Destitution de Donald Trump : Alan Dershowitz, Adam Schiff, Kenneth Starr... qui sont les acteurs-clés du procès ?

Destitution de Donald Trump : Alan Dershowitz, Adam Schiff, Kenneth Starr... qui sont les acteurs-clés du procès ?
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La procédure de destitution contre Donald Trump

FIGURES - Le procès en destitution de Donald Trump s'est ouvert mardi 21 janvier au Sénat par une guerre de tranchées autour des règles de procédures. Dans l'ombre du président américain, grand absent de ce rendez-vous, deux camps s'opposent. Y figurent des personnalités peu connues et controversées, qui vont électriser les débats.

Ils sont les visages du procès en destitution de Donald Trump. Ce sont eux qui vont animer ce qui s'annonce comme l'épilogue de l'affaire ukrainienne déclenchée par le coup de fil de Donald Trump à son homologue Volodymyr Zelensky en juillet dernier. Après l'ouverture des débats, mardi 21 janvier au Sénat, après une bataille procédurale de près de treize heures entre élus républicains et démocrates sur les règles de ce rendez-vous historique, ce sont désormais les seules l'accusation et la défense ont le droit de parole. 

Pour assurer sa défense, Trump a formé une équipe de choc. Pat Cipollone, le conseiller juridique de la Maison Blanche, et Jay Sekulow, son avocat personnel, sont secondés par deux juristes de renom : Kenneth Starr, à l'origine du procès en destitution de Clinton en 1999, et Alan Dershowitz, qui a représenté plusieurs célébrités au fil des années. Face à eux, l'équipe d'accusation désignée par la Chambre des représentants, qui a mené les investigations et inculpé le président des États-Unis pour "abus de pouvoir" et "obstruction", et dirigée par Adam Schiff et Jerry Nadler. Les deux camps vont porter leurs arguments devant les 100 sénateurs, jurés du procès, présidé par le chef de la Cour suprême, John Roberts.

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Kenneth Starr, le procureur de l'affaire Lewinsky

"C'est clairement le genre de journée où tu te dis 'Vous vous foutez de ma gueule ?' Le tweet, plein de rancœur, est signé Monica Lewinsky, après la nomination de Kenneth Starr pour assurer la défense de Donald Trump, qui le qualifiait lui-même de "fou" et de "cinglé" au moment de la mise en accusation de Bill Clinton à la fin des années 90. Désigné procureur spécial dans l'affaire Lewinsky, il est connu pour avoir mené l'enquête à charge sur la relation extra-conjugale entretenue par le président américain avec l'ancienne stagiaire de la Maison Blanche. Ses investigations, où il assurait que Clinton s'était rendu coupable de parjure sous serment, avaient ouvert la voie à la procédure en impeachment.

Personnalité "controversée", le juriste de 73 ans traîne plusieurs casseroles. Démis en 2016 de son poste de président de l'université Baylor après un scandale sexuel entachant l'établissement qu'il dirigeait au Texas, il a auparavant défendu le financier américain Jeffrey Epstein, retrouvé mort en prison en août dernier, pour des faits d'agressions sexuelles sur mineurs. Jusqu'à sa nomination, Starr était un intervenant régulier sur Fox News, la chaîne préférée de Trump, qui affirme aujourd'hui apprécier ses passages à la télévision. Pour obtenir l'acquittement du président des États-Unis, il fera de nouveau équipe avec un ténor du barreau qu'il connait bien : Alan Dershowitz. Ensemble, ils avaient représenté les intérêts d'Epstein en 2008. 

Alan Dershowitz, "l'avocat du diable"

Le New Yorker le surnomme "l'avocat du diable". Durant sa longue carrière, Alan Dershowitz a défendu nombre de personnalités riches et célèbres, accusées de meurtre, tentative de meurtre, de viol ou de trafic sexuel. En 1995, il a obtenu l'acquittement d'O.J. Simpson, accusé du meurtre de sa femme. En 2008, il a fait partie de l'équipe engagée par Jeffrey Epstein pour le représenter. Il avait réussi à négocier un accord de plaider-coupable en faveur du pédocriminel, poursuivi pour incitation à la prostitution de mineures. Le milliardaire a ainsi pu purger sa peine de 18 mois, ramenée à 13, tout en continuant à travailler 6 jours sur 7 et à voyager. Une entente dont les victimes n'ont jamais été informées. Récemment, il a aussi conseillé l'équipe de défense d'Harvey Weinstein, le producteur déchu accusé de viol et d'agression sexuelle.

Professeur de droit constitutionnel à Harvard, Alan Dershowitz se définit lui-même comme "un démocrate progressiste". Il a fait campagne pour Hillary Clinton en 2016. En novembre 2019, cet avocat de 81 ans a indiqué qu'il glissera dans l'urne un bulletin pour Joe Biden, si le leader de l'aile centriste du parti démocrate est désigné candidat à la Maison Blanche. Le voir représenter Trump apparaît donc contre nature. À plusieurs reprises, il a critiqué sa politique, dont le très controversé "Muslim ban". Lors d'une interview à NBC News en 2017, il avait dit qu'il n'accepterait jamais d'avoir le milliardaire pour client. "S'il vous plaît, n'insultez pas mon intégrité", avait-il lancé. Pour justifier sa présence au côté du président américain, celui qui fait office de "caution démocrate" dans ce procès oppose "la défense de l'intégrité de la Constitution" et sa volonté "d'empêcher la création d'un dangereux précédent constitutionnel".

John Roberts, le juge "arbitre" du procès

"Personne ne va à un match pour voir l'arbitre". Depuis sa nomination à la haute Cour en 2005, John Roberts est reste fidèle à sa doctrine. Il y a pourtant dérogé deux fois ces 15 dernières années. Aux premières loges lors du serment d'investiture de Barack Obama en 2009, le chef de la Cour suprême des États-Unis a capté la lumière, malgré lui. Il a induit en erreur le nouveau président, en se trompant à deux reprises en récitant le texte inscrit dans la Constitution. Mais abaisser à ce seul fait le plus haut magistrat des États-Unis, chargé de conduire le procès en destitution de Donald Trump au Sénat, serait réducteur. 

Catholique pratiquant, opposé au mariage homosexuel et au droit à l'avortement, le "chief justice" de 64 ans s'est aussi distingué en 2012 en apportant, à la surprise générale, la voix nécessaire pour valider l'Obamacare, la loi emblématique d'Obama sur l'assurance maladie. "C'est un cauchemar", avait jugé le candidat Trump pendant sa campagne, qualifiant le plus haut magistrat des États-Unis de "désastre absolu". Depuis cet épisode, le torchon brûle. Fait rare, en 2018, le juriste est sorti de sa réserve pour recadrer le président américain. "Il n'y a pas de juges pro-Obama, ou de juges pro-Trump, pro-Bush ou pro-Clinton", avait-il rétorqué, en réponse au milliardaire qui avait accusé un juge de partialité. Pendant le procès en impeachment, il n'assurera néanmoins qu'un rôle "limité", évacuant ainsi les potentielles critiques.

Adam Schiff, l'homme qui veut la peau de Trump

Il est sorti de l'ombre de Nancy Pelosi. Chef de la puissante commission du Renseignement, Adam Schiff est le "procureur désigné en chef" de l'équipe démocrate chargée de mener l'accusation au Sénat dans le cadre de la procédure d'impeachment visant Donald Trump. L'élu de Californie, inconnu des Américains il y a peu, est désormais en première ligne dans ce dossier. Posé, n'élevant jamais la voix, et faisant preuve d'une grande persévérance, l'ex-procureur fédéral est l'un des experts du parti démocrate en matière de politique étrangère. Il connaît d'ailleurs l'affaire ukrainienne sur le bout des doigts. 

Diplômé en droit à Harvard et Stanford, le représentant du district de Los Angeles a l'âme d'un enquêteur... et l'expérience. Alors jeune procureur fédéral de Los Angeles, il a instruit en 1986 un dossier épineux : Richard Miller, le premier agent du FBI condamné pour espionnage à la solde de Moscou. Dépeint comme méthodique, il s'est inspiré de ses expériences judiciaires et politiques pour écrire quelques scénarii pour Hollywood dans les années 1990. Âgé de 59 ans, il est l'une des bêtes noires du président américain. En septembre dernier, ce dernier avait suggéré en septembre dernier qu'Adam Schiff soit arrêté pour "trahison" pour avoir déformé sa conversation téléphonique avec son homologue ukrainien. "Cela n'a rien à voir avec ce que j'ai dit", avait réagi Trump. Affublé par le milliardaire du surnom "Schiff le fourbe", ce passionné de cyclisme et de triathlon est aujourd'hui le visage de l'impeachment. 

Jerry Nadler, le meilleur ennemi du président

La rivalité est notoire, l'hostilité vieille de plus de 30 ans. Spécialiste du droit constitutionnel, ce vétéran de la politique - dont le premier mandat remonte à 1976 - est l'un des premiers opposants à Donald Trump. Le premier affrontement entre les deux New-Yorkais, nés à un an d'écart, remonte à 1985. "Jerry Nadler s'est battu contre moi pendant des années sur un grand ensemble immobilier que j'ai construit à l'ouest de Manhattan. (...) Mais le projet a été un grand succès", écrivait en avril dernier l'ancien magnat de l'immobilier, qui lui porte très peu d'estime. Aujourd'hui, encore, le président américain continue de l'appeler en privé "Jerry le Gros", selon le Washington Post, en référence à l'époque où le vétéran souffrait d'obésité. 

Des sept procureurs désignés pour mener l'accusation, le spécialiste en droit constitutionnel nourrit ainsi une rancœur extrême envers Trump. Absent de la cérémonie d'investiture, jugeant le président "légalement élu, mais non légitime", il a longtemps espéré, en vain, que l'enquête russe débouche sur une procédure en destitution. Alors quand l'affaire ukrainienne a éclaté, l'élu de 72 ans a vu en cette occasion l'opportunité de se le "payer" une bonne fois pour toutes. Président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, à majorité démocrate, c'est lui qui a dirigé la rédaction des deux chefs d'accusation, pour "abus de pouvoir" et "entrave" à la bonne marche du Congrès, retenus contre le président des États-Unis.

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