Cuba : c’est quoi ces mystérieuses attaques acoustiques ? (et les doutes qu’elles suscitent)

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DÉCRYPTAGE - Les Etats-Unis ont rappelé vendredi plus de la moitié de leur personnel diplomatique à Cuba à la suite de la propagation d'un mal mystérieux, pouvant être des "attaques acoustiques". Mais est-ce bien crédible ? Quelles sont les armes capables de déclencher de tels troubles ? LCI fait le point.

Le mystère des "attaques acoustiques" contre les diplomates américains à Cuba n'est toujours pas élucidé. Alors que 21 employés de l'ambassade ont été touchés, les Etats-Unis ont décidé vendredi de rappeler "plus de la moitié" du personnel de leur ambassade. En outre, quinze employés de l'ambassade de Cuba à Washington ont été expulsés ce mardi. 


Cette affaire, qui empoisonne depuis plus de neuf mois les relations bilatérales entre les deux pays, semble encore loin d'un dénouement. Agressions ciblées, sabotage, accident ? Les Etats-Unis s'interrogent et les questions se posent. Des "attaques acoustiques" ont-elles vraiment pu se produire ? Quelles pourraient être les armes utilisées ? LCI fait le point.

Les faits

Les premiers faits suspects ont été signalés fin 2016, mais le gouvernement américain a attendu août 2017 pour évoquer de mystérieux "symptômes physiques" constatés chez plusieurs salariés de l'ambassade. Certains ont souffert de "migraines, nausées", mais aussi "de légères lésions cérébrales d'origine traumatique et d'une perte définitive d'audition", révélait ensuite le syndicat de la diplomatie américaine.


Au 14 septembre, le nombre d'employés touchés était de 21, avec un dernier "incident" constaté en août, selon Washington. Côté canadien, une source proche de l'ambassade précise sous couvert d'anonymat que plus de cinq familles ont été touchées, dont plusieurs enfants, mais qu'"aucun cas grave" n'est pour l'instant répertorié.


Des responsables américains ont alors dit à des journalistes soupçonner l'utilisation d'appareils acoustiques visant à porter atteinte à "l'intégrité physique" des diplomates. La Havane a formellement démenti toute implication et lancé une enquête. Vendredi, la moitié du personnel de l'ambassade a été renvoyée vers les Etats-Unis qui a appelé ses ressortissants à éviter de se rendre à Cuba. 

Le son utilisé comme arme

Si un syndicat de la diplomatie américaine évoque l'idée d'"attaques acoustiques" ou de "harcèlement acoustique", Washington s'en tient à parler d'"attaques ciblées de nature inconnue". Une chose est certaine : on ne connait ni le dispositif potentiellement installé, ni ceux qui s'en auraient pu s'en servir.


Malgré les doutes de Washington, on sait que le son a déjà été utilisé comme une arme non létale, notamment lors de gros rassemblements. C'est ce qui est arrivé au G20 de Pittsburgh en 2009 lorsque l'armée américaine avait eu recours au Long Range Acoustic Device (LRAD) pour disperser la foule. L'arme, en forme de carré, provoque un son très aigu pouvant se révéler très désagréable pour ceux qui s'en approchent.


Comme le rappelle CNN, d'autres armes comme l'Active Denial System (ADS), canon à rayons anti-émeute créé aux Etats-Unis, peuvent envoyer des ondes électromagnétiques capables de disperser les personnes visées en leur causant une sensation de chaleur insupportable.


Enfin une autre arme est parfois (sérieusement) évoquée : la note sombre ('brown note' en anglais). Il s'agirait d'une fréquence infrasonore très basse provoquant chez l'homme une perte de contrôle... de son flux intestinal. Une théorie que la science n'a malheureusement jamais pu accréditée.

"Attaque acoustique" ou simple infection virale ?

Dans le cas de Cuba, les spécialistes sont en tout cas divisés. Pour Denis Bedat, spécialiste en bio-électromagnétique, l'émission ciblée d'ondes nocives à partir d'un dispositif non repérable est "tout à fait plausible d'un point de vue technique". "Des ondes ultra-soniques, qui se situent au-delà de la capacité acoustique de l'être humain, peuvent être diffusées avec un amplificateur, indique-t-il à l'AFP. Le dispositif n'a pas besoin d'être de grande taille et peut être disposé à l'intérieur ou à l'extérieur d'une maison", explique l'expert français.


Une théorie à laquelle ne croit pas du tout le neuroscientifique Seth Horowitz, expert en acoustique à l’université Brown, interrogé par 20 Minutes. "Rien de ce qui est décrit me conduit à croire à une ''attaque acoustique, a-t-il indiqué au site internet. De tels symptômes auraient pu être causés par un énorme amplificateur jouant les bonnes fréquences à une distance très proche, mais ça ne serait absolument pas discret, et les victimes pourraient se boucher les oreilles ou simplement s’éloigner".


Et d'en conclure que les symptomes développés par les diplomates "peuvent être liés à tout et n’importe quoi : une infection virale ou bactérienne, la maladie de Menière – qui touche l’oreille interne – ou rien du tout".

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