De l'eau dans le gaz entre la Grèce et la Turquie : que se passe-t-il en Méditerranée orientale ?

Le navire turc, escorté ce mardi en Méditerranée par des bâtiments militaires.
International

DIPLOMATIE - Ankara a déployé un navire de recherche sismique, escorté par des bâtiments militaires, dans une zone de la Méditerranée disputée en raison de gisements gaziers. Le dernier acte d'une guerre froide qui se joue entre la Turquie et ses pays voisins, Grèce en tête.

La Méditerranée orientale, objet de toutes les convoitises. La Grèce et la Turquie - mais pas qu'elles - tentent en effet de mettre le grappin sur de vastes gisements gaziers qui s'y trouvent. Et les deux pays semblent prêts à tout pour arriver à leurs fins : Ankara y a déployé lundi un navire de recherche sismique, escorté par des bâtiments militaires. Un affront pour Athènes, qui dénonce une violation de ses frontières, mais aussi une source d'inquiétude pour l'Union européenne. Explications.

Que s'est-il passé ces derniers jours ?

Le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé vendredi la reprise des prospections turques en Méditerranée orientale, en réponse à la signature d'un accord maritime entre Athènes et Le Caire qui a suscité la colère d'Ankara. Cet accord vise à délimiter les frontières maritimes entre la Grèce et l'Egypte, et semble être une réponse directe à un accord similaire conclu en novembre entre la Turquie et le gouvernement officiel libyen.

Erdogan est rapidement passé aux actes : la marine grecque a localisé ce mardi un navire turc, l'Oruç Reis au sud-est de l'île de Crète. Il est escorté par cinq navires militaires turcs, le tout sous la surveillance de bâtiments de guerre grecs. Officiellement, ce bateau doit procéder ces prochains jours à des recherches dans une zone située au large de la province turque d'Antalya, entre les îles de Crète et de Chypre. Mais pour Athènes, cette zone fait partie de son territoire maritime en raison de la présence de la petite île de Kastellorizo au large d'Antalya.

La Grèce, qui dénonce une violation de ses frontières maritimes, en appelle désormais à Bruxelles : elle va "déposer une demande pour un sommet d'urgence du Conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne", a déclaré mardi le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

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De quels gisements parle-t-on ?

Ces dernières années, de vastes gisements gaziers en Méditerranée orientale ont été découverts. Ils ont aussitôt aiguisé l'appétit des pays riverains. Et pour cause : les réserves du bassin levantin sont estimées autour de 3 000 milliards de mètres cubes de gaz. Reste à savoir comment répartir cette source de richesse, qui se trouve jusqu’à 2.000 m en dessous de la surface de mer.

Quels pays lorgnent sur ces richesses marines ?

Les gisements se situent au large d’Israël, du Liban, de l’Égypte ou encore de Chypre. Ces pays revendiquent donc la paternité des lieux. Mais la Turquie occupe malgré tout le devant de la scène. Ces dernières années, les Turcs ont en effet multiplié les forages exploratoires au large de Chypre, s'attirant les foudres de la plupart des pays de la région et de l'Union européenne, qui dénoncent des activités "illégales". Des activités qui se déroulent dans un contexte diplomatique explosif : Ankara, qui ne reconnaît pas Chypre en tant qu’Etat, occupe le tiers nord de l'île avec son armée depuis 1974.

En novembre dernier, les tensions se sont accentuées quand le président Erdogan a signé un accord maritime avec le gouvernement libyen d’union nationale, reconnu par les Nations unies. Selon cet accord, les nouvelles limites du plateau continental turc apparaissent considérablement élargies. Et ce, aux dépens de Chypre… et de la Grèce. En particulier ses îles, la Crète et Rhodes en tête.

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