Créationniste, anti-avortement : le DUP, un caillou nord-irlandais dans la chaussure de Boris Johnson

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Brexit : goodbye United Kingdom

ROYAUME-UNI - Insuffisants mais indispensables au vote de l'accord obtenu par Boris Johnson avec l'Union européenne, jeudi 17 octobre, les unionistes du DUP, pourtant peu nombreux, ont annoncé qu'ils ne voteraient pas avec le Premier ministre conservateur, fragilisant un peu plus les chances d'un Brexit au 31 octobre.

Quand l'ancienne Première ministre britannique Theresa May avait signé un accord s'assurant du soutien du Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP), la gauche britannique n'était pas loin de parler d'accord avec le diable. Contre l'appui des dix députés de la formation de l'Ulster, l'ex-cheffe du gouvernement britannique avait promis de verser à la province un milliard de livres supplémentaires au cours des dernières années pour y "stimuler l'économie et l'investissement". 

Cauchemar de May, bientôt de Johnson ?

Depuis cet accord de 2017, de l'eau a coulé sous les ponts. A force d'échecs devant ses propositions d'accord de sortie (rejetés notamment par d'intransigeants Brexiters conservateurs... et le DUP), Theresa May a fini par démissionner, en juillet 2019, laissant sa place à l'un de ceux qui s'était employé à torpiller ses efforts, Boris Johnson. Le destin ayant un humour qui siérait fort bien aux Britanniques, l'ex-maire de Londres, grand chantre du Brexit, s'est trouvé lui-même abandonné par certains conservateurs, lassés par ses excès et son intransigeance... mais aussi par le DUP.

Cet accord permet aux conservateurs d'envisager désormais sereinement le vote de confiance sur le programme de gouvernement prévu jeudi au Parlement. Avec 317 sièges de députés, un score très en-deçà de ses espérances aux législatives anticipées du 8 juin, la dirigeante conservatrice était dans l'obligation de faire alliance avec le DUP, dont les dix élus lui permettent d'atteindre les 326 sièges requis pour retrouver une majorité absolue à la chambre des Communes.

Classé parmi les partis les plus conservateurs du Royaume-Uni, le DUP ou certains de ses membres ont défendu des positions très controversées, dont le quotidien britannique The Independant a fait la liste : on y trouve des déclarations rétrogrades sur l'avortement, le réchauffement climatique, les droit des minorités sexuelles, le créationnisme... Et, cerise le gâteau, des divergences sur le Brexit, que Theresa May a commencé à négocier.

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  • 1Des déclarations homophobes

    Le DUP s'oppose au mariage homosexuel, au nom de la "tradition" et avait lancé en 1977 une campagne "préservez l'Irlande du Nord de la sodomie". Un ministre DUP, Jim Wells, avait fini par démissionner en 2015 après avoir affirmé que "le lobby gay est insatiable, ils ne savent pas quand s'arrêter", et que "les enfants élevés par des homosexuels avait plus de chances d'être maltraités ou négligés, avant de s'excuser pour cette dernière déclaration".

  • 2Des positions anti-avortement

    Depuis sa création, en 1971, le DUP s'est opposé à l'avortement. En 2016, la cheffe du parti et ex-Première ministre Arlene Foster affirmait ne pas vouloir "que l'avortement soit aussi facilement accessible" en Irlande du Nord qu'en Angleterre.


    En Irlande du Nord, l'avortement n'est autorisé que si la vie de la mère est en danger. En 2016, le parlement nord-irlandais a voté contre une loi élargissant le droit à l'avortement dans les cas de viol ou de malformation du foetus.

  • 3Des membres ouvertement créationnistes

    Selon l'élu DUP Edwin Poots, la Terre est "jeune" car elle a été créée 4000 ans avant J. C. Pour son collègue West Tyrone, le créationnisme, théorie qui s'appuie sur la Genèse pour expliquer l'origine de l'universn doit être "enseigné dans toutes les écoles".

  • 4Des sorties climatosceptiques

    En 2008, l'élu DUP Sammy Wilson devient ministre de l'Environnement d'Irlande du Nord. Il avait pourtant qualifié de "pseudo-religion hystérique" la croyance que le réchauffement climatique était causé par l'homme, entre autres déclarations climatosceptiques.

En plus de ces diverses déclarations polémiques, le DUP défend une conception du Brexit éloignée de celle des Tories... Volontiers europhobes, ils ne s'accordent toutefois pas à l'ensemble de la population nord-irlandaise, qui a voté en faveur du maintien dans l'Union européenne, en 2016. La position du parti sur la question de la frontière irlandaise, cruciale dans les dernières ébauches d'accord de sortie, lui interdit d'accepter un accord qui intégrerait l'Irlande du Nord à l'union douanière de l'UE, sur quoi s'étaient accordés Boris Johnson et le reste de l'Union européenne. 

Puisque l'accord négocié par Johnson a toutes les chances de capoter, que présager de l'avenir ? Difficile de le savoir. Une chose semble en tout cas certaine. Si une majorité politique souhaite faire passer un accord à l'avenir qui soit validé par Bruxelles, on ne saurait trop lui conseiller de ne pas compter sur les troupes d'Arlene Foster, ex-Première ministre nord-irlandaise et cheffe de file des élus de Belfast à Westminster.

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