Daech : donner la parole aux déserteurs, une solution anti-djihad ?

Daech : donner la parole aux déserteurs, une solution anti-djihad ?
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RECIT - Des chercheurs londoniens ont identifié une soixantaine de déserteurs du groupe Etat islamique (EI) depuis un an. Selon eux, leurs témoignages pourraient constituer un outil intéressant pour lutter contre le groupe djihadiste.

Donner la parole aux anciens djihadistes pour dissuader les jeunes recrues. C’est la thèse inédite avancée par le centre international d'étude de la radicalisation (ICSR) dans un rapport, publié le 18 septembre. Celui-ci, basé sur une soixantaine de témoignages, estime qu’ils sont nettement plus dissuasifs qu’une vidéo des massacres perpétrés par Daech ou un clip choc estampillé "gouvernement".

Dans le détail, le centre a étudié les histoires racontées par 58 déserteurs, 51 hommes et 7 femmes, de 17 nationalités différentes, venus de Syrie, Turquie, d'Europe ou d'Australie, décryptant leurs motivations pour rejoindre l'EI comme celles qui les ont poussés à le quitter. Verdict ? Les dissensions internes à la communauté sunnite constitue le principal facteur de désertion de ceux qui, enrôlés pour lutter contre Bachar al Assad, se retrouvent à tuer des rebelles pratiquant la même religion. "Au moins la moitié d'entre eux se montrent indignés par l'extrême brutalité et les violences infligées aux personnes qu'ils prétendent au contraire vouloir défendre, les musulmans sunnites de Syrie et d'Irak", selon le rapport de centre, basé au King’s College de Londres.

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"Défier le récit de l'Etat islamique"

Les atrocités commises contre les populations constituent la seconde raison invoquée par ces repentis. Derrière, on retrouve la corruption au sein de l'encadrement, mais aussi la qualité de vie. "Les Occidentaux semblent trouver difficile les coupures d'électricité et le manque de produits de base", note ainsi le rapport. Autant d'éléments venant contredire les promesses qui les avaient conduits à s'enrôler, comme justement combattre le régime Assad, créer l'Etat islamique parfait et vivre une existence faite d'héroïsme et de luxe.

"L'existence même de ces déserteurs remet en cause l'image d'unité et de détermination que l'EI cherche à montrer", écrit l'ICSR, appelant les gouvernements à "reconnaître la valeur et la crédibilité de ces témoignages" et même à assurer la sécurité de leurs auteurs, dont ils pourraient utiliser l'expérience pour combattre l'EI sur le terrain comme dans sa propagande. Surtout que, selon l'institut, ce phénomène de désertion va gagner en importance : rien qu'entre juin et août de cette année, 17 combattants ont formellement été rapportés comme déserteurs. "Personne n’a plus de crédibilité pour défier le récit de l’EI et pour donner une impression réaliste du groupe et de la société totalitaire qu’il cherche à créer que les personnes qui l’ont expérimentée", explique l’étude.

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