Dix kilomètres de nage pour les migrants : la "traversée militante" d'Emmaüs dans le détroit de Gibraltar

Dix kilomètres de nage pour les migrants : la "traversée militante" d'Emmaüs dans le détroit de Gibraltar

DirectLCI
INTERVIEW – Ce samedi matin, une quarantaine de compagnons et bénévoles d'Emmaüs ont parcouru 10 kilomètres du détroit de Gibraltar à la nage et en kayak. Un hommage aux dizaines de milliers de personnes mortes en Méditerranée, comme nous l'expliquait avant la traversée Frédéric Amiel, responsable du plaidoyer de l'association.

"Article Treize". C'est ainsi qu'Emmaüs avait baptisé au début de l'été une campagne destinée à sensibiliser le grand public sur le drame migratoire qui se joue en Méditerranée. Une campagne qui s'est poursuivie ce week-end, des membres de l'association traversant samedi le détroit de Gibraltar pour marquer les esprits et "défendre la liberté de circulation". 


Six nageurs, accompagnés de 28 kayakistes, ont ainsi parcouru dix kilomètres, en un peu plus de 3h30, dans le détroit. 

Cette démarche fait écho à un spot vidéo diffusé en juillet par Emmaüs. Intitulé "l'horreur ne prend jamais de vacances", l'association y mettait en scène une place jonchée de linceuls. Vu plus de deux millions de fois sur internet, le clip a télescopé l'actualité : fin août des migrants avaient débarqué en canot sur une plage espagnole, au beau milieu des touristes. Il faut dire que l'Espagne, délaissée en 2015 et 2016 par les réfugiés au profit de l'Italie et de la Grèce, est plus que jamais une terre d'accueil. Selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, plus de 2.300 personnes ont emprunté illégalement la route de "Méditerranée occidentale" vers l'Espagne pour le seul mois de juillet. Quatre fois plus qu'un an auparavant. Le point sur la situation avec Frédéric Amiel, responsable du plaidoyer chez Emmaüs France et présent à Tarifa, dans le sud de l'Espagne, où l'association s'est préparer à effectuer sa traversée (l'interview a été réalisée avant celle-ci).

En vidéo

Des ONG forcées de suspendre leurs opérations de sauvetage de migrants en méditerranée

LCI : Pourquoi cette traversée du détroit de Gibraltar ?

Frédéric Amiel : Emmaüs mène depuis plusieurs mois une campagne autour de l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, pour défendre la liberté de circulation. L'idée ? Insister sur la nécessité de rendre possible cette liberté, notamment car il s'agit d'une réponse aux questions migratoires. Nous avons voulu symboliser notre engagement par une traversée militante dans le détroit de Gibraltar, soit environ 15 kilomètres pour arriver sur la côte marocaine (les militants ont finalement dû rejoindre la côte espagnole en raison de conditions météo très difficiles, ndlr). Au total, nous aurons sept nageurs dans l'eau, avec 34 kayakistes pour les encadrer (ils étaient finalement 6 nageurs et 28 kayakistes, ndlr) : des compagnons d'Emmaüs, ainsi que des salariés et des bénévoles.

LCI : Que fait Emmaüs sur place ?

Frédéric Amiel : Il y a une centaine de personnes. Nous sommes installés à Tarifa durant une semaine dans l'attente d'une fenêtre pour effectuer la traversée. Nous allons à la rencontre des organisations locales afin de comprendre les dynamiques, voir dans quelles mesures ce que vivent les réfugiés ici est comparable à la situation en France, à Calais ou à Nice par exemple. Nous allons également aller au cimetière de Tarifa, où sont enterrés anonymement des personnes ayant péri en mer, pour leur rendre hommage à cause d'une politique frontalière inadaptée.

LCI : Le détroit de Gibraltar est un lieu symbolique des questions migratoires, en particulier cet été puisque l'Espagne accueille de plus en plus de migrants.

Frédéric Amiel : L'actualité a bousculé notre campagne car nous avions décidé cette traversée avant l'été. Les trajets via l'Espagne reprennent en effet de l'ampleur, mais ce n'est pas une nouvelle route migratoire. Elle a été la "route" favorite des migrants venant d'Afrique il y a quelques années. Cela illustre ce que nous disons depuis des années : malgré la fermeture des frontières ou la construction de murs, les migrations continuent. C'est une question de survie pour ces personnes. Toutes les politiques de fermeture de frontières sont vaines puisque les routes migratoires se déplacent : de l'Espagne vers la Grèce, de la Grèce vers l'Italie, de l'Italie vers l'Espagne… cela va continuer durant des années.

LCI : Les profils des migrants qui arrivent en Espagne sont-ils comparables à ceux qui débarquent en Grèce ou en Italie ?

Frédéric Amiel : A priori oui. Nous n'avons pas une immigration spécifique à chacun de ces pays, puisqu'ils appartiennent à une même route migratoire. Le passage en Libye est devenu un enfer, il y a donc de plus en plus de départs depuis le Maroc.

Plus d'articles

Sur le même sujet