Du Sénégal à Haïti, plus de 50 "pays de merde" réclament des excuses à Donald Trump

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POLÉMIQUE - Donald Trump se retrouve dans la tourmente après avoir dénoncé, lors d'une réunion à la Maison Blanche, l'immigration en provenance de "pays de merde". Depuis, l'indignation est mondiale. Les ambassadeurs du  groupe africain à l'ONU ont exigé vendredi, dans un communiqué au langage très  fort, "rétractation" et "excuses" au président américain,  condamnant ses propos "racistes"

La réunion d'urgence a duré quatre heures. Elle a donné lieu à un communiqué au langage particulièrement ferme. Les ambassadeurs du  groupe africain à l'ONU ont exigé vendredi "rétractation" et "excuses" au président américain Donald Trump qui avait qualifié , la veille, plusieurs pays africains, mais aussi le Salvador et Haïti, de "Shithole countries". Traduction : pays de merde.  Au total, plus d'une cinquantaine de pays ont réclamé des excuses au président américain et le mouvement d'indignation continue de prendre de l'ampleur.


 C'est lors d'une réunion sur l'immigration avec des parlementaires à la  Maison Blanche que Donald Trump s'est emporté jeudi sur l'immigration en  provenance de "pays de merde", des mots qu'il a partiellement contestés. Le président américain a réagi au tollé avec une formule  alambiquée sur Twitter: "Le langage que j'ai utilisé lors de la réunion était  dur mais ce ne sont pas les mots utilisés", a-t-il affirmé. Plusieurs parlementaires présents lors de cette réunion ont, de leur côté, confirmé avoir entendu ces propos. 


L'incident diplomatique est désormais planétaire.  A l'unanimité, les ambassadeurs du groupe africain se sont dits "extrêmement choqué" et "condamnent les remarques scandaleuses,  racistes et xénophobes" du président américain.


Les diplomates américains en poste en Afrique et en Haïti vont devoir à présent assurer les gouvernements locaux du "grand respect" des Etats-Unis. "Nous avons donné instructions à nos gens afin qu'ils réaffirment que nous avons un grand respect pour les Africains et tous les pays, et notre engagement reste fort", a déclaré à l'AFP un haut responsable du département d'Etat, Steve Goldstein.

Le Salvador demande "le respect"

Sans surprise, le gouvernement du Salvador a lui aussi condamné les propos : "Le Salvador demande le respect pour son peuple noble et courageux", a déclaré le président Salvador Sanchez Ceren lors d'un événement en public. Les termes employés par le président américain "heurtent la dignité" des Salvadoriens, a-t-il ajouté, soulignant que son pays rejetait "ce type d'affirmations". 

   

Le chef de l'Etat a mis en avant le rôle de ses concitoyens dans "la reconstruction du Pentagone, après les terribles attentats terroristes du 11 septembre 2001" et celle de "La Nouvelle Orléans, après le dévastateur ouragan Katrina". Le Salvador a officiellement protesté auprès de l'ambassade des Etats-Unis.

L'Union africaine outrée

Dès vendredi, l'Union africaine (UA) a qualifié ces remarques de "blessantes" et "dérangeantes". "C'est d'autant plus blessant compte tenu de la réalité historique du nombre d'Africains qui sont arrivés aux Etats-Unis comme esclaves", a déclaré à l'AFP Ebba Kalondo, porte-parole du président de la Commission de l'UA Moussa Faki. Mais l'Amérique, selon elle, est un "pays qui représente bien plus qu'un seul homme ou qu'une déclaration".

   

Le Sénégam et le Bostwana ont annoncé vendredi avoir convoqué l'ambassadeur américain pour lui faire part "de son mécontentement". Et la ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi, affirme que ces remarques ont porté un "coup cinglant" aux relations diplomatiques entre Washington et les pays africains.


En Afrique du Sud, le parti au pouvoir, Congrès national africain a qualifié les propos de M. Trump d'"extrêmement offensants" alors qu'Ateny Wek Ateny, porte-parole du président du Soudan du Sud, pays en guerre depuis décembre 2013, a qualifié les déclarations de M. Trump de "scandaleuses".

La grossièreté de Trump ravit ses partisans

Les partisans du président américains, eux, se sont au contraire félicités de cette nouvelle grossièreté.  "Enfin un président qui dit ce que nous pensons tous ! Allez @POTUS! #ShitholeCountries #shithole #America1st", a twitté Marco Gutierrez, un partisan du président républicain. D'origine mexicaine, il a créé "Latinos for Trump", un mouvement sur internet destiné à promouvoir la candidature de milliardaire à l'élection présidentielle de 2016.


La blogueuse conservatrice Stacy Rush estime pour sa part que les critiques contre les propos de Trump sont désolantes et empêchent de traiter les problèmes de fond. "Il est lamentable que notre pays, et notamment la presse généraliste, perde du temps sur le mot #shithole alors que nous avons de vrais problèmes qui doivent être traités", écrit-elle.

Des gros mots à la Maison blanche : "Les gens sont habitués"

De Lyndon Johnson à Richard Nixon en passant par Barack Obama, les présidents américains se sont montrés grossiers.

Dans les années 60, le président Lyndon Johnson avait pu froisser en disant en ployant le mot argot "chicken shit" à propos d'un discours de Nixon.


Au début des années 70, le public était choqué par les jurons prononcés par Nixon dans le Bureau ovale de la Maison blanche à propos de l'affaire du Watergate.

Le public serait moins sensible aujourd'hui.  "Les gens se sont habitués à l'idée que les présidents jurent", commente Julian Zelizer, professeur d'histoire à l'université de Princeton. "Je pense néanmoins que les gens attendent encore une certaine solennité en public."  

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