Crise migratoire : Gibraltar, la nouvelle route des migrants ?

Crise migratoire : Gibraltar, la nouvelle route des migrants ?

DÉCRYPTAGE - Emmaüs doit effectuer ce samedi une "traversée militante" du détroit de Gibraltar alors que les arrivées de migrants en Espagne ont été quasiment multipliées par quatre depuis le début de l'année. Une situation complexe, dernier rebondissement d'une crise migratoire qui secoue les frontières de l'Europe depuis plusieurs années.

"La pire tragédie de la dernière décennie en Méditerranée espagnole." Durant les premiers jours du mois de juillet, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) avait réagi avec gravité à la mort d'une cinquantaine de migrants. Leur canot pneumatique avait été renversé par une vague au large du détroit de Gibraltar. Une zone maritime à cheval entre le Maroc et l'Espagne qui a pris une place accrue cet été dans la crise migratoire en Europe. A tel point qu'Emmaüs prévoit d'y mener une action ce samedi. Explications.

Combien de migrants sont arrivés en Espagne ces dernières semaines ?

Selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, plus de 2.300 personnes ont emprunté illégalement la route de "Méditerranée occidentale" vers l'Espagne pour le seul mois de juillet. Soit quatre fois plus qu'un an auparavant. Même tonalité depuis le début de l'année : entre janvier et la fin du mois de juin, plus de 6.400 personnes ont été secourues en mer entre le Maroc, l'Algérie et l'Espagne, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). Déjà presque autant que pour l'ensemble de l'année 2016 (8.100). Le nombre d'arrivées reste toutefois bien inférieur à celui de l'Italie, où près de 85.000 personnes sont arrivées depuis le début de l'année. Mais l'Espagne se rapproche de la Grèce, où l'OIM a recensé plus de 9.000 migrants, sur quelque 101.000 au total en Méditerranée depuis janvier.

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Qui sont ces migrants ?

Essentiellement des Africains venant de Guinée, de Gambie, de Côte d'Ivoire, du Cameroun et du Burkina Faso. Autant d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant des situations politiques ou économiques instables. Si les migrants fuyant le conflit entre l'Irak et la Syrie sont également recensés, ils seraient moins nombreux que les années précédentes, comme nous l'explique Thierry Allafort-Duverger, le directeur général de Médecins Sans Frontières (MSF) : "Il y a moins de réfugiés syriens cette année, tout simplement car ils ont été très nombreux à passer ces dernières années. Il y a une évolution, cet été on parle d'avantage d'une immigration issue de l'Afrique de l'Est et de l'Ouest." En outre, s'ajoute à ces flux des Marocains en provenance de la région du Rif (nord), théâtre d'un mouvement populaire.

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Des ONG forcées de suspendre leurs opérations de sauvetage de migrants en méditerranée

Pourquoi choisissent-ils l'Espagne ?

Pour ne plus passer par la Libye, où le chaos règne depuis la chute de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi. Des migrants affirment avoir été vendus sur des "marchés aux esclaves", selon l'Organisation internationale des migrations. Le HCR, lui, évoque des témoignages de conditions de vie "épouvantables" dans une quarantaine de centres de détention pour migrants. Amnesty dénonce emprisonnements et tortures. "Ce qui se passe dans ces centres est indigne, abonde Thierry Allafort-Duverger. MSF, qui y travaille, a recueilli des témoignages faisant état de kidnappings, de rançonnages, de violences à répétition ou des viols…" Selon le responsable de MSF, dont un navire a passé une partie de l'été au large des côtes libyennes à recueillir des migrants en déperdition sur des navires de fortune, la situation dans ces centres ne serait que "la partie émergée de l'iceberg", des dizaines de milliers de migrants étant livrés à eux-mêmes dans tout le pays.

Autre raison pour expliquer ce trajet : son coût. "Les prix ont baissé et varient désormais autour de 900 euros par personne, contre 1.500 à 2.000 euros en 2016. Et pour le même prix, ils ont droit à trois tentatives pour rejoindre l'Espagne", expliquait en juillet à la presse Andres Garcia Lorca, sous-préfet de la province espagnole d'Almeria (sud). Enfin, depuis la fermeture de la "route des Balkans" en mars 2016 (Macédoine, Serbie, Hongrie puis Autriche), de nombreux migrants n'essaient plus de passer par l'Est mais par l'Ouest.

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Est-ce une nouveauté ?

Non car la Méditerranée espagnole est, depuis des années, une zone de migration. "Elle a été la 'route' favorite des migrants venant d'Afrique il y a quelques années, a expliqué à LCI Frédéric Amiel, responsable du plaidoyer chez Emmaüs France . Cela illustre ce que nous disons depuis des années : malgré la fermeture des frontières ou la construction de murs, les migrations continuent. C'est une question de survie pour ces personnes." Pour Thierry Allafort-Duverger, cette immigration "a toujours existé". Selon le dirigeant, il est par ailleurs inutile de pointer du doigt le rôle des passeurs : "Ils ne sont pas une cause mais un moyen. Certes mafieux, avec des abus, mais un moyen."

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