Crimée : la Russie assoit son emprise sur les infrastructures militaires

Crimée : la Russie assoit son emprise sur les infrastructures militaires

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UKRAINE - Les forces pro-Moscou, voire franchement l'armée russe, ont mis la main sur deux bases militaires stratégiques en Crimée, ainsi que sur un sous-marin et une bonne partie de la flotte ukrainienne.

Comme la journée avait commencé en Crimée, par la prise de la caserne de Novofedorivka , elle s'est terminée par celle de la base aérienne de Belbek, près de Sébastopol. Cette fois, ce ne sont pas des civils ou des miliciens qui ont agi, mais clairement des troupes d'élite russes appuyées par des véhicules blindés.

Pressions diplomatiques sans effet

Alors que l'Allemagne, partenaire économique privilégiée de la Russie, dénonçait ce samedi par la voix de son ministre des Affaires étrangères la façon dont la Russie serait en train de "scinder l'Europe", Moscou lui a signifié une fin de non-recevoir de manière on ne peut plus claire, par des tirs en l'air.

Après le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier de passage à Kiev samedi, le secrétaire d'Etat américain John Kerry devrait donner de la voix en début de semaine, lorsqu'il rencontrera son homologue russe Sergueï Lavrov. On peut aussi présumer que Moscou, insensible aux annonces de sanctions internationales restera de marbre. Outre les mesures financières à l'encontre de proches de Vladimir Poutine et les accords de coopération suspendus, il n'est plus seulement question de boycotter le sommet du G8 prévu à Sotchi, mais d'exclure la Russie de ce club très fermé. Qu'importe vu de Moscou.

Deux bases assiégées, l'armée ukrainienne humiliée

Isolé sur le plan diplomatique, la Russie qui considère désormais la Crimée comme une région à part entière de sa fédération affirme chaque jour un peu plus son emprise sur le terrain. Mis en joue par les militaires russes qui venaient de tirer en l'air à l'arme automatique, leurs homologues ukrainiens ont chanté leur hymne national à Belbek, ils ont scandé "Gloire à l'Ukraine", mais au bout du compte, ils n'ont pu que se replier. "Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire de nous" a confié un militaire ukrainien à la presse, soit dit en passant bousculée par les assaillants soucieux d'effacer toute image de cet incident.

Dans la matinée, aux cris de "Russie !", quelque deux cents personnes désarmées avaient déjà pris d'assaut une base ukrainienne dans l'ouest de la Crimée. Les soldats ukrainiens ont tiré des fumigènes, ils se sont retranchés, puis ils ont fini par négocier leur évacuation avec un officier russe. Autre humiliation la veille, la marine russe s'était emparée du seul sous-marin ukrainien dans la région, le Zaporijia, remorqué jusqu'à la base russe de Sébastopol.

Surarmement, propagande... le retour de la guerre froide

Au chapitre diplomatique, outre le ministre allemand des Affaires étrangères qui s'est entretenu avec le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk à Kiev, le Premier ministre canadien est monté au créneau, très attendu sur la question par le million de personnes d'origines ukrainiennes résidant au Canada. En vertu d'un accord international sur le désarmement nucléaire, la Russie était censée garantir l'intégrité territoriale de l'Ukraine, a-t-il rappelé. Cet engagement bafoué, il s'est montré inquiet. "Le président Poutine a fourni une justification logique à ceux qui, ailleurs, n'avaient besoin que d'un petit encouragement, s'ajoutant à leur orgueil ou leurs griefs, pour s'armer jusqu'aux dents", a-t-il dit.

Vu de Kiev enfin, alors que plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Donetsk, dans l'est du pays pour réclamer le retour au pouvoir de l'ancien président pro-russe Viktor Ianoukovitch , la préoccupation était samedi soir de contenir l'agitation séparatiste. De passage sur place, le chef de la diplomatie allemande s'est fait l'écho de propos plutôt rassurants du gouverneur local. L'autre enjeu, alors que la propagande fait rage de part et d'autre est de savoir ce qu'il va advenir des soldats ukrainiens cantonnés en Crimée et de leurs familles. Alors que des rumeurs affirment que Kiev les considèrerait comme des déserteurs en cas de repli, le ministre ukrainien de la Défense a assuré qu'au contraire, ils seraient accueillis en héros.

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