Egypte : un référendum en forme de plébiscite pour l'armée

Egypte : un référendum en forme de plébiscite pour l'armée

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PROCHE-ORIENT - Appelés à se prononcer sur la nouvelle Constitution, les Egyptiens votent surtout pour l'avenir du général Sissi, qui dirige de facto le pays depuis six mois. S'ils lui apportent leur soutien, celui-ci a déjà prévu de se présenter à la présidentielle cette année.

Ceci n'est pas un référendum. C'est un plébiscite. En votant mardi et mercredi pour ou contre la nouvelle Constitution adoptée il y a un mois, les Egyptiens décident surtout de l'avenir de l'homme qui dirige de facto le pays depuis la chute il y a six mois de Mohamed Morsi : le général Sissi. Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense a appelé les Egyptiens à voter massivement "oui". Or si le "peuple le réclame", a-t-il annoncé samedi, il se présentera à la présidentielle prévue dans l'année.

L'armée garde ses privilèges constitutionnels

Quant à l'objet du scrutin, la Constitution, peu d'Egyptiens l'ont vraiment lue. Et ceux qui l'ont fait ont d'ailleurs constaté que son adoption consacrera la reprise en main du pays par l'armée. Certes, quelques avancées démocratiques y ont été injectées (droits des femmes, des enfants, droits culturels…). "Mais dans le même temps, les privilèges que l'armée avait dans les constitutions précédentes ont été maintenus, et même renforcés", explique à metronews Nathalie Bernard-Maugiron, spécialiste en droit à l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Ainsi, les tribunaux militaires sont toujours autorisés à juger des civils et, surtout, pendant les huit prochaines années, le puissant ministre de la Défense ne pourra être qu'un militaire, choisi par l'armée.

Trois ans après la chute d'Hosni Moubarak, la révolution semble donc loin. "La population en a marre, elle n'y croit plus et elle est prête à sacrifier une partie de ses idéaux pour retourner à l'ordre et la sécurité, après trois ans de chaos", analyse Nathalie Bernard-Maugiron. Se tournant naturellement vers l'homme fort du moment : le général Sissi. Lui qui, après avoir destitué Mohamed Morsi, a balayé les Frères musulmans du champ politique en labellisant le mouvement islamiste "organisation terroriste". Et mené une répression féroce à l'égard de ses partisans, qui a fait des milliers de morts. Des méthodes qui ne sont pas sans rappeler un certain Moubarak... Un pas en avant, deux en arrière.

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