Crise iranienne : le détroit d'Ormuz, entre enjeux économiques et escalade militaire

International
PROCHE-ORIENT - Alors que l'Iran a intercepté deux pétroliers britanniques dans le détroit d'Ormuz, les États-Unis dénoncent une "surenchère de la violence". Focus sur cette zone hautement stratégique, en proie à de fortes tensions depuis de longues semaines.

Une escalade des tensions qui n'en finit plus. Depuis le mois de mai, le détroit d'Ormuz est le théâtre de conflits entre l'Iran et les États-Unis. Mais pour comprendre les enjeux de cette montée en pression, retour d'abord sur la géographie des lieux. 


Le détroit d'Ormuz, c'est un couloir maritime d'une quarantaine de kilomètres situé entre l'Iran et le sultanat d'Oman. Un passage étroit mais ô combien traversé : selon le département américain de l'Énergie, environ 2 400 pétroliers y transitent chaque année pour un volume d'environ 17 millions de barils de pétrole transportés par jour. Un chiffre conséquent équivalent à près d'un tiers du trafic maritime pétrolier mondial qui circule par ce détroit. 

Pour les principaux exportateurs de pétrole que sont l'Iran, l'Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, l'Irak et les Émirats arabes unis, le détroit d'Ormuz est donc une voie commerciale stratégique, sous la surveillance de bases militaires américaines, britanniques ou encore françaises présentes dans la région.


Mais le détroit est en proie à des tensions depuis plusieurs décennies déjà. Lors de la guerre Iran-Irak survenue entre 1980 et 1988, plusieurs dizaines de pétroliers ont coulé. Aujourd'hui, les conflits d'hier sont remplacés par des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques depuis 1980. Des relations tendues qui se sont envenimées depuis la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'accord nucléaire de 2015 et le rétablissement de sanctions économiques américaines qui nuisent fortement à l'économie iranienne. En mai dernier, le porte-avions américain Abraham-Lincoln est déployé sur la mer d'Arabie ainsi que plusieurs bombardiers. Un avertissement adressé à Téhéran.

La réponse de l'Iran à cette manœuvre ne s'est pas fait attendre. Le 8 mai, le président iranien Hassan Rohani a annoncé que l'Iran ne respectera plus certaines clauses de l'accord iranien et décide de ré-hausser sa production d'uranium. En même temps, plusieurs tankers (pétroliers) sont attaqués dans le détroit d'Ormuz entre mai et juin dernier. L'Arabie saoudite et les États-Unis ont accusé l'Iran d'être responsable de ces actes de sabotage, accusations que le pays des mollahs a démenti. Le 20 juin 2019, la destruction par l'Iran d'un drone militaire américain accusé d'avoir violé l'espace aérien a fait craindre une riposte de la part des Américains. Donald Trump avait alors affirmé avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles. 


Faisant suite à ces incidents en mer, les Gardiens de la Révolution ont annoncé jeudi 18 juillet avoir saisi un pétrolier britannique. L'Iran a ouvert une enquête sur Le Stena Impero qui se trouve actuellement avec ses 23 membres d'équipage dans le port de Bandar Abbas. Téhéran assure que le pétrolier britannique serait entré en collision avec un bateau de pêche iranien dans le Golfe et n'aurait pas répondu à l'appel de détresse de ce dernier.

Les Américains de retour en Arabie saoudite

Ne faut-il pas plutôt y voir une réponse à un incident survenu quelques semaines plus tôt ? Le 4 juillet, un pétrolier iranien avait été arraisonné par les autorités britanniques au large de Gibraltar. Le Royaume-Uni soupçonne le navire d’avoir livré du brut à la Syrie et d'avoir enfreint les sanctions européennes contre Damas. L'Iran avait alors nié cette accusation et dit qu'il riposterait à cet acte de "piraterie". La Cour suprême de Gibraltar a décidé vendredi 19 juillet de prolonger de 30 jours la détention du pétrolier. 


Un retour au calme est peu probable, les États-Unis cherchent à mettre sur pied une coalition internationale pour escorter les navires de commerce dans le détroit d'Ormuz. De son côté, l'Arabie saoudite a annoncé que pour la première fois depuis 2003 des forces américaines allaient prendre position sur son sol. 

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