois. Que penser de cette piste ?

C’est totalement faux puisque le Boeing qui a été abattu n’est pas un 737 MAX, qui depuis plusieurs mois sont interdits de vols !, mais un 737-800 ukrainien, appareil fiable de la série des 737. Par ailleurs ce Boeing avait 3 ans d’âge et avait subi une visite technique trois jours plus tôt . 

Quid du rôle du  pilote : pourquoi n'a-t-il pas passé d'appel d'urgence ?

Faute de temps, manifestement. L'équipage aurait dû passer cet appel de deux manières : en l’annonçant à la radio via la fréquence de détresse (121,5 MHertz ou 243 MHertz) ou en basculant le système IFF de bord (Identification Friend or Foe, soit identification ami ou ennemi) sur la position "A77 00" ou de détresse afin de signaler aux contrôleurs aériens un atterrissage d’urgence. Le pilote et le copilote sont entraînés pour ces phases très délicates, sous stress, qui nécessitent des réactions quasi instantanées et répétées de nombreuses fois au simulateur. Il est donc étonnant que l’équipage n’ait pas agi comme prescrit. Peut être n’a-t-il pas eu le temps...

Peut-on déjà parler de "tragédie Iranienne" ?

Bien sûr, s’il est prouvé que les iraniens ont abattu un avion avec de nombreux Iraniens à bord. Plus grave encore vis à vis de leur population s’ils s’étaient trompés d’appareil. Ne souhaitaient-ils pas, en effet, abattre plutôt un appareil avec des passagers américains à bord ? On peut le penser quand on se réfère à l’annonce du Président Rohani précédant de quelques heures les attaques et le crash du Boeing qui reprochait alors aux américains la mort de 290 passagers iraniens à bord de l’Iran Air abattu par les missiles de l’USS Vincennes, en 1988 !  

Quant à l’argument "l’avion en feu aurait fait demi-tour" : est-ce possible ?`

Bien sûr. Quand un équipage connait un problème technique sérieux, il recherche immédiatement un terrain de déroutement afin de pouvoir se poser le plus rapidement possible. Dans le cas présent, deux hypothèses se dégagent : soit l’avion vole toujours et l’équipage décide de se reposer sur le terrain d’où il venait de décoller. Par contre, contrairement aux procédures, il n’annonce pas au contrôle aérien son demi-tour car le stress prend le dessus, ce qui peut paraitre étonnant, compte tenu des procédures d’urgence "mécanisées" explicitées plus haut. Soit l’avion explose en vol et alors il n’y a pas eu évidemment de demi-tour engagé par l’équipage ; ce qui peut paraitre plus vraisemblable.

Quel avenir pour l’enquête ?

Tant que les responsables iraniens ne fournissent pas réellement les boites noires à un pays capable de les déchiffrer, ils confortent, de facto, l’hypothèse d’un tir de missile. 

MISE À JOUR : les autorités ukrainiennes ont indiqué en fin de journée vendredi qu'elles avaient eu l'autorisation d'accéder aux boîtes noires. "Notre équipe a maintenant obtenu l'accès aux boîtes noires, nous prévoyons  de commencer prochainement la reconstruction de conversations" qui y sont  enregistrées, a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères Vadym  Prystaïko au cours d'une conférence de presse.

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