8,8 milliards d'humains en 2100 : se dirige-t-on vers un fort déclin de la population mondiale ?

8,8 milliards d'humains en 2100 : se dirige-t-on vers un fort déclin de la population mondiale ?
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ESTIMATION - Une étude affirme que nous serons 8,8 milliards d'humains en 2100, soit 2 milliards de moins que dans les projections de l'ONU pour la population mondiale de la fin du siècle. La Chine ou l'Espagne pourrait perdre la moitié de leur population.

Moins on est de fous, mieux on vit ? Selon le dernier rapport de l'ONU sur la population mondiale, 9,7 milliards d'habitants en 2050 et 10,9 milliards en 2100 devraient habiter la Terre, contre 7,7 milliards actuellement. Mais une étude publiée mercredi dans la revue scientifique The Lancet, qui prédit des bouleversements dans l'équilibre mondial et au sein des sociétés, remet en cause cette croissance continue au long du 21e siècle.

"Une bonne nouvelle pour l'environnement"

Selon les chercheurs du respecté Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de Seattle, il y aura un pic à 9,7 milliards de personnes autour de 2064, puis la population mondiale déclinera pour atteindre 8,8 milliards en 2100. Soit 2 milliards de moins que les projections de l'ONU. Ce déclin pourrait être lié en grande partie au développement de l'éducation des filles et de l'accès à la contraception. Ces deux facteurs vont faire baisser le taux de fécondité à 1,66 enfant par femme en 2100, contre 2,37 aujourd'hui, selon l'étude.

C'est "une bonne nouvelle pour l'environnement", car cela signifie moins de pression sur les systèmes de production alimentaire et moins d'émission de CO2, a souligné Christopher Murray, directeur de l'IHME, qui a mené cette étude. Mais "l'inversion de la pyramide des âges aura des conséquences profondes et négatives sur l'économie et l'organisation des familles, des communautés et des sociétés", tempère-t-il auprès de l'AFP. Ces projections ne sont cependant pas "gravées dans le marbre" : des changements de politiques pourraient modifier les trajectoires des différents pays.

La Chine, le Japon, l'Espagne ou l'Italie pourrait perdre la moitié de leur population

L'évolution démographique, intégrant aussi la mortalité et les migrations, variera selon les régions et les pays, d'après les chercheurs. L'Asie et l'Europe abritent une grande partie des 23 pays qui devraient voir leur population réduite au moins de moitié : comme le Japon (128 à 60 millions), la Thaïlande (71 à 35), la Corée du Sud (53 à 27), l'Italie (61 à 31), l'Espagne (46 à 23) ou le Portugal (11 à 4,5).

La Chine pourrait elle aussi perdre près de la moitié de ses habitants - avec potentiellement 730 millions en 2100 contre 1,4 milliard aujourd'hui - à cause d'un déclin du nombre de personnes en âge de travailler, ce qui va "entraver" sa croissance économique. Les Etats-Unis, appelés à perdre prochainement leur place de première économie mondiale, pourraient ainsi repasser devant la Chine d'ici la fin du siècle, toujours selon l'étude. Les chercheurs estiment en revanche que la France va augmenter sa population jusqu'à 67 millions, au lieu des 65 actuellement.

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Un nouveau monde en moins de cent ans

A l'opposé, l'Afrique sub-saharienne pourrait voir tripler sa population, d'un à trois milliards. La région serait tirée notamment par le Nigeria, qui selon les projections passerait de 206 à 790 millions d'habitants, devenant en 2100 le deuxième pays le plus peuplé au monde, derrière l'Inde mais devant la Chine.

"Ce sera véritablement un nouveau monde, un monde auquel nous devrions nous préparer dès aujourd'hui", a commenté le rédacteur en chef du Lancet, Richard Horton. Dans ce nouveau monde, où la population en âge de travailler aurait diminué mais où les plus de 80 ans seraient six fois plus nombreux (141 à 866 millions), il faudrait "réévaluer la structure actuelle des systèmes d'aides sociales et des services de santé", insiste Christopher Murray.

Il faudra également inventer des "politiques d'immigration libérales", selon les chercheurs de l'IHME. Leur directeur précise : "Nous estimons que plus tard dans le siècle, les pays qui ont besoin de travailleurs migrants devront rivaliser pour attirer ces migrants", qui devraient venir principalement d'Afrique sub-saharienne et du monde arabe.

"La réponse à ce déclin des populations risque de devenir une des préoccupations politiques majeures dans de nombreux pays", poursuit dans un communiqué son collègue Stein Emil Vollset. "Mais cela ne doit pas compromettre les efforts pour améliorer la santé reproductive des femmes ou le progrès des droits des femmes", dit-il. Pour modifier la trajectoire démographique, les scientifiques évoquent à l'inverse des "politiques sociales" pour aider les femmes à travailler tout en ayant le nombre d'enfants qu'elles souhaitent.

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