Crise politique au Yémen : comment le délitement de l’État profite à Al-Qaïda

International

MOYEN-ORIENT - Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) profite du peu de contrôle exercé par l'Etat central et de la guerre civile pour se développer. Un rapport américain s'inquiète de l'essor que le groupe pourrait prendre. Celui-ci pourrait s’accentuer dès ce jeudi après la démission du gouvernement et la volonté du président Hadi de quitter le pouvoir.

Le Yémen, terreau djihadiste ? Depuis plusieurs années, l'instabilité du pays favorise l'ancrage d'Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche d'Al-Qaïda considérée comme la plus dangereuse de la nébuleuse par les Etats-Unis. Un fief terroriste appelé à s’enraciner un peu plus : ce jeudi, le gouvernement yéménite, contesté par les miliciens chiites d'Ansaruallah, a rendu son tablier au président Abd Rabbo Mansour Hadi. Celui-ci a répondu par sa propre démission, aussitôt refusée par le Parlement. Une crise prévisible, selon rapport du Congrès américain : publié en novembre, celui-ci s'inquiétait du fait que le sud du pays était désormais un terrain propice à l'essor d'Aqpa. Deux phénomènes permettent de l'expliquer.

Un Etat en décomposition
La prise de la capitale par les rebelles chiites "houtistes" à l'automne en témoigne : l'Etat central n'exerce plus beaucoup de contrôle sur le territoire. "Le délitement des institutions engendre peu à peu une absence de règles dans le pays. C'est un contexte peu contraignant pour les groupes armés qui y sont implantés", observe pour metronews Hélène Thiollet, chercheure au Centre d'études de relations internationales de Sciences Po .

Depuis son existence, issue de la réunification entre le Sud et le Nord en 1991, le Yémen est un pays fragmenté. "Plus on s'éloigne des lieux de pouvoir, plus les territoires sont gérés par les tribus", explique Hélène Thiollet. Le relief montagneux et désertique du pays n'aide pas l'Etat à asseoir son autorité.

Les conflits politiques, couplés au manque d'investissement dans l'agriculture et aux nombreuses pénuries d'eau, ont fait du Yémen un pays où plus d'un tiers de la population est touché ou menacé par l'insécurité alimentaire (sur un total de 25 millions). C'est aujourd'hui l'un des plus pauvres du monde, avec 54,5 % d'habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté, d'après les données de la Banque mondiale collectées en 2012. Ce qui accentue - encore - l'hostilité envers l'Etat.


L'opposition sunnites / chiites
L’insurrection des rebelles houtis venus du Nord (musulmans chiites) a poussé les tribus et les groupes de confession sunnites à prendre les armes contre eux, dont AQPA. Depuis ses bases clandestines dispatchées dans le Sud et l'Est du pays, l'organisation islamiste organise des attentats contre le pouvoir et les miliciens chiites.

Elle peut aussi compter sur le soutien de certaines tribus locales. Depuis son apparition en 2009, AQPA a vu ses rangs grossir de moins de 300 combattants à près d'un millier en 2013, d'après le gouvernement américain . Ses fonds proviennent principalement de braquages de banques et de kidnapping, mais aussi en moindre partie de riches donateurs, pour certains basés en Arabie saoudite.

Mais l'essor d'Aqpa devrait être limité
"Al-Qaïda ne risque pas de prendre le pouvoir au Yémen", estime Hélène Thiollet. "Les Américains et les Européens se soucient beaucoup de sa présence au Yémen et multiplient les frappes aériennes contre ses membres et ses installations". Il y a deux ans, un tir de drone a tué le numéro 2 d'AQPA .

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La chercheure souligne aussi que le développement de l'organisation dépend aussi des objectifs qu'elle s'est fixée, aujourd'hui "peu lisibles". "AQPA est importante mais ne va pas jouer directement dans le jeu politique au Yémen". La menace reste donc encore lointaine.

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