Crise politique au Venezuela : comment le pays s'est enfoncé dans le marasme

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AMÉRIQUE DU SUD - Juan Guaido, le président du Parlement vénézuélien contrôlé par l'opposition, s'est autoproclamé mercredi "président" par intérim du pays. Une décision reconnue par plusieurs pays mais rejeté par l'armée vénézuélienne, soutien indéfectible du président socialiste Nicolas Maduro.

Le leader de l'opposition qui s'autoproclame "président", une vague de soutien international et plusieurs morts dans les rues : la journée de mercredi a été particulièrement mouvementée au Venezuela. La crise politique que traverse le pays depuis la réélection contestée de Nicolas Maduro l'an dernier s'est en effet brutalement accélérée, laissant augurer des heures sombres.

Comment le Venezuela en est-il arriver là ? Eléments d'explications.

2013-2018, une présidence sous tension

Le 5 mars 2013, le socialiste Hugo Chavez, président du Venezuela depuis 1999 et initiateur d'une "révolution bolivarienne", meurt d'un cancer. Son vice-président Nicolas Maduro remporte la présidentielle en avril avec 50,62% des voix, après un scrutin contesté. Rapidement, le nouveau chef de l'Etat s'arroge de nombreux pouvoirs : le Parlement lui octroie des pouvoirs spéciaux, lui permettant de gouverner par décret pendant un an pour endiguer l'inflation et les pénuries. En 2014, il réprime violemment une vague de manifestations pour dénoncer l'insécurité. Bilan : 43 morts en trois mois. Leopoldo Lopez, un des leaders de l'opposition, est condamné à 14 ans de prison. Il sera libéré en 2017 et assigné à résidence. Le maire de Caracas, soupçonné d'avoir encouragé un coup d'Etat, est quant à lui incarcéré.


Côté économie, le pays s'enfonce peu à peu. En décembre 2015, le prix du pétrole, qui génère 96% des revenus du pays, chute à son plus bas en 7 ans, provoquant de graves pénuries d'aliments et médicaments. En 2017, c'est la chute : le Venezuela enregistre une inflation de 2.616% et un effondrement du PIB de 15%, selon les calculs du Parlement. En juillet 2018, le FMI annonce prévoir une inflation de 1.000.000% en six mois et une chute du PIB de 18% sur l'année. Ces mauvais résultats n'empêchent pas Maduro de briguer un second mandat. Il est réélu le 20 mai 2018. Le scrutin, boycotté par la coalition de l'opposition MUD, n'est pas reconnu par une partie de la communauté internationale. 

2018, une crise migratoire sans précédent

En décembre 2018, l'ONU tire la sonnette d'alarme : quelque trois millions de Vénézuéliens vivent désormais à l'étranger, dont au moins 2,3 millions ont quitté le Venezuela depuis 2015. La majorité d'entre eux se rendent en Colombie et au Pérou. Bien que les Vénézuéliens quittent leur pays depuis plusieurs années, ces mouvements de population ont augmenté en 2017 et leur ampleur s'est encore accélérée en 2018, selon l'ONU. D'après les estimations dont disposent le HCR et l'OIM, environ 5.500 personnes ont quitté chaque jour le pays en 2018. Les images des caravanes de migrants en route vers les Etats-Unis font le tour du monde.

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En 2019, un second mandat contesté

Le 4 janvier 2019, les pays du Groupe de Lima, sauf le Mexique, décident de ne pas reconnaître le second mandat de Nicolas Maduro. Le lendemain, le Parlement - unique institution aux mains de l'opposition - déclare ce mandat illégitime et annonce qu'il va former un "gouvernement de transition" avant de nouvelles élections. Le 10, Nicolas Maduro est investi. Son mandat est considéré illégitime par les Etats-Unis et une grande partie de la communauté internationale. Le 21, 27 militaires sont arrêtés après s'être soulevés contre le régime. Le lendemain, Nicolas Maduro accuse le gouvernement américain d'avoir ordonné "un coup d'État fasciste".


Le 23 janvier, date anniversaire de la chute en 1958 de Marcos Perez Jimenez, dernier dictateur vénézuélien, opposants et partisans de Maduro défilent par dizaines de milliers dans les rues de Caracas. L'opposant Juan Guaido, président du Parlement, s'autoproclame "président en exercice". 

Rapidement, le jeu des Nations se met en place : l'annonce de Guaido est immédiatement entérinée par Donald Trump, suivi par plusieurs pays tel que le Canada, Brésil, Argentine, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panama, Paraguay et Pérou. Donald Trump a également affirmé que "toutes les options" étaient sur la table si Nicolas Maduro avait recours à la force contre les manifestations d'opposants. En revanche, Cuba, le Mexique et la Bolivie soutiennent Maduro.

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