Crise entre la France et l'Italie : ces "terroristes" installés en France que Rome voudrait voir derrière les barreaux

Crise entre la France et l'Italie : ces "terroristes" installés en France que Rome voudrait voir derrière les barreaux
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Crise diplomatique entre la France et l'Italie

DIPLOMATIE - Après le rappel à Paris de l'ambassadeur de France en Italie, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a invité son homologue Christophe Castaner à Rome la semaine prochaine pour évoquer les points de crispation. En particulier la présence sur le sol français de "terroristes" ayant sévit en Italie. Explications.

Rien ne va plus entre Paris et Rome. Les relations entre les deux voisins se sont considérablement dégradées ces derniers mois, en particulier depuis l'été 2018 et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement populiste en Italie. En cause : une crise migratoire qui perdure, le chaos en Libye et le soutien du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini et du vice-président du Conseil Luigi Dii Maio envers les Gilets jaunes. Un autre dossier, plus ancien celui-ci, a ravivé les tensions il y a quelques semaines : celui des "terroristes" italiens qui seraient protégés par la France.

C'est en tout cas l'avis de Matteo Salvini. Depuis le début du mois de janvier, le patron de l'extrême droite italienne réclame que 14 personnes soient livrées à la justice. Tout sauf un hasard du calendrier : l'Italie a profité de l'arrestation en Bolivie le 12 janvier de Cesare Battisti, après 14 ans de cavale, pour relancer cette requête. "Nous espérons une collaboration active, loyale de la part des gouvernements pour qu'après vingt, trente, quarante ans ils rendent aux geôles italiennes des délinquants qui se la coulent douce depuis trop longtemps à l'étranger", a appuyé Salvini. 

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Retour aux "années de plomb"

Qui sont-ils ? Si les services secrets italiens ont assuré qu'ils "ne communiqueront aucune liste, ni aucun nom", le Corriere della Serra a publié fin janvier la liste complète des personnes condamnées pour des crimes commis en Italie pendant les sanglantes "années de plomb" et dont près de la moitié vivent aujourd'hui en France. Plusieurs d'entre eux ont appartenu aux Brigades rouge (BR), l'organisation d'extrême-gauche qui a commis de nombreux attentats et assassinats, notamment l'enlèvement et le meurtre en 1978 de l'ancien chef du gouvernement italien, Aldo Moro. 

Parmi les noms figurent celui de Marina Petrella, 64 ans, ex-membre des BR condamnée à la prison à vie et à qui la France a accordé l'asile politique. Vivent également en France, selon le Corriere della Sera, Giovanni Alimonte, Enrico Villimburgo, Roberta Cappelli, Sergio Tornaghi, Enzo Calvitti, Maurizio Di Marzio, tous anciens membres des BR. D'autres vivent au Nicaragua (Alessio Casimirri), en Suisse (Alvaro Lojacono) ou en Argentine (Leonardo Bertulazzi). Cesare Battisti, lui, avait également passé près de 15 ans en France. Il avait refait sa vie depuis 2004 au Brésil. Mais le 13 décembre, un juge de la Cour suprême du Brésil avait ordonné son arrestation et son acte d'extradition avait été signé le lendemain. Il avait alors fui en Bolivie, où il avait déposé une demande d'asile politique.

Une présence en France grâce à la "doctrine Mitterrand"

Leur installation en France n'a pas été seulement liée à la proximité géographique entre les deux pays. Comme l'a rappelé le Corriere, "à la moitié des années 1980 et jusqu'au début des années 2000, la France a été un port sûr pour les terroristes de toutes les nationalités après des crimes "'idéologiques" commis dans leurs pays respectifs, grâce notamment à la doctrine Mitterrand". Le président français François Mitterrand s'était en effet engagé à n'extrader aucun Italien recherché pour terrorisme s'il renonçait à la lutte armée. La "doctrine Mitterrand" avait été remise en cause par la France sous la présidence de Jacques Chirac.

Ces derniers jours, le ministère italien de l'Intérieur a précisé qu'il était "prêt à des démarches officielles pour demander la collaboration aux pays hébergeant des terroristes, à commencer par Paris". Des démarches qui pourraient débuter la semaine prochaine lors de la rencontre entre Matteo Salvini et son homologue français Christophe Castaner à Rome.

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