Drame du sous-marin San Juan : un tel scénario peut-il se produire en France ?

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INTERVIEW - Treize jours après la disparition du sous-marin militaire argentin San Juan, le dernier message de l'appareil a été révélé par la télévision argentine, annonçant qu'il aurait été victime d'un court-circuit et d'un début d'incendie. Depuis, les autorités ont annoncé qu'elle mettait officiellement fin jeudi à ses opérations de recherche d'éventuels survivants. Un tel scénario pourrait-il arriver à un sous-marin de la flotte française ? Pour LCI, le vice-amiral Jean-Louis Vichot répond.

L'espoir de retrouver le San Juan se sont éteint. Jeudi 30 novembre, la Marine argentine a annoncé qu'elle mettait officiellement fin à ses opérations de recherche d'éventuels survivants parmi les 44 membres de l'équipage du sous-marin disparu le 15 novembre dernier, dans l'Atlantique Sud. Quelques jours plus tôt, la chaîne de télévision A24 de Buenos Aires, a annoncé que le dernier message du submersible, faisait état d'un court-circuit et d'un début d'incendie. Pour LCI, le vice-amiral Jean-Louis Vichot explique les risques que peuvent entraîner certaines manoeuvres d'un sous-marin diesel-électrique comme le San Juan.


"L’énergie principale d’un sous-marin diesel-électrique est tirée d’une batterie composée de plusieurs centaines d’éléments qui fournissent l’énergie motrice pour les pompes, la ventilation et faisant tourner l’hélice. Le problème est, qu’à l’instar d’une voiture électrique, il faut qu’il recharge ses batteries à l'aide de ses moteurs diesel qui, pour tourner, ont besoin d’air et de gazole. (...) Or, le moteur diesel ne peut fonctionner avec l’air présent dans le sous-marin car il n’y en a pas assez. Le sous-marin doit, soit aller en surface, soit remonter tout près de la surface et sortir un tube d’air, aussi appelé schnorchel, pour puiser de l'air" explique-t-il avant d'ajouter que ce tube d'air, équipé d'un clapet, est également utile pour rejeter l'hydrogène produit par la batterie, ce gaz étant explosif à très petite quantité, environ 4%.

Un sous-marin "pratiquement neuf" après 7 ans de rénovation

Selon l'ancien commandant des forces maritimes françaises dans le Pacifique, interrogé avant la révélation du dernier message, "le sous-marin, en essayant de recharger sa batterie, a ressorti son tube d’air, provoquant une nouvelle entrée d’eau" et un court-circuit, entraînant la chute du sous-marin. "Les deux bruits entendus viendraient alors de l’impact dans le fond de l’appareil, avec une vitesse incroyable, mais aussi l’écrasement du sous-marin par la pression de l’immersion autour, la coque de ce dernier ne supportant pas à la pression." Le vice-amiral avance ainsi l'hypothèse que la coque aurait "commencé à céder" et que le sous-marin se serait "écrasé sur lui-même, avant de percuter le fond provoquant un deuxième impact." "On ne saura vraiment ce qu’il s’est passé que lorsque l’on aura trouvé l’épave et observé son état" ajoute-t-il.


Malgré le peu d'informations ayant filtré concernant ce drame, le vice-amiral ne croit pas à la thèse impliquant la vétusté du bateau : "Cela faisait tout juste trois ans qu’il sortait d’une remise en état qui a duré sept ans donc, si le travail a été bien fait, il était pratiquement neuf. Nous avons des sous-marins comme le Rubis qui datent des années 1970-1980. Un bateau bien entretenu dure quarante ans, l’important étant la régularité de l’entretien."

Le 22 octobre 1983, une batterie explose à bord d'un sous-marin français

Alors, une telle catastrophe peut-elle se produire au sein de la flotte française ? Pour le vice-amiral Vichot, le risque zéro n'existe pas, bien que l'armée française ne dispose plus de sous-marin de ce type. "Nous n’avons plus de sous-marin de ce type, c’est-à-dire diesel et électrique, nous n’avons plus que des sous-marins nucléaires, six sous-marins nucléaires d’attaque et quatre nucléaires lanceurs d’engins. Néanmoins, ces derniers ont également une batterie, donc le risque existe. Simplement, cela fait un siècle et demi que nous faisons fonctionner des sous-marins et nous faisons attention" développe-t-il.


"Dans la marine française, nous avons eu une expérience également dramatique le 22 octobre 1983, avec le sous-marin Doris. Un jour où il était en surface et qu’il allait au port de Sète, une de ses batteries a explosé, causant la mort de deux membres de l’équipage et les blessures de cinq autres, dont deux grièvement" se souvient Jean-Louis Vichot, désormais président de l’Association pour le développement des œuvres sociales de la Marine (ADOSM), soutenant les veuves et orphelins de la Marine française. Un drame loin d'être isolé, d'autres tragédies étant survenues le siècle dernier comme en 1939 où un sous-marin français avait eu un accident "causant la mort de 77 personnes" et plus récemment, "la Minerve, qui avait perdu 52 hommes en 1968, et l’Eurydice, qui a coulé le 4 mars 1970 entraînant 57 décès au sein de l'équipage".

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