Crash du Boeing en Iran : "C’est une tragédie aérienne et une tragédie iranienne"

Crash du Boeing en Iran : "C’est une tragédie aérienne et une tragédie iranienne"
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Iran - Etats-Unis : l'inquiétante escalade

DÉCRYPTAGE - L'Iran a reconnu ce samedi avoir abattu "par erreur" un Boeing 737 ukrainien au décollage de Téhéran. La catastrophe a fait 176 morts et le pays a présenté ses excuses tout en pointant la responsabilité de "l'aventurisme américain". Voici ce que nous disait ce vendredi juste avant l'annonce Michel Scott, éditorialiste TF1-LCI, de retour de Téhéran.

176 passagers et membres d'équipage - dont 63 Canado-iraniens - ont péri mercredi à Téhéran dans le crash d’un Boeing 737 d’Ukraine International Airlines (UIA). La cause du drame : un missile iranien tiré par erreur, affirme le Canada, et plusieurs pays occidentaux. L'Iran, lui, démentait fermement ce vendredi avant de reconnaitre l'avoir abattu "par erreur". Juste avant l'annonce de l'Iran ce samedi, Michel Scott, éditorialiste TF1-LCI, de retour de Téhéran, a décrypté les enjeux pour LCI.

Que penser de l’hypothèse de l’avion abattu par un missile iranien ?

Michel Scott : Elle est crédible. Au bout de deux ou trois minutes de vol, dans l’axe de la piste de décollage, à une altitude d'environ 7800 pieds (2400 mètres) au-dessus de la commune de Parand, l'avion a cessé de transmettre ses données. C’est une zone où il n’est pas impossible, effectivement, que la défense anti-aérienne se soit positionnée. Le système TOR-M1, composé de lanceurs montés sur engin mobile, tirant des missiles sol-air de courte portée destinés à l’interception d’une menace venue du ciel, aurait très bien pu être installé non loin de cette zone stratégique qu’est l’aéroport et qui est à la périphérie sud-ouest de la capitale iranienne. Au moment où cet avion ukrainien décolle, on est cinq heures seulement après la frappe iranienne sur les bases américaines en Irak. Les Iraniens sont sur les dents, en alerte maximale, persuadés qu’une réplique américaine immédiate peut intervenir à tout instant. Pourquoi pas de ce côté-là. Il n’est donc pas impossible qu’aux toutes premières heures de l’aube, une tragique méprise ait eu lieu.

Comment interpréter l’attitude de l'Iran depuis la mort du Général Soleimani ?

Michel Scott : Dans un contexte frappe/riposte entre les Iraniens et les Américains, tout est affaire de symbole. Les Iraniens ont choisi pour riposter dans la nuit du 7 au 8 janvier sur ces deux bases américaines en Irak l’heure exacte à laquelle Soleimani a été frappé par un drone américain. Soit 1h09 du matin. Dans la symbolique, Trump a également avancé des chiffres. A la moindre roquette qui tomberait sur une cible abritant des américains, les Etats-Unis avaient menacé de riposter sur 52 sites en territoire iranien. Soit le nombre de personnels à l’ambassade américaine de Téhéran pris en otage le 4 novembre 1979. En réaction, l’Iran a rétorqué en avançant un autre chiffre : 290 (NDLR. "Ceux qui font référence au nombre 52 devraient également se souvenir du nombre 290. #IR655", a alors écrit Hassan Rohani). 290, soit le nombre de morts dans le crash de l'Airbus de la compagnie aérienne Iran Air, abattu le 3 juillet 1988 par les Américains... Des deux côtés on renvoie l’adversaire aux fantômes du passé, et on montre au monde que l’affrontement actuel est l’aboutissement d’un conflit vieux de 40 ans.

Cette escalade va-t-elle continuer ? 

Michel Scott : Les Américains avaient tapé tellement fort en visant Soleimani qu’ils savaient que les Iraniens réagiraient. Mais ces derniers avaient une équation assez dure à résoudre : comment répondre à la hauteur du préjudice subi sans aller jusqu’à déclencher une riposte massive en face ? Pour ce faire, il fallait calibrer la réponse de manière extrêmement précise. Ils l’ont fait, en visant deux bases irakiennes abritant une importante présence américaine mais sans faire de victime. L’honneur est sauf, et surtout, les Iraniens ont eu, dans cette épisode, le dernier mot, puisque Trump a décidé momentanément de mettre fin à l’escalade. Je ne pense pas que la révélation d’une responsabilité de Téhéran dans la tragédie de l’avion ukrainien change pour l’instant la donne.

Pourquoi ?

Michel Scott : Parce que, s’il est avéré que ce crash est le résultat d’une action militaire, des deux côtés on considérera qu’il s’agit d’un tragique dommage collatéral, un événement atroce indirectement lié au bras de fer en cours et que personne ne souhaitait, ni les Américains, ni les Iraniens.

Comment les Iraniens vont-ils communiquer ?

Michel Scott : C’est la grande question. Soit, ils sont innocents, c’est un problème technique, ils jouent la transparence absolue et l’enquête arrive à démontrer qu’ils ne sont pour rien dans ce crash. Soit ils sont responsables de quelque chose et le masquent, et on verra des tentatives de maquillage : il est étonnant qu’un bulldozer par exemple se soit mis à nettoyer tout le site – on ne fait jamais ça sur une scène d’accident d’avion. Quid des boîtes noires ? Sont-elles réellement endommagées ? Soit, troisième et dernière option, ils sont responsables, l’assument et finissent par le dire. Et s’ils l’avouent, ils auront tendance à en attribuer malgré tout la paternité aux Américains, en dénonçant l’extrême tension dans laquelle ces derniers acculent leur pays. Il ne faut pas oublier que cette tragédie aérienne est d’abord une tragédie iranienne, avec 146 ressortissants de la République Islamique parmi les victimes (si l’on compte les Canadiens à double nationalité). Et ils diront que ce sont les Etats-Unis qui in fine par leur agressivité portent la responsabilité de ces morts.

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