Crise des sous-marins : Naval Group va envoyer sa facture à l'Australie

Crise des sous-marins : Naval Group va envoyer sa facture à l'Australie

IMPAYÉS - Alors que l'Australie a résilié unilatéralement le contrat d'armement qui prévoyait la livraison de douze sous-marins, l'industriel français Naval Group a annoncé qu'il allait envoyer la facture à Canberra "dans quelques semaines".

"Nous ferons valoir tous nos droits", a promis le PDG de Naval Group, Pierre-Eric Pommellet. En annulant brutalement sa commande de sous-marins, l'Australie s'est exposée au paiement de coûts déjà engagés et de dédommagement, qui étaient prévus dans ce qu'on avait appelé "le contrat du siècle".

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Jamais en effet un industriel français n'avait enregistré une telle commande pour du matériel de défense : 31 milliards d'euros au moment de sa signature en 2016, réévalués à 56 milliards en tenant compte de l'inflation sur la durée du programme... qui devait durer jusqu'en 2056.  Le quart seulement du chiffre d'affaires de ce contrat faramineux devait revenir à la France, une grande partie étant réalisée par divers intervenants, dont l'Australie elle-même. Le principe de compensations financières est prévu, y compris dans le cas spécifique d'une rupture unilatérale de contrat, comme l'avait expliqué Naval Group peu après le coup de tonnerre du 15 septembre. 

Le PDG de ce groupe industriel français détenu à plus de 62% par l'État (et à 35% par Thalès), a expliqué au Figaro qu'une "proposition détaillée et chiffrée des coûts déjà engagés et à venir" serait remise à l'Australie "dans quelques semaines". Pierre-Eric Pommellet soulignait au passage que "l'Australie a résilié le contrat pour 'convenance', ce qui veut dire que nous ne sommes pas en faute".

Cette décision nous a été annoncée sans aucun préavis, avec une brutalité inouïe- Pierre-Eric Pommellet, PDG de Naval Group

Le patron de Naval Group reconnaissait que le choc avait été rude : "Cette décision nous a été annoncée sans aucun préavis, avec une brutalité inouïe". On a en effet appris depuis, que le matin même de l'annonce de la résiliation, le ministère des Armées avait reçu un rapport d'étape très satisfait des autorités militaires australiennes. La désillusion est immense, et la colère qu'elle a générée a investi les champs diplomatique et politique. Mais de leur côté, les industriels commencent à chiffrer leurs pertes.

Fenêtre de tir

Seules les phases initiales étaient en cours, et, les factures avaient été payées par le commanditaire australien, selon Naval Group, qui aurait perçu jusqu'ici environ 900 millions d'euros. Comme l'explique son porte-parole à l'AFP, ce n'est pas tant un préjudice économique qui est en jeu, qu'un "manque à gagner potentiel", et un coup porté à l'image de l'industriel. 

À ce stade de son développement, le projet n'impliquait encore qu'un nombre relativement limité de salariés : 650 travaillaient en France, et 350 autres en Australie, sur les quelque 17.000 que comporte le groupe. Un millier de personnes dont les frais de reclassement devraient être assumés par l'Australie, selon les clauses du contrat. 

Il semble en fait que l'Australie ait annulé sa commande à un moment crucial, entre la première phase de "revue fonctionnelle", qui impliquait surtout des bureaux d'étude, et l'étape suivante du contrat dite de "basic design", qui portait à elle seule sur près de 2 milliards d'euros. Que Paris ait reçu la fameuse "lettre de satisfaction" quelques heures seulement avant l'annonce de l'alliance AUKUS, ne tient donc peut-être ni de la coïncidence, ni de la duplicité australienne, comme on l'avait supposé tout d'abord. C'était probablement la fenêtre de tir idéale avant un réengagement contractuel de l'Australie, dont une rupture ultérieure lui aurait coûté beaucoup plus cher.

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En attendant la "facture" promise par Naval Group, les autorités australiennes ne se hasardent pas à spéculer sur un chiffre, et seule la presse australienne se risque à évoquer un dédommagement global relativement limité, à 250 millions d'euros. 

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