Des Irlandaises montrent leurs strings contre les préjugés sur le viol

Des Irlandaises montrent leurs strings contre les préjugés sur le viol
International

PAS DE CONSENTEMENT - Dans une plaidoirie finale, l’avocate d’un homme accusé de viol en Irlande avait utilisé le string en dentelle de la plaignante comme argument pour prouver son consentement. Un raisonnement qui a indigné les Irlandais et les Irlandaises, qui affichent leurs sous-vêtements sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ThisIsNotConsent.

Non, une culotte jugée sexy n’est pas un signe de consentement. Et des centaines d'Irlandaises comptent bien le faire savoir. Depuis ce mercredi 14 novembre, elles inondent les réseaux sociaux de sous-vêtements colorés et en dentelle en réaction aux propos de l’avocate d’un homme accusé de viol qui a utilisé le string d’une plaignante comme argument phare de sa plaidoirie. 

Le 6 novembre dernier, au tribunal pénal de Cork, une ville universitaire du sud-ouest de l’Irlande, un homme est accusé de viol sur une jeune femme de dix ans sa cadette. Selon  le récit du quotidien local Irish Examiner, l’homme est accusé d’avoir abusé d’une femme de 17 ans dans une allée sombre et boueuse. Devant les juges il dit qu’elle était consentante. Elle dit qu’il l’a forcée. Alors, pour prouver le consentement au moment de la plaidoirie, la défense affiche la culotte de la présumée victime, en donnant ce raisonnement : "Est-ce que les preuves excluent la possibilité qu’elle ait été attirée par l’accusé, et qu’elle était disposée à rencontrer quelqu’un, à être avec quelqu’un ? Vous devez regarder comment elle était habillée. Elle portait un string à dentelles."

Résultat : le jury, composé de huit hommes et quatre femmes a voté l’acquittement de façon unanime. S’il est impossible de savoir qu’elle a été la force de l’argument dans le verdict, l’unique fait qu’il ait été utilisé en cour pénale a provoqué un tollé dans le pays. Et pour cause, il revient à utiliser un préjugé sur le viol, consistant à placer la victime comme coupable, afin de prouver son consentement.

Voir aussi

10% des viols sont signalés en Irlande

Alors, la députée Ruth Coppinger, qui a notamment bataillé pour le droit à l’avortement dans le pays, a décidé ce mardi 13 novembre de brandir une culotte en plein Parlement, dénonçant cette culture du "victim blaming". Et d’expliquer que, selon elle, "soit le jury croit vraiment en ces mythes sur le viol, auquel cas ils doivent être obligés de s'informer sur la question, soit les avocats utilisent ces mythes  pour introduire des stéréotypes sexistes dont ils savent qu’ils parlent à la société et aux jurys." 

Cette députée socialiste a donc appelé le gouvernement irlandais à "tirer les leçons" de cette affaire en apportant des "changements juridiques de taille" pour mettre fin à la "culpabilisation routinière des victimes au sein des tribunaux irlandais". Car Ruth Coppinger estime que, lorsque les plaignantes sont mises "au banc des accusés pour leurs choix vestimentaires", cela provoque un "effet dissuasif" pour toutes les autres femmes qui voudraient signaler une agression. Et d’appuyer son propos en chiffres. Selon un rapport cité par cette élue de gauche, seulement 10% des viols sont signalés en Irlande. Et il est estimé qu’uniquement 1 sur 40 d’entre eux reçoivent une sanction "appropriée". 

Balance ta culotte

Cette semaine, de nombreuses femmes, sidérées par cette affaire, ont donc décidé d’afficher fièrement leurs strings qui ne sont "pas un consentement". Sur les réseaux sociaux, elles publient leurs plus beaux sous-vêtements, avec le hashtag #ThisIsNotConsent, et à leurs fenêtres, elles pendent leurs dessous en dentelle. 

Les Irlandaises, et les Irlandais, se sont également mobilisés en nombre. Selon les médias locaux, des centaines de femmes et d'hommes portant des affiches et des culottes à la main ont manifesté mercredi dans cinq villes du pays. Et à Cork, sur le parvis du palais de justice où la plaidoirie a eu lieu, des  strings ont recouvert le marbre des marches.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent