Donald Trump fait extrader le dernier criminel nazi vivant aux Etats-Unis

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JUSTICE - Ancien garde SS du camp de Trawniki, en Pologne, Jakiw Palij vivait aux Etats-Unis depuis 1949. Il a été extradé vers l’Allemagne ce mardi, épilogue d’un long feuilleton judiciaire et diplomatique outre-Atlantique. Explications.

Il a quitté sa petite maison en briques du Queens en fauteuil roulant, sans dire un mot en dépit des sollicitations des journalistes présents sur les lieux. Dernier criminel nazi connu installé aux Etats-Unis, Jakiw Palij, 94 ans, a été arrêté lundi avant d’être extradé ce mardi vers l’Allemagne. L’épilogue d’une longue bataille, à la fois judiciaire et diplomatique, entamée en 2001 lorsque les autorités américaines ont identifié cet ancien ressortissant ukrainien qui, de 1943 à 1945, a servi comme garde SS dans le camp de concentration de Trawniki, en Pologne, où furent tués plus de 6.000 Juifs.


En 1949, Jakiw Palij s’installe aux Etats-Unis et ment aux services d’immigration pour obtenir un visa, expliquant avoir passé les années de guerre à Piadyki, sa ville de naissance. En 1957, il se voit attribuer la citoyenneté américaine. Elle lui sera finalement retirée en 2003 par la justice. "En gardant les prisonniers détenus dans des conditions inhumaines à Trawniki, Jakiw Palij a empêché leur évasion et directement contribué à leur massacre éventuel aux mains des nazis", expliquera dans sa décision la procureure de New York Roslynn R. Mauskopf.

Un dossier qui traînait depuis 15 ans

"Je sais ce qu’ils disent, mais je n’ai jamais été un collaborateur (du régime nazi – ndlr)", affirmera-t-il à l’époque au New York Times , expliquant avoir été enrôlé de force avec d’autres jeunes hommes de sa ville. "Ils nous auraient tués nous et nos familles si on refusait (…) Je n’ai jamais porté l’uniforme des Nazis. Ils nous faisaient garder des ponts et des rivières." Il assurait également n'avoir jamais mis les pieds dans un camp de concentration.


Depuis 15 ans, représentants politiques et associations réclamaient l'extradition de Jakiw Palij. En vain, notamment en raison du refus de l’Allemagne de l’accueillir. En septembre 2017, une délégation bipartisane d’élus de l’Etat de New York avait écrit au secrétaire d’Etat Rex Tillerson afin qu’il agisse avant la mort de l'intéressé. Ces derniers mois, Donald Trump en personne aurait demandé à Richard Grenell, l’ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, nommé l’an dernier, de faire de ce dossier une de ses priorités.

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Dans un communiqué publié ce mardi, l’administration Trump indique que le président "salue l’action rapide de son administration (…) afin d’extraire ce criminel de guerre du territoire des Etats-Unis. En dépit d’une décision de justice ordonnant son extradition en 2004, les administrations précédentes n’étaient pas parvenues à faire partir Palij".  De son côté, le ministère de la Justice précise que Jakiw Palij est le 68e ancien criminel nazi extradé des Etats-Unis depuis la Seconde guerre mondiale. 


Interrogé par ABC News, le sénateur démocrate de New York Chuck Schumer a salué la nouvelle de l’extradition de Palij. "Je suis heureux que cet homme ait enfin été renvoyé", a-t-il affirmé, confirmant le caractère non partisan du dossier. "C’est un criminel de guerre et il ne méritait pas de vivre aux Etats-Unis. Et il ne méritait pas de mourir aux Etats-Unis, une terre de liberté et d’égalité où l’on respecte les différences de chacun."

Le gouvernement allemand assume la décision

Arrivé mardi matin à l'aéroport de Düsseldorf, Palij a été conduit dans un centre de soins gériatriques près de Münster, selon la presse allemande. "Avec son admission, le gouvernement fédéral envoie un signal clair de la responsabilité morale de l'Allemagne", a affirmé à l'AFP un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.


"L'obligation qui découle de notre histoire comprend l'acceptation et un débat honnête autour des crimes du régime de terreur nazi", a pour sa part déclaré le ministre des Affaires étrangère allemand Heiko Maas au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Nous assumons la responsabilité envers les victimes du national-socialisme ainsi qu'envers nos partenaires internationaux." 

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