Donald Trump s'oppose au retour aux Etats-Unis d'une djihadiste ayant rejoint l'EI

International
DIPLOMATIE - Donald Trump refuse le retour sur le sol américain, d'une djihadiste, Hoda Muthaba. Elle certifie être citoyenne américaine, ce que contestent les autorités américaines.

"Faites ce que je dis, pas ce que je fais". Cette semaine, Donald Trump a demandé aux Européens de rapatrier sur leur sol, les combattants de Daesh capturés en Syrie par les forces américaines et détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS) après avoir rejoint les rangs de l'EI, afin de les traduire en justice.


Mais comme il n'est pas à une contradiction près, le Président américain s'est opposé, cette semaine, au rapatriement sur le sol américain, d'une femme qui avait rejoint le groupe terroriste et qui demande aujourd'hui, son retour aux Etats-Unis. "J'ai ordonné au secrétaire d'Etat Mike Pompeo, et il est complètement d'accord, de ne pas autoriser le retour de Hoda Muthana dans le pays!", a-t-il tweeté peu après un communiqué du chef de la diplomatie assurant que cette dernière n'était pas une citoyenne américaine.

La nationalité de la jeune femme au centre d'un imbroglio

Car Hoda Muthana fait face à une imbroglio autour de sa nationalité. Son avocat indique que la jeune femme est née aux Etats-Unis en 1994 plusieurs mois après que son père eut cessé d'être diplomate. "Elle est citoyenne américaine", a indiqué à l'AFP Me Hassan Shilby. Une déclaration qui fait référence à une règle qui veut que les enfants de diplomates nés aux Etats-Unis pendant qu'il y sont en poste n'acquièrent pas automatiquement la nationalité américaine. "Elle avait un passeport valide" quand elle est partie en Syrie en 2014 rejoindre les rangs du groupe Etat islamique, a-t-il ajouté.


Mais pour le gouvernement américain, "elle n'a pas de fondement juridique, ni de passeport américain valide, ni de droit à un passeport, ni aucun visa pour se rendre aux Etats-Unis", a précisé M. Pompeo. Selon un responsable américain, elle n'aurait pas dû détenir ce passeport. "Mme Muthana (...) n'a jamais été une citoyenne américaine", a-t-il précisé. Et l'avocat de la jeune femme de rétorquer : "il est possible qu'elle ait enfreint la loi, et si c'est le cas, elle est prête à en payer le prix", a poursuivi l'avocat. "On ne peut pas arriver au point où nous privons tout simplement de nationalité ceux qui ont violé la loi. Ce n'est pas ça, l'Amérique."

Actuellement détenue dans un camp de réfugiés du nord-est syrien après s'être rendue aux forces kurdes, Hoda Muthana a, selon l'organisation Counter Extremism Project, activement participé à la propagande djihadiste sous le pseudonyme de "Oum Jihad". Elle a notamment appelé à "faire couler le sang américain" et félicité les auteurs de l'attentat de 2015 contre Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts. "Je tire mon chapeau aux moudj de Paris", a-t-elle ainsi tweeté sur son compte aujourd'hui suspendu, utilisant une abréviation pour évoquer les "moudjahidines" (combattants du djihad).


Aujourd'hui, elle souhaite rentrer aux Etats-Unis et a accordé des entretiens à plusieurs journaux occidentaux dans lesquels elle affirme regretter profondément ses actes. Au New York Times, elle a raconté avoir commencé à avoir des doutes sur son engagement au cours de sa deuxième année passée dans le califat que l'EI avait autoproclamé à cheval sur le nord-est de la Syrie et le nord-ouest de l'Irak. "Je me suis dit, qu'est-ce que je suis en train de faire?"


"J'ai réalisé que j'avais fait une grave erreur. Je sais que j'ai gâché mon avenir et celui de mon fils et je le regrette très profondément", a déclaré la jeune femme au quotidien britannique The Guardian. Elle dit avoir été mariée à trois combattants de l'EI, tous tués, et avoir un fils de 18 mois. Elle explique également ne pas avoir été en contact avec les autorités américaines depuis sa capture. "Je voudrais leur demander de me pardonner d'avoir été si ignorante, j'étais jeune et ignorante. Je n'avais que 19 ans lorsque j'ai décidé de quitter le pays. Je crois en l'Amérique des secondes chances. Je veux rentrer et ne plus jamais mettre les pieds au Moyen-Orient. L'Amérique peut prendre mon passeport, je m'en fiche", dit-elle. 

Le cas d'Hoda Muthana n'est pas isolé. Ces dernières semaines, plusieurs femmes ont demandé leur rapatriement. Selon le New York Times, une femme de 46 ans détenant la double nationalité américaine et canadienne est détenue dans le même camp que Hoda Muthana. Kimberly Gwen Polman a quitté le Canada en 2015 pour rejoindre un combattant de l'EI rencontré en ligne.  Les deux femmes ont indiqué au journal avoir connaissance de quatre sœurs originaires de Seattle détenues dans un autre camp avec leurs quatre enfants.


Londres a décidé de déchoir de sa nationalité une jeune femme de 19 ans, Shamina Begum, qui avait rejoint le groupe djihadiste Etat islamique en Syrie et souhaite désormais rentrer au Royaume-Uni. Elle y a donné naissance à son troisième enfant durant le week-end et réclamé de la "compassion" afin de rentrer au Royaume-Uni avec son bébé, tout en disant ne pas regretter d'avoir rejoint la Syrie. 

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