Nouvelle journée de violences en Inde après l'entrée de femmes un temple hindou

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CONSERVATISME - Jusqu'en septembre dernier, les femmes de 10 à 50 ans n'avaient pas accès au temple hindou de Sabarimala. La Cour suprême a jugé cette décision illégale, mais les premières visites de croyantes ont réveillé l'hostilité de traditionalistes soutenus par les deux partis principaux partis politiques indiens. Des heurts ont éclaté en protestation dans cette région du sud du pays. Ils ont déjà fait un mort et 15 blessés.

La visite de deux femmes dans le temple de Sabarimala, dans l'Etat du Kerala, a provoqué des manifestations, notamment devant le siège du parlement de l'Etat, à Thiruvananthapuram, et des heurts avec la police. Les forces de l'ordre ont dû utiliser des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser des manifestants. Les affrontements, qui ont fait un mort et 15 blessés mercredi, se poursuivaient jeudi. Pourquoi une telle flambée de violences ? Car le temple bannissait jusqu'il y a peu les femmes en âge d'avoir leurs règles, soit entre 10 et 50 ans et certains fidèles aimeraient que cette tradition - jugée depuis récemment illégale - perdure. 

Quand l'égalité femme/homme se heurte aux traditions religieuses

Les femmes ayant leurs règles sont souvent considérées comme impures dans la société indienne conservatrice et patriarcale. La plupart des temples hindous n'autorisent pas les femmes à entrer lorsqu'elles sont réglées, mais le grand temple hindou d'Ayyappa à Sabarimala était l'un des rares à interdire totalement toutes celles entre la puberté et la ménopause. Après une bataille judiciaire longue de 20 ans, la Cour suprême a jugé en septembre dernier que cette tradition était discriminatoire. Une victoire juridique pour les défenseurs des droits des femmes mais qui n'avaient encore jamais été suivie de faits.

Plusieurs femmes avaient déjà tenté d'entrer dans le sanctuaire fin 2018 mais sans succès. A chaque tentative, elles en étaient été empêchées par des fidèles traditionalistes. En octobre, des affrontements avaient même éclaté entre forces de l'ordre et extrémistes qui avaient empêché des femmes de monter au temple. Ils avaient lancé des pierres sur les policiers et s'en étaient pris aux journalistes femmes. Environ 2.000 personnes avaient été arrêtées suite à ces violences.

Ce mardi une nouvelle offensive a été lancée par les défenseurs des droits des femmes. Des dizaines de milliers d'Indiennes ont formé une chaîne humaine de 620 kilomètres, pour soutenir la décision rendue en septembre par la Cour suprême. Cette manifestation appelée "Mur des femmes" était soutenue par le gouvernement de l'Etat.

Le lendemain et pour la première fois de l'histoire, deux femmes ont réussi à pénétrer dans le temple. Une vidéo montre Kanaka Durga et Bindu, tout de noir vêtue et la tête couverte, se faufiler dans ce sanctuaire, l'un des plus sacrés de l'hindouisme. 

Bindu, 42 ans, a raconté à une chaîne de télévision son périple vers le temple au milieu de la nuit. "Nous sommes arrivées à 1h30 du matin à Pampa, principal point d'entrée du temple, et avons demandé la protection de la police pour pouvoir y entrer. Nous avons marché deux heures, sommes entrées dans le temple vers 3h30 et avons fait le darshan", a déclaré la femme, évoquant un rituel consistant à se tenir devant l'image hindoue du temple. Des chaînes de télévision ont rapporté qu'après leur visite, le temple a été brièvement fermé pour des rituels de "purification".

Dès le lendemain, des manifestations ont éclaté dans tout le pays. Plus de 750 personnes ont été arrêtées, a annoncé vendredi la police, qui redoute davantage de violences après qu'une troisième femme ait réussi à entrer dans le temple hindou d'Ayyappa, à Sabarimala.

Elle est entrée dans le temple tard jeudi soir, en dépit des militants hindous mobilisés pour empêcher les femmes de pénétrer dans ce sanctuaire, a annoncé la police vendredi. "Elle a 47 ans et est venue pour prier. Nous sommes au courant et surveillons la situation", a déclaré à l'AFP Balram Kumar Upadhyay, un responsable de la police de l'Etat de Kerala, où se trouve le temple.

Cette "bataille" n'est pas liée qu'à une lecture de la religion, elle se veut aussi politique. Le gouvernement du Kerala a souligné sa volonté de soutenir les femmes dans cette affaire. "J'avais auparavant clairement indiqué que le gouvernement fournirait une protection si des femmes se présentaient pour entrer dans le temple", a déclaré le ministre en chef du Kerala, Pinarayi Vijayan. Face à lui, les deux principaux partis politiques indiens, le Parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) du Premier ministre Narendra Modi et le Congrès (opposition de centre gauche) défendent la tradition religieuse. Narendra Modi a ainsi fait valoir sur Twitter que "chaque temple a ses propres croyances. Il y a des temples où les hommes ne sont pas autorisés."

Le président du BJP pour l'Etat du Kerala est allé "un peu" plus loin en qualifiant la visite des deux femmes de "conspiration" menée selon lui par "des communistes" et "des dirigeants athées" qui n'auraient pour seul but que de "détruire les temples hindous".

Les deux camps ne sont pas prêts d'enterrer la hache de guerre. La Cour suprême doit entamer le 22 janvier l'examen d'un appel contre sa décision.

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