Egypte : qui a tué Shaïmaa al-Sabbagh, icône de la révolution égyptienne ?

Egypte : qui a tué Shaïmaa al-Sabbagh, icône de la révolution égyptienne ?

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ENQUÊTE - Alors que les Égyptiens fêtaient, le 24 janvier, le quatrième anniversaire du soulèvement populaire de 2011, plusieurs personnes ont été tuées. Parmi elles, Shaïmaa al-Sabbagh, activiste socialiste, a succombé à trois tirs de chevrotine, dans le dos et la nuque. Les circonstances de la mort de celle qui était devenue une figure de la liberté dans le pays restent floues. Qui l'a tuée ? Plusieurs thèses s'affrontent.

Sa mort a ému la Toile. Samedi 24 janvier au Caire, Shaïmaa al-Sabbagh, une militante égyptienne de 34 ans, a été tuée dans des heurts avec la police alors qu'elle participait à une manifestation la veille du quatrième anniversaire des révoltes de 2011. Lors de la marche organisée par l'Alliance populaire socialiste, elle se dirigeait vers la place Tahrir, symbole du soulèvement, pour y déposer une couronne de fleurs. Elle y a laissé la vie.

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Shaïmaa al-Sabbagh, touchée à la nuque et au dos, a été tuée par des tirs de chevrotine, a indiqué le ministère de la Santé, au lendemain de sa mort. Des manifestants ont assuré que ces tirs venaient de la police, qui tentait de disperser la manifestation. Mais le ministère de l'Intérieur avait démenti le soir même. Ce lundi, plus d'une semaine après les faits, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a, elle, publié une vidéo "confirmant la version des manifestants démentie par le gouvernement" . Philippe Bolopion, représentant de HRW auprès de l'Organisation des nations unies (ONU), y décrypte la scène. La police, venue disperser violemment cette marche interdite en vertu d'une loi édictée par le gouvernement en novembre 2013, semble abattre Shaïmaa al-Sabbagh d'une balle dans le dos.

La police aurait des preuves concrètes

Pourtant, sur place, un officier rapporte à metronews avoir les preuves de l'innocence de la police. Alors que cette militante et son groupe manifestaient dans la rue, les forces de l'ordre ont reçu l’ordre de se rendre sur place. "Pour ce genre de rassemblement, tirer des coups de feu est inutile. L'ordre que nous avions, en revanche, était d'avoir des gaz lacrymogènes et d'en faire usage si le mouvement refusait de se dissiper", nous indique Samir, policier gradé égyptien basé au Caire. Qui poursuit : "Les tirs par armes à feu étaient interdits dans cette rue ce jour-là. Après l’analyse des caméras de vidéosurveillance et l'avancée de l'enquête, je peux assurer que ce n'est pas la police qui a tué Shaïmaa", précise l'officier.

L'homme avance, en outre, des éléments matériels : "À l’autopsie, nous avons constaté que les tirs que la manifestante a reçus provenaient d'une distance comprise entre 3 et 8 mètres. Le policier armé le plus proche dans le champ de tir se trouvait à 17 mètres." Et même si les manifestants assurent que le groupe était encerclé d'agents de police, "sur une autre vidéo de surveillance, un homme portant une veste de costume bleue, d'un certain âge, tire en direction de la militante avant de ranger son arme dans sa poche. Il s'agit d'une arme de confection artisanale. Il correspond au champ de tir et restera aux côtés de Shaïmaa jusqu'à ce qu'elle meure", soutient Samir.


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Qui peut être ce mystérieux individu ? Pour notre interlocuteur, pas de doute : il s'agit "d'un extrémiste ou d'un membre des Frères musulmans". Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi, "beaucoup se sont radicalisés et commettent des crimes et des attentats contre la police et des Égyptiens qui ont participé à sa chute", explique Samir. Dans ces conditions, Shaïmaa aurait effectivement pu être une cible. Le parquet du Caire rendra publiques ses conclusions très prochainement.

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