Sommet Trump - Kim Jong-un : "Les Etats-Unis ont beaucoup plus à perdre que la Corée du Nord"

DIPLOMATIE - Comment expliquer l'annonce surprise d'un sommet entre les États-Unis et la Corée du Nord ? Après des mois de tensions, que faut-il espérer de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un ? Le chercheur Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée, a répondu aux questions de LCI.

Personne ne l'imaginait il y a quelques jours, mais Donald Trump et Kim Jong-un devraient se rencontrer prochainement. L'annonce par Séoul de ce sommet Etats-Unis-Corée du Nord, dans la nuit du 8 au 9 mars, a surpris tous les observateurs, y compris... Rex Tillerson, le secrétaire d'Etat américain. Si la date et le lieu de l'événement ne sont pas encore connus, un responsable nord-coréen a déclaré que Kim Jong-un s’est engagé à discuter d'une "dénucléarisation" de la péninsule coréenne et qu’il a promis d'arrêter tout test nucléaire d'ici le sommet.


Comment expliquer ce rebondissement inédit ? Qu'attendre de cette rencontre entre Washington et Pyongyang ? Antoine Bondaz, chercheur associé au Centre de recherches internationales de Sciences Po et spécialiste de la politique étrangère coréenne, a répondu aux questions de LCI.

LCI : Cette annonce est-elle vraiment une surprise ?

Antoine Bondaz : Ce n'est pas une surprise d'un point de vue nord-coréen. Ça fait des décennies que la Corée du Nord essaie d'organiser un tel sommet. Et le pays était entré dans une séquence diplomatique depuis novembre 2017, dont l'invitation de Donald Trump était une conclusion logique. C'est plus surprenant du point de vue américain. D'abord parce que c'est la première rencontre entre le dirigeant nord-coréen et un président américain en exercice. Ensuite, parce que ce sommet va s'organiser très rapidement. Normalement, vous avez des mois de négociations, et on fait un sommet quand on pense avoir un accord, afin de couronner ce travail en amont. Là, on met la charrue avant les bœufs, et je pense que les diplomates américains eux-mêmes ont été surpris. Le sommet est annoncé avant même le début des négociations. Si, sur le fond, ces annonces sont surprenantes, elles le sont encore plus sur la méthode.

LCI : Les deux leaders semblent sortir gagnant de cette séquence, mais quels sont les risques à long terme ?

Antoine Bondaz : À très court terme tout le monde est gagnant. L'organisation de ce sommet est déjà une victoire diplomatique pour la Corée du Nord. C'est également une reconnaissance implicite des relations diplomatiques entre les deux pays, alors qu'elles n'existent pas officiellement. Enfin, Kim Jong-un ne s'est engagé à rien. Il a dit être prêt à discuter d'une "dénucléarisation de la péninsule", mais ce terme peut vouloir dire plusieurs choses, comme la fin de l'alliance entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, protégée par le parapluie nucléaire américain. Côté américain, Trump peut dire que sa stratégie a fonctionné, que ce soit vrai ou pas. La question, c'est celle de l'après-sommet. Le risque, c'est de donner de la légitimité internationale à Kim Jong-un, sans rien obtenir en retour. Et les Etats-Unis ont beaucoup plus à perdre à ce moment. Il très difficile d'analyser ce que fait Donald Trump et de savoir si ses décisions dépendent du contexte intérieur aux Etats-Unis. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une séquence imaginée par des diplomates. Pour l'instant, ça apparaît plus comme un coup politique que comme un coup diplomatique.

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LCI : Quel est le rôle de la Corée du Sud et de la Chine dans cette séquence ?

Antoine Bondaz : La Chine a toujours été en retrait sur cette question-là. Elle appelle au dialogue, et ce sommet est conforme à ses intérêts, mais elle n'y a pas contribué activement. Par contre, la Corée du Sud a eu un rôle fondamental, en servant d'intermédiaire entre Pyongyang et Washington, et en rendant ce sommet politiquement possible. À partir du moment où le Sud a initié le dialogue et a accepté de participer à un sommet inter-coréen, alors il devenait acceptable pour Trump d'organiser un sommet. La Corée du Sud, dont l'objectif était d'établir un dialogue direct entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, a débloqué la situation. Diplomatiquement, c'est un coup de maître.

Il faut parvenir à un accord avant que les missiles intercontinentaux nord-coréens soient pleinement opérationnelsAntoine Bondaz

LCI : Peut-on imaginer un scénario de sortie de crise ?

Antoine Bondaz : On est encore très loin d'une dénucléarisation. En plus du gel des tests nucléaires nord-coréen, il faut parvenir à un gel du programme nucléaire, vérifié par l'AIEA, et enfin, au démantèlement des capacités nucléaires. On est aussi loin d'un retour de la Corée du Nord dans le jeu diplomatique, mais l'existence de sommet permet déjà de créer des opportunités. C'est désormais le travail des négociateurs de transformer ces opportunités en gains diplomatiques. Mais soyons honnêtes : négocier un tel accord en quelques mois, alors que le dialogue était inexistant il y a quelques semaines et que les négociateurs historiques américains sont partis, c'est extrêmement compliqué. En face, les négociateurs nord-coréens sont très expérimentés.

LCI : Cette position de force est-elle aussi garantie par les capacités nucléaires de la Corée du Nord ?

Antoine Bondaz : Oui. Côté américain, il y a urgence. Il faut parvenir à un accord avant que les missiles intercontinentaux nord-coréens soient pleinement opérationnels. Arriver à un gel des essais est déjà une victoire de Trump sur ce plan-là, car la menace est contenue.

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