Crise grecque : "Je ne vois pas comment ça peut être pire"

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BANQUEROUTE - Alors que le dossier grec entre à Bruxelles dans une semaine cruciale pour l'avenir du pays et que plusieurs milliards d'euros ont déjà quitté les banques, une certaine panique s'installe dans les rues d'Athènes. Échanges avec Maria, étudiante grecque, témoin de ce climat délétère.

Derrière les chiffres colossaux, presque surréalistes, de la dette, les dates de défaut de paiement sans cesse ajournées, derrière l'éternel recommencement des tractations du gouvernement Tsipras avec la zone Euro, il y a... des Grecs. Des citoyens qui ont intégré la réalité de la crise économique dans leur quotidien depuis les années 2010. Beaucoup d'entre eux, aujourd'hui, ont encore de l'inquiétude à revendre, d'autres ne peuvent s'empêcher d'espérer. Toujours est-il que face à une date limite de remboursement qui se rapproche - elle est fixée au 30 juin sinon le pays sera déclaré en défaut de paiement  - nombre d'entre eux ont pris les devants et décidé de retirer leurs économies des banques. Selon l'agence Reuters et les informations du Monde , entre 1,8 et 2 milliards d'euros auraient ainsi déjà quitté les banques depuis la semaine dernière.

Comme un climat de terreur

Maria, 21 ans, étudiante en sociologie, vit à Athènes. Sa famille, comme tant d'autres, hésite à récupérer son pécule. Témoin de cette agitation, elle raconte à metronews : "Ma mère travaille dans une banque, et pourtant, elle m'a dit qu'elle pensait elle aussi retirer son argent. Pour le moment, elle n'a encore rien fait. Et j'espère qu'on n'aura pas à s'y résoudre ! Je pense qu'elle est surtout effrayée par les chaînes d'informations qui essaient de diffuser la peur dans le pays."

La jeune femme poursuit, déplorant que les médias grecs ne cherchent guère à apaiser la situation : "La plupart des chaînes de télé sont dirigées par la droite. Elles veulent désespérément rester dans la zone euro et se positionnent surtout contre Syriza et sa manière de gérer la dette. Leurs discours sont vraiment alarmants." D'ailleurs, le petit écran n'est pas le seul à relayer un sentiment de panique générale. Sur le net aussi, des rumeurs se propagent. "Une chaîne d'e-mails est devenue virale. Elle propage le mot selon lequel les banques vont fermer et ne laisseront pas les gens reprendre leur argent. Je ne sais pas si c'est vrai, mais ça participe d'un climat de terreur. Oui, pour moi c'est une forme de terrorisme."

"Une bonne solution pour personne"

Dans une Grèce exsangue, les manifestations de la dernière chance se multiplient. D'un côté de la ville, on soutient le gouvernement Tsipras , de l'autre, on marche pour rester à tout prix dans la zone Euro. Maria, entre ces deux positions antagonistes, ne sait pas vraiment où se placer. Peut-être parce qu'une part d'elle est persuadée que la situation ne peut plus empirer. L'avenir, bien qu'incertain à ses yeux, ne se pare pas forcément de noir.

"Il faut attendre de voir ce que donneront les négociations, si les autres pays peuvent finir par tomber d'accord avec Varoufakis (ministre des finances grec, ndlr). Quelque part, je ne suis pas inquiète. Je sais que la situation est difficile et peut-être que je suis naïve, mais je ne vois pas comment ça peut être pire. En plus, si la Grèce fait faillite ou sort de la zone euro, ça va être terrible, non seulement pour l'économie grecque, mais aussi pour d'autres pays. Alors ce n'est une bonne solution pour personne." Un peu anxieuse, Maria ajoute : "De toute façon, on attend le 30 juin, il n'y a rien d'autre qu'on puisse faire."

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