Donald Trump banni de Twitter : "Si on lui barre un chemin, il en prendra un autre"

Donald Trump banni de Twitter : "Si on lui barre un chemin, il en prendra un autre"

INTERVIEW – Twitter mais aussi Facebook ont suspendu indéfiniment le compte de Donald Trump, lequel n'a cessé de critiquer le processus électoral ces derniers mois. Une décision qui ne devrait cependant pas empêcher le président sortant de s'exprimer, comme l'explique à LCI Alexis Pichard, chercheur en civilisation américaine.

Donald Trump pourra-t-il se fendre d'un tweet pour faire ses adieux à la Maison Blanche ? À huit jours de la passation de pouvoir, rien n'est moins sûr. Le réseau social a suspendu pour une durée indéterminée le compte du président sortant, en raison de ses critiques sur la validité de l'élection présidentielle mais aussi et surtout son attitude concernant l'invasion mercredi dernier du Capitole par ses partisans. Muselé sur Twitter, le républicain conserve pourtant une liberté de parole et compte bien se faire entendre ces prochaines semaines. Les explications pour LCI d'Alexis Pichard, chercheur en civilisation américaine à l'université Paris Nanterre et auteur de "Trump et les médias, l'illusion d'une guerre ?" (VA Press).

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Le Capitole envahi par des partisans de Donald Trump

Suspendre les comptes de Donald Trump sur Twitter et Facebook permet-il de le réduire au silence ?

Donald Trump a énormément de relais de parole. La différence, c'est qu'il ne pourra plus s'exprimer directement, seulement via des intermédiaires. Effectivement, il s'est construit principalement via Twitter, qui a été un élément clé de son identité populiste. Pour lui, c'était une manière de faire corps avec le peuple, de s'adresser directement à lui en contournant les grands médias. Avec son compte fermé, il va être moins audible sur les réseaux sociaux. Mais il ne faut pas oublier les médias traditionnels : NBC, CNN… Il y a d'autres canaux par lesquels il peut passer, dont surtout des médias conservateurs, faisant partie de la "fachosphère", "réactosphère". Ils sont multi-médiatique : radios, TV, Internet, presse. 

En éloignant Trump de son média préféré, est-ce un "bien pour un mal" ? Il a en effet prévu de multiplier les déplacements d'ici le 20 janvier, lui donnant autant d'occasions de s'exprimer...

Il est toujours dans le spectacle, il sait comment s'exprimer, comment communiquer. Si on lui barre un chemin, il en prendra un autre. Sur ses déplacements, ses meetings, il a toujours su manier la communication. Il se déplace ce mardi au Texas, à la frontière, pour assurer le spectacle et assumer sa politique, mais si celle-ci est très contestable concernant son "mur" car il ne l'a pas fait financer par le Mexique et qu'il n'a pas été construit intégralement. Et puis surtout, son mur n'a pas empêché l'immigration, les États-Unis étant entouré de deux océans…

"Durant quatre ans, les réseaux sociaux ont été critiqués pour leur laxisme"

Twitter vient de supprimer 70.000 comptes liés à Qanon pour les empêcher de l'utiliser à des fins violentes. N'est-ce pas aussi une façon pour Twitter de faire de la politique en s'en prenant à cette mouvance pro-Trump ?

Au Capitole mercredi dernier, il y avait énormément de drapeaux et t-shirts Qanon. Ce n'est pas anodin : Trump a soufflé sur les braises durant quatre ans, il a joué un jeu dangereux avec l'extrême droite comme durant les émeutes de Charlottesville, où selon lui il y avait de "très bonnes personnes" parmi les manifestants.

Il y a eu cette stratégie d'appels du pied à l'extrême droite qui fait que, aujourd'hui, les Qanon sont perçus comme des trumpistes et qu'ils sont perçus comme une menace par Twitter. Le réseau social a-t-il pour autant un rôle politique ? Durant quatre ans, les réseaux sociaux ont été critiqués pour leur laxisme. Certes, il s'agit du président américain, mais il est soumis à un certain code de conduite notamment sur les appels à la haine, à la stigmatisation. Twitter a commencé à prendre ce virage de la censure il y a environ un an, avant l'été 2020, sentant le vent tourner concernant la campagne présidentielle. Il y a aussi une stratégie commerciale de leur part.

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Il faut se rappeler que Twitter a une part de responsabilité durant l'élection de 2016, en laissant Donald Trump se construire son identité populiste. Facebook a, de son côté, été piraté par Cambridge Analytica et a permis d'atteindre des d'électeurs dans des États clefs. Que s'est-il passé ces derniers jours ? Facebook a eu un peu de retard sur Twitter concernant la censure de certains posts de Donald Trump, mais ils s'y sont mis en voyant arriver la nouvelle administration. Car cette dernière n'oubliera pas les agissements des acteurs de la Silicone Valley. En outre, il y a une responsabilité électorale : depuis l'ingérence de la Russie il y a quatre ans, ils ne veulent plus être considérés comme des outils de désinformation et être accusés d'avoir facilité le piratage de l'élection démocratique.  

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