Crise grecque : quelles conséquences d'une sortie de la zone euro (pour la Grèce et les autres) ?

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DECRYPTAGE - Un sursis, voilà ce que la Banque centrale européenne (BCE) a accordé dimanche à la Grèce, menacée par un défaut de paiement, en maintenant ses prêts en urgence. Mais l’espoir de trouver un accord entre la Grèce et ses créanciers semble disparaître à petit feu. Des conséquences économiques et politiques qui impacteront le pays et le reste de l'Europe.

La question est sur toutes les lèvres : la Grèce va-t-elle quitter la zone euro ? A l’origine de cette rupture, la décision fracassante du Premier ministre grec Alexis Tsipras de soumettre à un référendum, pour le 5 juillet, les conditions de ses créanciers , UE et FMI. Un référendum qui n’a pas tardé à être approuvé dans la nuit de samedi à dimanche par le parlement grec.

Résultat : le pays risque de connaître une tempête financière avant la date de consultation et se dirige de plus en plus vers un scénario catastrophe. Seul lueur d’espoir : dimanche, la Banque centrale européenne (BCE) a néanmoins déclaré qu’elle maintenait ses financements d’urgence, "les ELA", à leur niveau actuel, à l’issue d’une réunion d’urgence de son conseil de gouverneur. Au cours de la semaine qui sépare la Grèce de ce référendum, le pays a court d’argent est exposé au risque de secousses financières en série. Le 30 juin, la Grèce risque de ne pas pouvoir rembourser au FMI son prêt de 1,5 milliard d’euros et le même jour prendra fin le plan d’assistance financière dont bénéficie Athènes depuis 2012.

La Grèce en proie à une panique bancaire

Si les négociations échouent entre Athènes et ses créanciers, la sortie de la Grèce de la zone euro pourrait devenir réalité. Le scénario du "Grexit" plongerait le pays dans une période d’incertitudes dommageables politiquement et économiquement. Aux rayons des dangers économiques : la Grèce risque d’être en proie à une panique bancaire. Dans un pays gagné par l’anxiété, des files d’attente beaucoup plus longues que d’habitude se formaient déjà samedi devant les guichets automatiques. Le gouvernement serait contraint d’instaurer un contrôle des capitaux pour limiter la fuite des dépôts. La valeur de la drachme (ancienne monnaie grecque) s’effondrerait face à l’euro, ce qui ferait décoller le prix des produits importés, au détriment du pouvoir d’achat des Grecs. Autres effets immédiats : une hyper-inflation et le développement du marché noir s'installeront…

Du côté des conséquences politiques, Athènes perdrait un lien essentiel qui la rattache à l’Europe occidentale. Une tragédie qui pourrait néanmoins faire le bonheur de la Russie, qui s’est rapprochée de la Grèce depuis l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras. Un "Grexit" serait l’occasion rêvée de rétablir sa sphère d’influence en Europe du Sud. De leur côté, les États-Unis semblent redouter davantage l’impact d’un "Grexit" sur le Royaume-Uni. Le départ des Grecs risque en effet de créer un précédent, et d’encourager les eurosceptiques britanniques à prendre le large. Washington perdrait ainsi l'un de ses plus proches alliés au sein de l’Union européenne...

Des conséquences pour la France

Manuel Valls, a, quant à lui, assuré dimanche que l’économie française "ne serait pas affectée" par une sortie de la Grèce de la zone euro. "Une sortie de la Grèce serait grave pour le peuple grec, mais l’économie française ne serait pas affectée", a affirmé le chef de gouvernement lors du Grand Rendez-Vous sur Europe 1. "Mais je ne veux pas me résoudre à ce scénario, il faut tout faire pour que la Grèce reste dans la zone". La panique commence néanmoins à gagner l'étranger puisque l'Allemagne a conseillé dimanche à ses ressortissants qui se rendent en Grèce de "prévoir suffisamment d'argent liquide".

Toutefois, selon plusieurs observateurs, si la Grèce quitte l'Eurogroupe et cesse de rembourser sa dette, ce sont des dizaines de milliards d'euros que les pays qui ont prêté ne récupéreront pas, et devront ajouter à leurs propres dettes. Conséquence : cette sortie risque également d’appauvrir tous les citoyens de la zone euro et créer un risque de récession pour l'UE.

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