Destitution : un ambassadeur gênant, une diplomate intimidée... les auditions qui inquiètent Trump

JT 20H - La première étape d'une procédure de destitution contre Donald Trump a été enclenchée aux États-Unis. Mais que reproche-t-on au président américain ?
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La procédure de destitution contre Donald Trump

ETATS-UNIS - Depuis dix jours, les protagonistes de l'affaire ukrainienne, à l'origine d'une procédure de destitution à l'encontre de Donald Trump, défilent devant le Congrès américain. Tous dépeignent une diplomatie particulière, renforçant les soupçons de collusion.

Prouver que le président des Etats-Unis a commis un "abus de pouvoir", en conditionnant une aide militaire à l'Ukraine en échange de l'assurance de l'ouverture d'une enquête contre le fils de Joe Biden, membre du conseil d'administration d'une société gazière plongée dans un scandale de corrpution. C'est la raison pour laquelle une douzaine de responsables défile depuis le 13 novembre devant le Chambre des représentants. Des auditions qui font vaciller Donald Trump : vivement critiqué, le chef de l'Etat se réserve d'ailleurs le droit de venir se défendre "himself" devant les élus. Voici le casting d'un feuilleton politique sans précédent.

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Marie Yovanovitch, l'ambassadrice qui faisait "mal tourner les choses"

Son audition restera comme l'un des temps forts des auditions à la Chambre des représentants. Le 15 novembre, Marie Yovanovitch s'est exprimée plus de cinq heures. Un témoignage fleuve mais à la hauteur de son statut, puisque cette diplomate est l'ancienne ambassadrice américaine en Ukraine. Et c'est à ce titre que Donald Trump a mentionné son nom durant sa désormais célèbre discussion avec  le président Zelensky. Dans cet appel, rendu public en septembre après l'intervention d'un lanceur d'alerte, il avait cité Marie Yovanovitch. Et ce, sans la ménager : "Il va lui arriver des choses", avait-il déclaré alors qu'elle venait tout juste d'être démise de son poste. "J'ai été choquée" d'entendre ça", "cela ressemblait à une menace diffuse", a-t-elle commenté devant les représentants, majoritairement démocrates. 

Peu après, coup de théâtre : Donald Trump s'est fendu d'un tweet durant l'audition, attaquant frontalement son ancienne ambassadrice. "Partout où Marie Yovanovitch est passée, les choses ont mal tourné". "Elle a débuté en Somalie, et regardez comment ça s'est terminé", a-t-il ajouté en référence à ce pays de la Corne de l'Afrique plongé dans le chaos depuis 1991. Visiblement surprise, elle a pris quelques secondes de réflexion avant de répondre: "Je ne crois pas avoir de tels pouvoirs, ni à Mogadiscio en Somalie, ni ailleurs". 

Alexander Vindman, le militaire qui a "respecté les ordres"

"C'est inapproprié pour un président des Etats-Unis de demander à un gouvernement étranger d'enquêter sur un de ses opposants" : devant les membres de la commission d'enquête, le lieutenant-colonel Alexander Vindman n'a pas sourcillé quand il a expliqué la raison pour laquelle il avait saisi, l'été dernier, les juristes de la présidence, après avoir entendu Donald Trump demander à son homologue ukrainien d'enquêter sur un de ses rivaux potentiels à la présidentielle.

Pour le déstabiliser, les élus républicains ont insinué qu'Alexander Vindman pourrait avoir été influencé par ses origines ukrainiennes, lui qui est né à Kiev avant d'arriver à trois ans sur le sol américain. Sous leur pression, les Ukrainiens lui avaient proposé un poste de ministre de la Défense, mais il a assuré l'avoir immédiatement refusé. Pourquoi a-t-il alerté la présidence ? "Je l'ai fait par sens du devoir", a martelé celui qui a agi en respectant sa "chaîne de commandement".

Gordon Sondland, le milliardaire qui embarrasse le président

Du soutien de la campagne électorale de Donald Trump à sa procédure de destitution : Gordon Sondland a connu en quelques mois une ascension fulgurante dans la sphère du président américain. Cet homme de 62 ans qui a fait fortune dans l'hôtellerie avait signé en 2017 un chèque d'un million de dollars pour financer l'investiture de son candidat. Un don qui lui a permis d'être nommé au poste très convoité d'ambassadeur auprès de l'Union européenne (UE). Fonction qui lui a permis d'accéder à des informations sur l'affaire ukrainienne, raison pour laquelle il a été auditionné à huis clos mi-octobre. Devant les élus, il avait admis avoir dit à un conseiller du président ukrainien que "la reprise de l'aide américaine n'arriverait sans doute pas jusqu'à ce que l'Ukraine fournisse une déclaration publique contre la corruption".

En public, Gordon Sondland en a rajouté une couche, admettant un "donnant-donnant" - une enquête en Ukraine contre contre une invitation du président Volodymyr Zelensky à Washington. Il a toutefois assuré que le président Trump n'avait jamais lié "directement" l'aide militaire et les enquêtes. C'était "ma déduction personnelle", s'est-il contenté de résumer, ajoutant que celle-ci était "largement partagée".

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William Taylor, le diplomate qui avait intercepté une discussion entre Trump et Sondland

William Taylor, le plus haut diplomate de l'ambassade des Etats-Unis à Kiev, a lui aussi été longuement entendu. Le 14 novembre, il a rapporté un échange parvenu à ses oreilles récemment, qui donne l'image d'un Donald Trump obsédé par ses intérêts politiques personnels. Le 26 juillet, un jour après avoir demandé à son homologue ukrainien d'enquêter sur Hunter Biden, le président américain s'est entretenu par téléphone avec Gordon Sondland, qui se trouvait à Kiev. Un des collaborateurs de William Taylor, qui avait entendu les deux hommes discuter, avait ensuite demandé à Sondland ce que le locataire de la Maison Blanche pensait de l'Ukraine. "L'ambassadeur Sondland a répondu que le président Trump s'intéressait davantage à l'enquête sur Biden" qu'à la situation dans ce pays, a révélé l'attaché d'affaires.

Et si Donald Trump s'invitait au Congrès ?

Depuis le début de l'enquête, la Maison Blanche dénonce une "chasse aux sorcières" illégale, refusant de collaborer. C'était sans compter les attaques de Nancy Pelosi : sur la chaîne CBS, la patronne des démocrates a taclé Donald trump, estimant que "s'il n'est pas d'accord avec ce qu'il entend, il ne devrait pas tweeter, il devrait venir devant la commission et témoigner sous serment." "Même si je n'ai rien fait de mal et n'aime pas apporter de crédit à cette parodie de justice, j'aime cette idée", a-t-il estimé, avant d'ajouter : "Je vais l'envisager sérieusement."

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