Crise diplomatique entre la France et l'Italie : quand le Quai d'Orsay rappelait ses ambassadeurs

International

Toute L'info sur

Crise diplomatique entre la France et l'Italie

DIPLOMATIE - Le Quai d'Orsay a rappelé jeudi son ambassadeur à Rome. Une décision "sans précédent" entre la France et l'un de ses pays voisins depuis 1945. Mais le Quai d'Orsay a déjà, par le passé, rappelé certains de ses ambassadeurs pour "consultations". Petit coup d’œil dans le rétro.

La France vient de décider de rappeler son ambassadeur à Rome, pour marquer son mécontentement après les différentes déclarations de responsables politiques italiens de premier plan. Malgré le caractère inédit de cette décision, ce n'est pas la première fois que la France décide de rappeler ses diplomates pour montrer son opposition. 

Février 2019 - La France rappelle son ambassadeur en Italie après des déclarations de responsables politiques italiens

Ce jeudi 7 février, la France, ulcérée par ce qu'elle qualifie d'"attaques" sans précédent, a rappelé son ambassadeur à Rome "pour consultation". Une décision qui arrive après plusieurs déclarations jugées "outrancières" de responsables politiques italiens, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini et le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, figures de proue du gouvernement populiste italien. 

Cette initiative, est "sans précédent", entre les deux pays mais pour Paris, les récentes déclarations ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase diplomatique. "Nous ne cherchons pas l'escalade, nous ne rompons pas le dialogue mais nous disons clairement : 'On en a marre de ces provocations et de ces ingérences'", a déclaré une source officielle française à l'AFP. Et Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, d'appuyer cette déclaration : "on a rappelé notre ambassadeur pour avoir une consultation. Ce n'est pas un rappel permanent, mais il était important de marquer le coup parce que l'Italie est un allié historique de la France et c'est aussi un des pays fondateurs de l'Union", a-t-il expliqué.

Entre le soutien aux Gilets jaunes qui appellent à la démission d'Emmanuel Macron et la déclaration de Salvini en janvier dernier au sujet du Président français : "plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra!", Paris juge que trop, c'est trop. D'autant que cette semaine, Luigi di Maio, chef du Mouvement 5 étoiles a rencontré Christophe Chalençon, un gilet jaune "séditieux qui appelle à la guerre civile", estime une source gouvernementale. De leurs côtés, les deux responsables italiens, surement un peu étonnés de la tournure des événements, se sont dit aussitôt prêts après cette annonce, "à rencontrer Emmanuel Macron et les membres du gouvernement français". 

Lire aussi

Février 2014 - La France rappelle son ambassadeur au Bélarus

Après la décision de Minsk de renvoyer tous les ambassadeurs de l'UE et de Pologne, la France réplique et rappelle en consultation son ambassadeur au Bélarus. Le pays entendant s'élever contre la "dégradation des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans ce pays, et d'agir contre la répression dirigée contre les opposants au régime de Minsk", expliquait à l'époque le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero. 

A l'époque, l'UE avait décidé de la mise en place de nouvelles sanctions en gelant les avoirs et en privant de visa en Europe dix-neuf magistrats et deux responsables de la police du Bélarus considérés comme responsables de l'arrestation et de la condamnation d'opposants au régime. Le Bélarus avait été la cible de sanctions occidentales en raison des arrestations d'opposants qui se sont multipliées depuis la réélection d'Alexandre Loukachenko à la présidence en 2010 avec plus de 80% des voix, à l'issue d'un scrutin marqué par d'importantes irrégularités, selon les observateurs.

2014 - L'ambassadeur de France à Kigali est rappelé pour consultations

Après une rupture des relations diplomatiques entre 2006 et 2009, liée à une enquête judiciaire menée par le juge Bruguière en France sur les événements qui ont marqué le début du génocide, Paris et Kigali avaient scellé leur réconciliation avec une visite début 2010 au Rwanda de Nicolas Sarkozy. La France nomme alors un nouvel ambassadeur à Kigali, Laurent Contini. En 2012, la France le rappelle "pour consultations" : Kigali ayant refusé la nomination de son successeur, Hélène Le Gal, jugée trop proche d'Alain Juppé, alors patron du Quai d'Orsay. Contini était tombé en disgrâce auprès de ce dernier, après des déclarations jugées trop favorables au Rwanda dans la vieille querelle des responsabilités du génocide de 1994 et cela lui a, semble-t-il, coûté son poste.

Sans procéder à son remplacement immédiat à l'époque, le ministre français avait obtenu de la présidence française une nouvelle nomination en la personne d'Hélène Le Gal, consul de France au Québec et spécialiste des affaires africaines. Un choix non-officialisé car il est d'usage en diplomatie d'attendre que le pays d'accueil agrée le nouvel ambassadeur avant de l'officialiser. Mais Kigali avait alors refusé l'agrément de l'ambassadrice et l'hebdomadaire Jeune Afrique avait révélé dans un article que Kigali avait refusé la nomination d'Hélène Le Gal, "au motif qu'elle serait trop proche du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, considéré depuis toujours comme hostile au pouvoir en place à Kigali". 

2013 - La Centrafrique n'a plus d'ambassadeur français

Alors que la France s'apprêtait à envoyer un millier de soldats supplémentaires en République Centrafricaine, l'ambassadeur français, Serge Mucetti est rappelé à Paris. Sans donner d'explications, Romain Nadal, alors porte-parole du Quai d'Orsay confirmait le rappel de Serge Mucetti à Paris. Mais une source diplomatique avait expliqué que les "changements de circonstances" exigeaient son remplacement. 

Le déploiement des soldats français en Centrafrique changeant clairement la politique française dans le pays, Jeune Afrique expliquait alors qu'il était apparu "nécessaire au Quai d'Orsay de changer également le visage de son représentant sur place". Au moment du coup d’État qui a renversé François Bozizé, le 24 mars, l’ambassade de France avait été critiquée pour sa gestion légère des ressortissants français.

2011 - Paris rappelle son ambassadeur en Syrie

En novembre 2011, Eric Chevallier, ambassadeur de France en Syrie est rappelé à Paris, pour consultations, à la suite des violences commises par le régime syrien et visant des intérêts français. Quelques jours après, il était de retour à Damas. Mais deux mois plus tard, rebelotte. Paris le rappelle une nouvelle fois. 

Une décision qui fait suite à une mesure similaire prise par plusieurs pays européens dont l'Italie et la Grande-Bretagne qui entendaient, par ce geste, montrer leur désapprobation après la sanglante répression menée par Bachar al-Assad, dans son pays. Jean-Michel Baylet, alors patron du Parti radical de Gauche avait expressément demandé à Nicolas Sarkozy de prendre des mesures pour "ramener le pouvoir syrien à la raison" après la répression sanglante qui sévissait dans le pays. 

2011 - L'ambassadeur de France à Téhéran est rappelé "pour consultation"

Après le saccage de deux sites de l'ambassade britannique à Téhéran, la France décide de se montrer solidaire et "rappelle en consultation" son ambassadeur en Iran tout en réitérant "au chargé d'affaire iranien à Paris les plus fermes condamnations du saccage de l'ambassade britannique à Téhéran", précisait alors le porte-parole des Affaires étrangères, Bernard Valero. 

"Compte-tenu cette violation flagrante et inacceptable de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et de la gravité des violences, les autorités françaises ont décidé de rappeler en consultation l'ambassadeur de France en Iran", a indiquait-il dans un communiqué. Un rappel qui fait suite au rappel de plusieurs ambassadeurs de pays européens. L'Italie envisageait même de fermer son ambassade. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter