Élection américaine : quand connaîtra-t-on le résultat ?

Élection américaine : quand connaîtra-t-on le résultat ?

INCERTITUDES - Les Américains sont appelés à choisir entre Donald Trump et Joe Biden pour la présidence des États-Unis. Mais le nom du vainqueur pourrait se faire attendre. On vous explique pourquoi.

C’est une des grandes inconnues de cette présidentielle. Les médias du monde entier pourront-ils annoncer officiellement le nom de celui qui sera le futur président des États-Unis dès le 3 novembre au soir outre-Atlantique, le 4 au matin pour ce qui est de l'Europe est d'une bonne partie du monde ? En août dernier, Donald Trump mettait déjà en garde contre l'éventualité d'un résultat qui ne serait pas connu au soir de l'élection... mais "des semaines" plus tard, voire "des mois", sinon "jamais"

Si on connaît le goût du milliardaire pour l'exagération, est-il toutefois possible que les Américains et le reste de la planète ne connaissent pas le nouveau "chef du monde libre" longtemps après le 3 novembre ?

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Élection américaine : Trump vs Biden, la folle campagne

Le vote anticipé change tout

Dans un contexte classique, les médias annoncent le vainqueur de la présidentielle américaine dans la soirée de l’élection ou en pleine nuit. Ils le font dès qu’ils sont en mesure de dire si un des candidats a empoché les 270 des 538 grands électeurs nécessaires pour devenir président. Dans les semaines qui suivent, les instances électorales de chaque État se réunissent pour valider les résultats, qui deviennent en suite officiels. Les grands électeurs "se rencontrent et expriment leur vote au premier lundi après le deuxième mercredi de décembre" pour désigner le président et le vice-président.

Mais cette année, la donne a changé. Pandémie de Covid-19 oblige, les Etats américains ont élargi le dispositif du vote anticipé, que ce soit en présentiel ou par correspondance, pour éviter aux électeurs de prendre des risques. Actuellement, neuf États envoient aux résidents éligibles un bulletin de vote sans qu’ils en fassent la demande. Dans 36 autres États, les électeurs doivent en faire la demande, sans devoir donner de justification. Cinq États républicains demandent une justification valable pour réclamer un bulletin anticipé.

Pour ce nouveau cycle électoral, le vote anticipé a explosé, comme on pouvait s’y attendre. Selon un comptage de l’Elections Project de l’Université de Floride, près de 100 millions d’Américains ont voté  à distance. Un chiffre considérable puisqu'il représente 73% des suffrages exprimés en 2016.  

Impossible d’annoncer un vainqueur le 3 au soir ?

Cette participation massive au vote anticipé constitue la première inquiétude des observateurs. Contacté par LCI, l’universitaire spécialiste de l’histoire américaine, Simon Grivet nous confie que lors des élections précédentes, cette question ne se posait pas car "le vote par correspondance représentait un pourcentage très faible de l’ensemble des votes". Mais ce coup-ci, cela pourrait poser un vrai problème, surtout que chaque état a des règles différentes pour dépouiller les bulletins anticipés. Certains commencent une voire deux semaines avant l’élection pour éviter un encombrement. D’autres, à l'instar de la Pennsylvanie ou le Wisconsin, deux États-clés, débutent quant à eux le dépouillement le jour de l’élection. "Il est évident qu’avec des millions de votes par correspondance envoyés, ils n’auront pas fini dans la soirée électorale. Donc ils vont communiquer des estimations fausses", affirme Simon Grivet. Le lendemain de l’élection à midi, donc, seulement huit États seraient en capacité de donner 98% de leurs résultats, estime le New York Times. 

Un autre motif d'inquiétude réside dans les délais dans lesquels les bulletins arriveront après le 3 novembre dans plusieurs États-clés. Si 28 Etats refuseront les bulletins arrivés après le 3 novembre, 22 le feront. Ceux-ci représentent 317 grands électeurs sur les 538 que compte le pays, plus de la moitié donc.

Troisième problème : le temps incompressible que nécessite le dépouillement les bulletins de vote anticipé. A l’inverse des votes faits le jour de l’élection, le processus de vérification d’un vote par correspondance est plus long. Notamment parce que les assesseurs doivent vérifier si la signature apposée sur le bulletin est bien identique à la signature de l’électeur en question sur les registres de l’État. En 2016, environs 1% d’entre eux ont été invalidés par la commission électorale fédérale.

"Le vainqueur pourrait ne pas être, et selon nous ne sera pas, connu le soir de l'élection", assène le Transition Integrity Project (TIP), un groupe d'universitaires inquiets à l'idée que le gouvernement Trump rejette l'issue du scrutin.

Vers une longue bataille judiciaire ?

Car le camp Trump ne s’en cache pas. S’ils sont donnés perdants, ils contesteront cette élection. L’équipe du président pourrait intenter des actions en justice pour obtenir un recomptage des voix dans les États-clés, notamment le Wisconsin, la Pennsylvanie ou le Michigan, où les résultats pourraient être très serrés. Selon le TIP, une équipe d'avocats bien préparée pourrait pousser la bataille judiciaire... jusqu’en janvier 2021. Pour rappel, l'investiture du nouveau président doit se tenir le 20 janvier 2021.

Un des scénarios imaginés par le Transition Integrity Project veut que le président pourrait demander à la justice ou aux gouverneurs républicains d'arrêter de compter les votes à une date donnée après le 3 novembre, et de certifier les résultats. Il pourrait même réclamer à son ministre de la Justice, Bill Barr, d'ordonner la saisie des bulletins de vote par correspondance pour forcer l'arrêt du comptage.

Le groupe s'inquiète également des "risques élevés" de violences entre les partisans du président et ceux de Joe Biden si Donald Trump ne reconnaît pas sa défaite.

Comment suivre les résultats ?

A partir de quelle connaîtra-t-on les premiers résultats partiels ? Voici quelques indications. Les premiers décomptes de votes commencent à être publiés après la  fermeture des bureaux de vote dans certaines régions du Kentucky et de  l'Indiana, à 18h locales (minuit en France). La plupart des Etats fermeront leurs bureaux de vote d'ici 21h (3h en France), ouvrant  la voie à un flux régulier de décomptes au fils des heures suivantes, certains Etats et circonscriptions étant connus pour être plus rapides que d'autres dans  cet exercice. La Californie, l'Etat le plus peuplé du pays, vote jusqu'à 5h du matin (en France) mercredi et Hawaï et l'Alaska, qui pèsent peu en termes de grands électeurs, votent encore plus tard.

Les premiers résultats viendront des Etats de l'est du pays: la Géorgie où les bureaux de vote ferment à 19H00 (1h en france jeudi), la Floride où ils ferment  selon les circonscriptions à 19h00 ou 20h00 et la Caroline du Nord (19h30). Ensuite viendra l'Arizona (ouest) où le vote s'achève à 3h00 (heure de Paris) mercredi. 

Quand saura-t-on qui a gagné ?

Officiellement, le nom du vainqueur n'est annoncé que lorsque chaque Etat a certifié le décompte de ses votes, ce qui, compte tenu du vote anticipé massif,  pourrait prendre une semaine ou plus par endroits. Mais les médias, eux, s'appuient sur des projections pour annoncer un résultat plus tôt. Quand saura-t-on qui a gagné ? Cela pourrait être à 23h00 (5h du matin en France ou plus tôt si Biden emporte nettement les quatre premiers Etats contestés.  Sinon, cela dépendra des autres Etats clés, ce qui pourrait durer. Dans l'Etat crucial de Pennsylvanie, les bureaux de vote ferment à 20h00 (2h00 en france). Mais les responsables locaux ont prévenu que le décompte des  votes anticipés pourrait retarder le résultat jusqu'à mercredi ou plus tard  encore.

Des précédents dans l'histoire récente

Si la présidentielle de 2020 s’annonce compliquée, il y a eu des exemples d’élection où le résultat n’a pas été connu le soir même. La plus récente et la plus emblématique remonte à il y a vingt ans. En 2000, le républicain George W. Bush et le démocrate Al Gore s'opposent, l'élection s’est jouée à quelques centaines de voix d’écart en Floride, provoquant des recours à répétition devant les tribunaux. Cette bataille judiciaire s’est terminée devant la plus haute juridiction du pays et la Cour suprême a refusé d'ordonner un nouveau décompte. Al Gore, qui aurait pu continuer à contester et exprimer son désaccord, avait alors reconnu sa défaite.

D'autres élections présidentielles encore ont joué les prolongations, comme nous le raconte Simon Grivet. "On cite souvent l’élection très serrée de 1960 qui opposait John Fitzgerald Kennedy et Richard Nixon. On raconte que les deux candidats vont se coucher sans savoir lequel des deux avait été élu... Ce n’est qu'au petit matin que les Américains apprennent que Kennedy a remporté miraculeusement l’Etat de l’Illinois et qu’il est ainsi devenu président des États-Unis".

En 1948, encore, les Américains seront tenus en haleine bien au-delà de la date prévue : "A l’époque, tout le monde donne Harry Truman, le président démocrate sortant, battu, les journaux impriment même leur Une sur la victoire de Thomas Dewey", raconte Simon Grivet. "Mais au dernier moment, un basculement se fait et Truman l’emporte de peu". Le 33e président américain se fera même prendre en photo hilare avec la Une du Chicago Tribune le donnant perdant.

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