Ebola : "Une transmission du virus en Europe est invraisemblable" selon MSF

Ebola : "Une transmission du virus en Europe est invraisemblable" selon MSF

EBOLA – Annette Heinzelmann, directrice du département médical de MSF, fait le point sur l'épidémie Ebola, sur le développement de traitement efficace et sur les conditions de travail très difficiles pour les médecins sur place.

Pouvez-vous faire un point sur l'action de MSF contre le virus Ebola ?
MSF a six centres de traitement qu'on gère en Guinée, au Sierra Léone et au Libéria. Nous avons aussi un rôle de support technique auprès des ministères de la Santé de ces pays. On a admis 2 800 personnes depuis mars et une mortalité de 50 %. Cela change ces derniers temps car les centres sont surchargés. On admet donc les cas les plus graves quand les malades sont les plus contagieux.

Où en sont les éventuels traitements ?
Il y a plusieurs traitements en voie de développement. Tous dans des stades très tôt. Il y a des essais cliniques qui sont aussi au stade expérimental. Nous manquons pour le moment de données sur la sécurité des médicaments, les effets secondaires éventuels. Je pense que les premiers essais cliniques commenceront d'ici deux ou trois mois. Si les résultats sont concluants, on peut lancer une production mais cela va prendre encore du temps.

En attendant, on traite les symptômes, on baisse la fièvre, on essaie de stabiliser le malade mais pas de traitement des causes. L'OMS a donné une autorisation pour utiliser des traitements expérimentaux qui n'ont pas passé les phases de développement obligatoire dans la commercialisation d'un médicament.

"Il y a un risque réel de déstabiliser la région"

Comment jugez-vous l'action des pouvoirs publics, notamment des pays riches, pour lutter contre Ebola ?
MSF a demandé depuis juin de déployer différent acteurs notamment des pays développés. Cela a pris beaucoup de temps, on a dû faire un gros lobbying pour cela. Et l'épidémie n'attend pas que les décisions politiques soient prises. Aujourd'hui, l'épidémie est hors contrôle dans les trois pays touchés. Ils sont dépassés et ne peuvent faire face seuls.

On est face à une épidémie déjà régionale et qui peut s'étendre à plus loin dans la région. Aujourd'hui, le système de santé du Liberia est écrasé par Ebola ce qui fait que les gens meurent aussi d'autres maladies qui ne sont plus soignées. Les prix augmentent dans tout le pays, beaucoup de commerces qui meurent faute d'approvisionnement car les frontières sont fermées. Il y a un risque réel de déstabiliser la région.

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Avez-vous des projections sur le nombre de personnes qui pourraient être touchées et tuées par le virus ?
Tous les jours de nouveaux modèles sortent avec des scénarios catastrophes. Mais je préfère ne pas me prononcer dessus. D'abord parce que beaucoup de gens sont déjà infectés et inconnus puisque les systèmes de santé étant exempts, les gens ne viennent pas et ne sont donc pas recensés. Ensuite, parce que ce sont des régions de grande mobilité donc c'est plus difficile de compter. On peut dire qu'il n'y a pas assez de structures de santé et le déploiement des acteurs étatiques prendra du temps. D'ici là, des milliers de personnes seront infectées. Cette épidémie ne durera pas que quelques mois.

"Tout le monde ne meurt pas d'Ebola"

Comment va la médecin infectée ? Comment est-elle soignée ?
Je ne peux vous répondre pour deux raisons : d'abord car il y a la confidentialité médicale, ensuite car elle n’est pas traitée par MSF mais pris en charge par l’hôpital militaire de Saint Mandé.

Que répondez-vous aux gens qui s'insurgent contre son rapatriement, estimant que cela fait courir un risque à la population française ?
Il faut garder en tête que tout le monde ne meurt pas d'Ebola. Elle a été rapatriée dans un avion spécialisé avec une entité d'isolation spécialisé. Les transferts en Europe entre les aéroports et les structures de santé avec des staffs spécialisés pour arriver dans une structure spécialisée. Aussi, il faut se souvenir qu'à la différence de la grippe, ce n'est pas une transmission par air. Pour être contaminé, il faut toucher les secrétions corporelles (salive, sueurs, sperme...). Donc vu les mesures de protection qui sont prises, une transmission du virus en Europe est invraisemblable.

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"Toute la profession médicale a payé le plus lourd tribut"

Cet épisode a-t-il changé votre façon de travailler ?
Non. Des mesures de protections extrêmement strictes existent déjà. Toute personne qui travaille dans un centre ou dans les alentours est l'objet de formations avec des procédures à respecter. Chacun à une combinaison. Les personnes travaillent en binôme pour que chacun veille sur le fait que l'autre ne fait pas de faute de procédure. On ne sait pas où et quand l'infection de cette personne a eu lieu. On fait une enquête pour savoir ce qu'il a pu se passer. Dans le centre même ? A l'extérieur ? Elle travaillait selon les règles. Nos enquêteurs sont encore complètement dans le noir.

Pourquoi est-ce important de savoir ?
En tant qu'employeur, on est obligé d'assurer la sécurité des gens qui travaillent pour nous. Toute la profession médicale a payé le plus fort tribut.

Après cet épisode, est-ce plus difficile pour vous de trouver des volontaires pour partir travailler là-bas ?
Il y a des gens prêts à partir, le problème c'est le roulement. On ne peut travailler pas plus d'une heure dans une combinaison. On ne peut pas laisser dans un tel environnement les gens travailler fatigués car il y aura des fautes. Donc il travaille sur des périodes courtes. Donc il nous faut plus de gens que d'habitude. Et en plus, les missions sont plus courtes. Au lieu de trois, six mois, un an, les missions durent 4 semaines. On atteint nos limites en termes de ressources humaines.

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