Donald Trump a déjà construit un mur... en Écosse

Donald Trump a déjà construit un mur... en Écosse
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JE FAIS CE QUE JE VEUX - À la lisière du golf dont il est propriétaire en Écosse, Donald Trump a fait construire des murs autour de ses voisins. Et il leur a envoyé la facture. Un peu comme ce qu'il essaie de faire avec le Mexique.

"Si l'Amérique veut savoir ce qui arrive, elle devrait étudier ce qui s'est passé ici".  Martin Ford occupe la fonction de représentant du gouvernement local dans le village de Balmédie, non loin d'Aberdeen, dans le nord-est de l'Écosse. Et il y a une petite dizaine d'années, il a assisté médusé à l'arrivée d'un richissime homme d'affaires américain quasiment inconnu de la population. Un mystérieux businessman qui n'est autre que Donald Trump. 

Jusqu'en 2008, l'actuel président américain, dont la mère a émigré d'Écosse à New York en 1930, n'a jamais manifesté beaucoup d'intérêt pour son lieu de naissance. Mais cette année-là, il décide d'y débarquer à bord d'un jet privé. Motif de sa visite : visiter une maison à galets sur l'île de Lewis, dans l'ouest de l'Écosse, là où sa mère a grandi. Il y restera seulement trois heures, avant de faire son retour en terre écossaise. Un retour dont tout le monde parle encore aujourd'hui.  

Manoeuvres en terrain conquis

Car son image de bulldozer qui détruit et reconstruit tout sur son passage, aussi bien en politique que dans les affaires, Donald Trump l'a clairement fait imprimer dans l'esprit des habitants de Balmédie. Ici, le magnat de l'immobilier y a fait un construire un majestueux golf qui s'étend sur plusieurs hectares, et qu'il a annoncé comme "le plus grand parcours de golf du monde". Une ambition qui le conduira à vouloir mettre la main sur les propriétés voisines, quitte à provoquer des litiges avec les propriétaires. 

David et Moira Milne en ont fait la douloureuse expérience, comme ils le racontent au New York Times. Le couple qui habite à proximité du Trump International Golf Links a été menacé plus d'une fois de poursuites judiciaires par les avocats de Trump, qui prétendaient qu'un coin de leur garage lui appartenait. Et puis un jour, lorsqu'ils rentraient du travail, ils ont trouvé son personnel construisant une clôture autour de leur jardin. Deux rangées d'arbres poussèrent ensuite, bloquant la vue depuis leur maison. Leurs conduites d'eau et d'électricité ont été coupées temporairement. Et puis une facture d'environ 3500 dollars est arrivée par la poste. David Milne raconte l'avoir aussitôt jeté à la poubelle.

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"Vous voyez, le Mexique ne paiera pas non plus", poursuit David, consultant en santé et sécurité et romancier à temps partiel, se référant à la promesse de campagne de Donald Trump de faire payer au pays voisin la construction du "beau mur impénétrable" qu'il veut ériger le long de la frontière. À présent, chaque fois que Donald Trump est dans les parages, David et Moira pavoisent leur maison d'un drapeau mexicain. 

Susan et John Munro ont également refusé de vendre leur maison au magnat de l'immobilier. Résultat, ils font maintenant face à un mur de terre d'environ 4,5 mètres de haut construit par le personnel de Donald Trump sur les deux côtés de leur propriété.

Enfin, Michael Forbes, un ouvrier dont la maison est située du côté opposé de la propriété Trump, a lui aussi posé un deuxième drapeau "Hillary présidente". Une inititative en réponse aux insultes de Donald Trump qu'il a essuyés. Ce dernier l'aurait publiquement accusé de vivre "comme un cochon" et a qualifié sa maison de "honte dégoûtante".  

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Il a fait du nord-est de l'Écosse une destination étonnante- Stewart Spence, propriétaire d'un hôtel à Balmédie

À l'instar de l'actuelle brouille diplomatique avec son homologue mexicain, Enrique Peña Nieto, Donald Trump a créé aussi le débat à Balmédie. Car comme emplacement de sa future propriété, celui-ci a choisi un site écologiquement protégé avec des dunes de sable de 4000 ans, et nombreux sont les habitants qui s'en sont plaint. Aux critiques écologiques, le milliardaire a répondu par "l'intérêt économique national". Une position qui pourrait être associée notamment à sa récente décision de relancer aux États-Unis l'industrie du charbon et du pétrole malgré le risque de dégradation écologique.

Un argument économique auquel ne s'est pas montré insensible le Premier ministre écossais de l'époque, Alex Salmond. "Six mille emplois à travers l'Ecosse, 1400 emplois locaux et permanents dans le nord-est de l'Écosse, a-t-il déclaré. Cela dépasse les préoccupations environnementales." 

"Combien de touristes les dunes ont-elles apportés ? Zéro, ajoute Stewart Spence, propriétaire d'un hôtel à Balmédie et fervent défenseur de Donald Trump. Ce qu'il a fait est de construire un beau terrain de golf et a fait du nord-est de l'Ecosse une destination étonnante."

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Mais au fil du temps, les retombées économiques dont devaient profiter la région se font encore attendre. L'investissement promis de 1,25 milliard de dollars a été ramené à un maximum de 50 millions de dollars, selon ses adversaires. Les 6000 emplois promis ont été ramenés à 95. Deux terrains de golf à un. L'hôtel de luxe de huit étages et 450 chambres n'a jamais vu le jour, pas plus que les 950 appartements à temps partagé. Au lieu de cela, un manoir existant a été converti en un hôtel-boutique de 16 chambres. Trump International Golf Links, qui a ouvert en 2012, a perdu 1,36 million de dollars en 2015, selon les comptes publics.

Las, Alex Salmond a depuis révisé son jugement sur l'homme d'affaires. Pire, il ne lui accorde plus aucune confiance."Étant donné ce que je sais maintenant, et si j'avais la possibilité de revenir en arrière, je voudrais réécrire cette page. Le problème, et c'est un gros problème, c'est que Donald Trump n'a pas fait ce qu'il a promis". 

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