Crise au Venezuela : quel est l'objet de la présence de militaires russes, contestée par Trump et Guaido ?

International
TENSIONS - En début de semaine, une centaine de militaires russes, dont des spécialistes de l'informatique et des membres des forces spéciales, ont atterri au Venezuela, provoquant la colère du président américain Donald Trump et de l'opposant de Nicolas Maduro, Juan Guaido. Ces derniers dénoncent un soutien "illégitime" au régime, qui viole la Constitution du pays. Mais que viennent faire ces militaires dans cette en crise ?

Alors que la crise dure depuis plusieurs mois au Venezuela, les tensions sont montées d’un cran ces derniers jours avec l’arrivée d’une centaine de militaires russes. Parmi eux, des membres des forces spéciales et des spécialistes de la sécurité informatique, qui ont atterri à bord de deux avions estampillés du drapeau du pays dirigé par Vladimir Poutine. Selon des médias vénézuéliens, ils transportaient 99 militaires et 35 tonnes de matériel, sous le commandement du chef de l'armée de terre russe, le général Vassili Tonkochkourov.


Des renforts qui ont fortement déplu au président américain Donald Trump, qui, alors qu'il recevait l'épouse de l'opposant Juan Guaido dans le Bureau ovale, a déclaré : "La Russie doit partir". Même son de cloche du côté du vice-président des Etats-Unis, Mike Pence : "Les États-Unis appellent la Russie à cesser tout soutien au régime (du président Nicolas) Maduro." 

D'abord silencieux, les dirigeants russes n’ont pas tardé à répondre, avertissant leurs homologues américains que les militaires arrivés ces derniers jours au Venezuela resteraient "aussi longtemps que nécessaire".

Une "coopération technique et militaire" ?

Selon le Kremlin, "ils s'occupent de l'application des accords signés dans le domaine de la coopération technique et militaire". "La Russie est en train de renforcer sa coopération avec le Venezuela en accord avec la Constitution de ce pays et dans le cadre de la loi", indiquent encore les autorités russes. "Nous ne pensons pas que des pays tiers aient à s'inquiéter de nos liens bilatéraux", a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence. "Nous ne nous ingérons d'aucune manière dans les affaires intérieures du Venezuela et nous attendons des autres pays qu'ils suivent notre exemple et laissent les Vénézuéliens décider eux-mêmes de leur destin."

Une version confirmée par un diplomate vénézuélien basé à Moscou, José Rafael Torrealba Pérez, cité par l’agence Interfax : "J'insiste sur le fait qu'il n'est question que de coopération militaire et technique. La présence militaire russe n'est en aucun cas liée à la possible conduite d'opérations militaires."

D'importants intérêts financiers

Cependant, cette présence est, selon l’opposant Juan Guaido, une violation de la Constitution : "Il semble que (le gouvernement de Nicolas Maduro) n'ait pas confiance en ses propres militaires, car il les fait venir de l'étranger (...) Ils violent à nouveau la Constitution." Mike Pence dénonce d’ailleurs une provocation des Russes, dont "l’intrusion persistante" est destinée à "soutenir le régime illégitime de Nicolas Maduro".


A noter que l’argument de coopération militaire et technique avait déjà été utilisé par la Russie pour justifier sa présence en Syrie. Comme en Syrie avec Bachar al-Assad d'ailleurs, il faut dire que les Russes ont tout intérêt, financièrement parlant, à maintenir Nicolas Maduro au pouvoir. La Russie est notamment le premier fournisseur d’armes du Venezuela, avec plus de 10 milliards d’euros de matériel vendus en 12 ans. 


Preuve des liens entre les deux pays, une délégation vénézuélienne est par ailleurs attendue en fin de semaine prochaine à Moscou pour signer des contrats commerciaux, notamment dans l'énergie. Un secteur dans lequel le géant russe semi-public du pétrole Rosneft, dirigé par un proche de Vladimir Poutine, Igor Setchine, a noué ces dernières années de coûteux accords avec la compagnie pétrolière publique PDVSA, pilier de l'économie vénézuélienne désormais en pleine débâcle, visée par des sanctions américaines. Des accords lui ont assuré des rentes correspondant à des milliards de dollars en échange de pétrole dont la Russie, l'un des principaux producteurs mondiaux de brut, ne manque pourtant pas.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Crise au Venezuela

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter