Destruction des mausolées de Tombouctou : qui est le djihadiste condamné pour crime de guerre ?

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JUGEMENT – Un verdict historique a été rendu ce mardi par la Cour pénale internationale de La Haye. Le Touareg Ahmad Al Faqi Al Mahdi, accusé de crime de guerre pour avoir détruit des mausolées protégés à Tombouctou, au Mali, a été condamné à neuf ans de prison. Une première.

Les habitants de Tombouctou rêvaient que justice soit faite. La Cour pénale internationale (CPI) a rendu ce mardi un verdict historique en condamnant un djihadiste à neuf ans de prison pour la destruction de mausolées protégés dans la cité historique du Mali, en 2012. 


Accusé de crime de guerre, une première pour la destruction de biens culturels, le Touareg malien Ahmad Al Faqi Al Mahdi avait plaidé coupable à l'ouverture de son procès (une première également). Cet homme aux petites lunettes, qui avait demandé pardon à son peuple, avait par ailleurs assuré être "plein de remords et de regrets". 


Une attitude payante puisque la CPI a considéré la coopération de l'accusé, ainsi que son comportement, comme des arguments recevables pour une peine réduite (cinq circonstances atténuantes ont été retenues, aucune agravante, ndlr) . Ahmad Al Faqi Al Mahdi encourait en effet une peine maximale de 30 ans de réclusion. 

Un homme qui a incarné le djihadisme malien

Versé depuis son plus jeune âge dans l'étude du Coran, Ahmad Al Faqi Al Mahdi a pourtant incarné le nouvel ordre djihadiste imposé dans le nord du Mali en 2012. 


Né "vers 1975", selon le procureur de la CPI, à Agoune, à 100 km à l'ouest de Tombouctou, cet homme barbu à l'abondante chevelure bouclée, décrit comme réservé, voire introverti, a été le maître d'œuvre de la démolition de ces monuments classés au Patrimoine mondial de l'humanité.


Il est accusé d'avoir "dirigé intentionnellement des attaques" contre neuf des mausolées et contre la porte de la mosquée Sidi Yahia. Il lui est reproché d'avoir participé à toutes les étapes : de la planification à l'exécution, en passant par le sermon du vendredi précédant la destruction.

Ahmad avait de loin la mémoire la plus phénoménale. Il avait tout le Coran dans la têteEl Hadj Mohamed Coulibaly, ancien maître d’école coranique de l’accusé

Diplômé de l'Institut de formation des maîtres de Tombouctou, ancien fonctionnaire de l'Education malienne qui a vécu en Libye et en Arabie saoudite, il a fréquenté très tôt l'école coranique.


"Parmi les 82 élèves de la madrassa, Ahmad avait de loin la mémoire la plus phénoménale. Il avait tout le Coran dans la tête", se souvient El Hadj Mohamed Coulibaly, son ancien maître d'école coranique dans les années 1980, aujourd’hui imam près de Bamako. "On ne pouvait pas le coller ni le prendre en défaut."

 

Un moment directeur d'école à Douentza, Ahmad Al Faqi Al Mahdi est de retour à Tombouctou peu avant l'entrée des djihadistes en avril 2012. Il côtoie alors Sanda Ould Boumama, qui deviendra porte-parole d'Ansar Dine, un groupe djihadiste majoritairement touareg. 

Un idéologue devenu "shérif" de Tombouctou

Se rapprochant rapidement des nouveaux maîtres de Tombouctou, dont il devient l'idéologue, et le chef de la hisbah, la brigade islamique des mœurs qu'il met en place en avril 2012, il finit par rejoindre les rangs d'Ansar Dine.


A la tête de sa brigade, "il utilisait la carotte et le bâton. Il pouvait brutalement fermer des boutiques pour obliger les gens à se rendre à la mosquée", notamment le vendredi, a témoigné un religieux de Tombouctou sous couvert d'anonymat. Moralisateur, Ahmad Al Faqi Al Mahdi n'a pas hésité, selon des témoins, à fouetter lui-même des femmes qu'il jugeait "impures". Il avait un côté "shérif de la ville", a résumé un élu local, selon lequel il se prenait parfois pour "le chef des imams".

Repentance totale

Quatre ans plus tard, le "shérif" affiche désormais une repentance totale. "C'est mon espoir que les années que je vais passer en prison me permettront de me purger des esprits diaboliques qui avaient pris possession de ma personne", déclarait-il en août dernier lors de son procès. Condamné à neuf ans d'emprisonnement il devrait avoir du temps devant lui. 

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