Droits des femmes : l'Europe s'indigne après que la Pologne a annoncé son retrait de la Convention d'Istanbul

Une manifestation après l'annonce du gouvernement polonais de sa sortie de la convention d'Istanbul, à Varsovie, le 24 juillet 2020
International

SEXISME - L'annonce de la Pologne qui a dit vendredi 24 juillet vouloir se retirer du traité européen sur les violences faites aux femmes, a attisé l'ire de la population et de certaines partenaires européens.

C'est une situation décrite comme "alarmante". Le Conseil de l'Europe et de nombreux eurodéputés se sont inquiétés ce dimanche du rejet par la Pologne du traité européen sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Varsovie estime en effet que ce texte, connu sous le nom de "Convention d'Istanbul", "contient des éléments de nature idéologique" considérés comme "nuisibles".

Une "légalisation des violences domestiques"

Ce traité, qui vise à mieux protéger les femmes, a été adopté en 2011 par le Conseil de l'Europe. Il devient alors le le premier outil supranational à fixer des normes juridiquement contraignantes afin de prévenir la violence sexiste. En le signant, les Etats s'engagent alors à lutter contre ce fléau, allant de la violence domestique et viols conjugaux jusqu'aux mutilations génitales. C'est le cas de 34 pays, sur les 47 que compte l'instance internationale, dont la France, qui l'a ratifié dès juillet 2014.

Parmi eux aussi, la Pologne, qui l'avait signé en 2012 et ratifié trois ans plus tard, à l'époque où ce pays était gouverné par une coalition centriste. Mais, récemment passée sous la coupe de l'utra-conservateur Andrzej Duda, elle voudrait en sortir. L'actuel ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, qui avait à l'époque considéré cette convention comme "une invention, une création féministe qui vise à justifier l'idéologie gay", a affirmé ce samedi qu'il allait présenter ce lundi un document officiel demandant au ministère de la Famille de préparer la dénonciation du traité. Selon les explications du Monde, il considère en effet que le texte va à l'encontre des droits des parents car il prévoit l'enseignement à l'école de l'égalité entre les femmes et les hommes.

De quoi provoquer dans un premier temps la colère d'une partie de la population. Car, au contraire, celle-ci voit là un recul des droits des femmes et une "légalisation des violences domestiques". Environ 2000 personnes se sont rassemblées à Varsovie, à l'appel de diverses organisations féministes. L'action a été menée devant le siège d'une ONG de recherche et de lobbying en faveur de "l'identité culturelle", accusée souvent de défendre le "fondamentalisme religieux" catholique, avant de marcher vers le siège du ministère du Travail.

Après la rue, les réactions européennes ne se sont pas faites attendre. A commencer par le Conseil de l'Europe qui s'est alarmé de ce rejet, y voyant un "important recul" pour cette cause. "Quitter la convention d'Istanbul serait fortement regrettable", a regretté Marija Pejčinović Burić, la secrétaire générale de l'organisation, qui réunit 47 Etats au-delà de l'Union européenne. Dans une déclaration écrite, celle qui est à la tête de cette organisation paneuropéenne de défense des droits de l'Homme et de l'Etat de droit a jugé "alarmantes" les récentes déclarations de membres du gouvernement polonais. "S'il existe des idées fausses ou des malentendus à propos de la convention, nous sommes prêts à les clarifier dans le cadre d'un dialogue constructif."

Une annonce "scandaleuse"

Plusieurs eurodéputés aussi fait part de leurs vives inquiétudes. "Il est honteux qu'un État membre de l'UE veuille se retirer de la convention d'Istanbul", a tweeté l'Espagnole Iratxe Garcia Perez, présidente du groupe Socialistes et démocrates au Parlement européen, qui se dit "aux côtés des citoyens polonais qui descendent dans la rue pour exiger le respect des droits des femmes". 

Réagissant aux propos de Varsovie, le Roumain Dacian Ciolos a quant à lui souligné que ce combat "n'est pas une idéologie, mais une obligation morale". Dans un tweet incendiaire, le président du groupe Renew (auquel appartiennent les députés La République en marche) est même allé plus loin, voyant dans ces annonces un "instrument pour afficher son conservatisme" et une "nouvelle manœuvre pitoyable et pathétique de la part de certains au sein du gouvernement polonais". Issu du même groupe parlementaire, l'ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a également qualifié cette intention de "scandaleuse".

D'autres ont demandé des actes forts, comme la ratification de ce texte par l'UE - qui a seulement été signé en 2017. L'élue belge Hilde Vautmans a donc appelé la présidente de la Commission européen à "faire en sorte que l'adhésion de l'UE à la Convention d'Istanbul soit effective de toute urgence". Une volonté partagée par certains élus de droite, comme l'Irlandaise Frances Fitzgerald, du groupe PPE, qui a réclamé cet acte afin "qu'aucune femme ne soit laissée sans protection et vulnérable à la violence".

Si l'indignation est forte, l'histoire semble se répéter. De fait, la Hongrie et la Slovaquie avaient, elles aussi, rejeté ce traité international. Chacun y allant de son argument. Perçu par Viktor Orban comme promouvant "l'idéologie destructrice du genre" et "la migration illégale", le gouvernement ultra-conservateur hongrois estimait en mai dernier que ce texte l'obligerait à accorder l'asile à des réfugiés persécutés dans leur pays d'origine en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle. La Slovaquie l'avait quant à elle rejeté dès novembre 2019, l'accusant d'être une menace contre les structures familiales traditionnelles, bien que la Convention d'Istanbul ne mentionne pas explicitement le mariage homosexuel. 

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