Détournement des dons pour leur fille malade, exploitation sexuelle... L'affaire Nadia indigne l'Espagne

Détournement des dons pour leur fille malade, exploitation sexuelle... L'affaire Nadia indigne l'Espagne
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POLÉMIQUE - Ils avaient récolté près d’un million d’euros de dons pour soigner leur fille atteinte d’une maladie rare. Les parents d’une petite fille sont désormais poursuivis par la justice espagnole pour escroquerie et exploitation sexuelle sur mineur.

Indignation générale en Espagne. L’affaire Nadia ne fait que commencer mais suscite déjà l’écœurement. Pour que leur petite fille Nadia (11 ans), atteinte de trichothiodystrophie (une maladie rare), puisse être soignée, des milliers d’Espagnols avaient donné pour réunir la somme la somme de 918.000 euros.


Mais deux enquêtes viennent mettre en cause les parents de la fillette. Ces derniers ont été entendus vendredi 13 janvier par un juge de Seu D'Urgell, un village de montagne dans le nord-ouest de la Catalogne. Ils sont visés pour escroquerie et exploitation sexuelle de mineur.

Photos de leur fille dénudée

Fernando Blanco et Margarida Grau ont été convoqués après la découverte par la police de photos de Nadia dénudée, dans une clé USB appartenant à son père. Selon la télévision régionale TV3, qui a eu accès à l'interrogatoire du juge, l'une des images montrait notamment les parents en pleine relation sexuelle sous les yeux de la fillette.


Dans leur déclaration, les parents ont expliqué que les photos servaient uniquement à surveiller l'évolution de la maladie de Nadia. Cette affection génétique rare, sans traitement, peut provoquer perte de cheveux, problèmes de peau, mais aussi retards mentaux et de croissance, voire la mort dans les cas les plus sévères.


"Il n'y a rien de spécial (dans ces photos), ni à contenu pornographique, sexuel ou d'exploitation", a assuré à la presse leur avocat, Alberto Martin. Les explications n'ont pas convaincu le juge, qui a ouvert une enquête pour "exhibitionnisme, provocation sexuelle et exploitation sexuelle" contre les parents, qui s'ajoute à la procédure pour escroquerie entamée en décembre.

Voitures, montres de luxe et escroquerie

La police les accuse d'avoir dépensé près de 600.000 euros sur les 918.000 euros de dons reçus pour soigner leur fille. Ils ont ainsi acheté une voiture, une maison et des montres de luxe, et laissé le reste de l'argent dormir à la banque.

   

Depuis des années, Fernando Blanco, 52 ans, multipliait les apparitions dans les médias espagnols avec sa fille, affirmant qu'elle était sur le point de mourir, en implorant des dons pour la sauver. Le public avait été séduit par Nadia, timide mais attachante, et par la quête héroïque d'un traitement racontée par son père, déjà condamné par le passé pour escroquerie. Il avait notamment affirmé avoir passé un mois en Afghanistan, "sous les bombes", pour rendre visite à un éminent généticien caché dans une grotte.


Fin novembre, M. Blanco avait expliqué avoir besoin d'argent pour payer un traitement révolutionnaire pour sa fille, basé sur la manipulation génétique dans un hôpital de Houston, aux Etats-Unis. Or plusieurs journaux dont El Pais et Hipertextual avaient rapidement dévoilé la supercherie.


Selon leurs investigations, la petite fille était non seulement hors de danger, mais il n'y avait aucune preuve des voyages du père. Ni l'hôpital de Houston, ni le traitement, ni le médecin qui devait s'en charger n'existaient.

Garde retirée

Le parquet a ouvert une enquête dans la foulée, tandis que le père était arrêté près de la frontière française, alors qu'il tentait de s'enfuir avec de l'argent liquide, un pistolet chargé à blanc et la clé USB contenant les photos suspectes. Il s'est vu retirer la garde de sa fille, qui vit désormais avec sa tante.


L'affaire a scandalisé le pays et fait surgir des questions sur le travail de nombreux médias ayant relayé l'histoire sans la vérifier. Selon plusieurs fondations, la tromperie a provoqué une chute des dons pour la recherche sur les maladies. Une plateforme représentant plusieurs organisations de patients a publié un communiqué invitant à donner de l'argent uniquement à des projets encadrés, et non à des campagnes individuelles.

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