Crise entre l'Iran et les Etats-Unis : l'uranium enrichi, nerf de la guerre

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Guerre des nerfs entre l'Iran et les Etats-Unis

CONFLIT - Après avoir annoncé ses intentions quelques jours plus tôt, l'Iran a, selon un porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, mis à exécution ce lundi sa menace d'enrichir l'uranium à un degré supérieur à la limite fixée par l'accord international sur son programme nucléaire. Explications.

"Si vous voulez exprimer des regrets, il est trop tard, et si vous devez publier un communiqué, faites-le maintenant." Hassan Rohani avait affiché sa fermeté dès mercredi, annonçant au reste du monde que l'Iran allait enrichir à partir de dimanche de l'uranium à un degré supérieur à la limite fixée par l'accord international sur son programme nucléaire. Une menace mise à exécution ce lundi, selon un porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) cité par l'agence Isna, le pays enrichissant depuis la matinée de l'uranium à plus de 4,5%

Mais que signifie exactement ce nouveau rebondissement ? Focus sur un serpent de mer qui empoisonne les relations entre l'Iran et la communauté internationale depuis des années.

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Retour en arrière, le 14 juillet 2015. Ce jour-là, le "Plan d'action global conjoint", connu aussi sous l'acronyme anglais JCPOA, est conclu à Vienne entre l'Iran d'un côté, et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l'Allemagne de l'autre, après 12 années de crise autour du programme nucléaire iranien. Par ce texte, l'Iran s'engage à ne pas chercher à acquérir la bombe atomique et accepte de limiter drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée de sanctions internationales. 

Indispensable pour fabriquer une bombe atomique

Mais la décision unilatérale des Etats-Unis de Donald Trump de sortir du pacte le 8 mai 2018 et de rétablir des sanctions a plongé l'économie iranienne dans une grave récession et privé le pays des retombées qu'il attendait de l'accord. Le 8 mai 2019, un an jour pour jour après le retrait américain et lassé de ne voir aucune promesse européenne se concrétiser, l'Iran a annoncé qu'il ne se sentait plus tenu par certains de ses engagements. Notamment la quantité d'uranium faiblement enrichi dont il dispose - un plafond de 300 kg était imposé par l'accord -, ainsi que les activités d'enrichissement.

Concrètement, Téhéran menace de reprendre des activités d'enrichissement d'uranium à un taux supérieur au degré maximal fixé par l'accord (3,67%). Pourquoi cela dérange les Occidentaux ? L'enrichissement - entre 3 et 5 % - permet de produire du combustible pour les centrales nucléaires de production d'électricité. Mais hautement enrichi, et en quantité suffisante, l'uranium peut permettre la fabrication d'une bombe atomique.

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"Attention avec vos menaces, l'Iran"

En effet, il faut 90% d'uranium 235 (fissile) pour la fabriquer. Dans le détail, l'uranium naturel est composé à 99,3% d'uranium 238, non fissile. La part fissile, l'uranium 235, ne représente que 0,7% du minerai à l'état naturel. Afin de fabriquer du combustible pour une centrale nucléaire, l'uranium doit d'abord être converti en hexafluorure d'uranium (UF6), puis enrichi. Cela est possible grâce à des centrifugeuses, qui permettent de faire passer le taux d'uranium 235 à entre 3 et 5%. C'est en raison du rôle crucial de ces dernières que la République islamique s’est engagée à limiter le nombre de centrifugeuses actives sur son territoire : seules 5 060 restent actives, contre 19 000 auparavant.

Ce mercredi, Hassan Rohani a donc prévenu : "Le 7 juillet, notre degré d'enrichissement ne sera plus de 3,67%. Nous mettrons cet engagement de côté. Autant que nous le voudrons, autant que nécessaire, autant que nos besoins l'imposent, nous porterons cela au-dessus de 3,67%". Des menaces visiblement prises aux sérieux : "Attention avec vos menaces, l'Iran. Elles peuvent se retourner contre vous d'une façon jamais vue auparavant !", a tweeté dans la soirée le président américain Donald Trump. Plus tôt la France avait averti l'Iran que Téhéran ne gagnerait rien "en sortant de l'accord de Vienne" dont la "remise en cause ne ferait qu'accroître des tensions déjà vives" au Moyen-Orient.

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