Joe Biden président, une leçon de persévérance

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PORTRAIT - Après plus de deux mois de transition chaotique bout du suspense, Joe Biden prêtera serment, mercredi 20 janvier. L'aboutissement suprême pour cet animal politique à l'extraordinaire longévité.

L’homme qui prêtera serment sur la Bible, ce mercredi, en rêvait depuis l’adolescence. "Je veux être président des États-Unis", disait Joseph Robinette Biden Junior quand il n'avait que 17 ans*. Deux fois candidat à la présidence, en 1988 et 2008, et deux fois écarté dès les primaires démocrates, sa troisième tentative aura été la bonne. Ce n’est sans doute pas le scénario que le jeune Joe Biden imaginait, mais son objectif a enfin été atteint. 

Derrière l’extraordinaire longévité de cet animal politique, et sa trajectoire à première vue rectiligne, se cachent des coups d’arrêt et des relances, des tragédies et des drames personnels, dont il s’est à chaque fois relevé avec l’aide de son clan. Entré très jeune au Sénat en 1973, il y restera pendant 36 ans, avant de devenir le vice-président de Barack Obama lors de ses deux mandats. Et celui qui semblait retiré du circuit politique depuis 2016 s'apprête à devenir, à bientôt 78 ans, le président le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis, un record qu’il enlève à… Donald Trump.

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Enfance à Electric City

Lorsqu’il se retourne sur sa longue carrière, et qu’il cherche à souligner ses origines modestes, Joe Biden aime à rappeler son enfance dans la cité ouvrière de Scranton. A fortiori s’il est en campagne : c’est une façon aussi de revendiquer un ancrage dans l'État crucial de Pennsylvanie. Enfant, Joe Biden bataille avec un problème de bégaiement, qu’il ne vaincra complètement que jeune adulte. Cela ne l’empêche pas d’affirmer très tôt une forte personnalité et un ego prononcé, dont se souviennent volontiers ses amis d’enfance quand la presse vient à les rencontrer.

Jadis surnommée “Electric City”, Scranton n’aura fait que décliner après la guerre, souffrant de la baisse de la demande de charbon. Le destin des parents de Joe Biden suit le mouvement : armuriers prospères, leur commerce se délitera peu à peu, jusqu’à la faillite. 

Wilmington : la base-arrière

Le père de Joe Biden change plusieurs fois d’emploi, et finit par déménager avec sa famille pour le Delaware voisin, où il se fixe comme concessionnaire. C’est l’autre fief de Joe Biden, celui où il s’établira définitivement. C’est ici qu’il ira au collège et au lycée, et mènera plus tard des études en histoire et en sciences politiques. La famille reste soudée, un principe directeur dont Joe Biden ne se départira jamais. Les Biden sont un clan, ce que l’on aura d’autres occasions de vérifier.

Les origines partiellement irlandaises de Joe Biden, du côté de sa mère, sont régulièrement invoquées lorsqu’il s’agit d’expliquer son caractère parfois explosif. Mais notez bien le “Robinette” intercalé dans son nom complet : c’est le patronyme de sa grand-mère paternelle, descendante de huguenots français exilés. Les Biden sont cependant des catholiques romains, un ancrage religieux qui aura eu son rôle jusqu’à l’élection de cette année.

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Joe Biden poursuit son cursus par des études supérieures à l’université de Syracuse, dans l’Etat de New York. C’est à cette époque qu’il rencontre Neilia Hunter, qui deviendra sa première femme. Un coup de foudre, et une association de caractères qui va réaliser des prodiges. Le jeune couple s’établit à Wilmington, toujours dans le Delaware. Leur premier fils, Beau, naît en février 1969, son frère Hunter suivra l’année suivante, et leur soeur Naomi en 1971. 

Joe Biden débute une carrière d’avocat, où il n’excelle pas particulièrement. Son attention est déjà tournée vers l’action politique, qui le passionne depuis l’enfance. Il se lance en 1970 à l’échelon régional, et emporte sous l'étiquette démocrate une élection promise aux républicains. 

Le triomphe et le drame

Le clan Biden commence à y croire, de même que les responsables démocrates locaux : la prochaine marche, c’est Washington. Il faut pour cela battre le sénateur du Delaware James Caleb Boggs, un baron républicain solidement implanté localement depuis 1946. Lors du scrutin, Joe Biden n’a même pas l’âge légal pour être sénateur : il aura les 30 ans requis entre l’élection et l’investiture. La flamboyante success story semble se poursuivre : en novembre 1972, le jeune candidat bat son adversaire réputé invincible, et va faire son entrée au Sénat. Adieu Wilmington, bonjour Washington. Il reste deux mois pour préparer la transition et le déménagement. 

Mais le 18 décembre, alors qu’elle prépare Noël avec ses trois enfants, un semi-remorque percute la voiture de Neilia. La jeune femme et sa fille âgée d’un an sont tuées, les deux frères gravement blessés. L’univers de Joe Biden vient de s’effondrer. D’abord tenté de renoncer à son mandat pour s’occuper de ses fils, il passera des mois à leur chevet, avant de reprendre peu à peu le fil de son existence. Sa famille, et surtout sa soeur Valérie, l’entourent et l’aident à faire face. De cette époque date l’habitude du sénateur Biden de rentrer chaque soir de Washington à Wilmington en train, pour voir sa famille. Une pratique qu’il gardera pendant ses 6 mandats successifs, et qui lui ont valu le surnom de “Amtrak-Joe” (Amtrak étant l’équivalent américain de la SNCF, ndlr). De là aussi, un rapport fusionnel entre Joe Biden et ses fils, qui a souvent soutenu, mais parfois fragilisé, comme on le verra, sa position d’élu.

Le second souffle

Joe Biden rencontre sa seconde épouse en 1975, et l’épouse en 1977. La famille se reforme autour de ce nouveau noyau. Indépendante, Jill Biden se voue à sa carrière d’enseignante, et à l’éducation de leurs enfants, mais sait épauler son mari dans les moments décisifs de sa carrière. Le sénateur Biden prendra rapidement un rôle central au Capitole. Très impliqué dans la commission des Affaires étrangères, il en fait son pré carré. Mais il se signalera aussi par une loi contre la violence faite aux femmes, en 1994, ce qu’il aura souvent rappelé durant cette campagne.

Battu sèchement dès les primaires pour les présidentielles de 1988 et 2008, vice-président de Barack Obama durant les 8 ans qui ont suivi, Joe Biden envisageait une nouvelle tentative lors des élections de 2016. Mais la maladie de son fils Beau a mis de côté ses ambitions. Très affecté par son décès d’un cancer du cerveau en 2015, Joe Biden a estimé qu’il n’avait tout simplement pas la force de repartir en campagne. C’est Hillary Clinton qui avait alors été désignée lors des primaires. Son échec surprise face à Donald Trump a laissé le camp démocrate en état de choc.

Le come-back victorieux

Lorsque le vieux sénateur a mis fin à sa retraite pour revenir dans la course, en avril 2019, cela avait tout du raout d’honneur. Le feu des projecteurs était braqué sur les étoiles montantes de l’aile gauche du parti, Elizabeth Warren et Bernie Sanders, qu’il était loin d’incarner. Ses défaites cinglantes dans l’Ohio et le New Hampshire face au sénateur socialiste ont semblé confirmer l’impression que le centriste qu'il était n'incarnait guère les désirs des militants et sympathisants démocrates.

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Puis il y eut une victoire éclatante en Caroline du Sud, et la remontée rapide, puis la course en tête. Joe Biden était de retour, les électeurs démocrates ont fait le calcul qu’il était le seul à même de battre Donald Trump. Et ils ont eu raison. 

Mais là encore, rien ne sera facile. Il faudra quelques jours de suspense pour que Joe Biden soit déclaré vainqueur par les médias : la Pennsylvanie et la Géorgie, États pivots de l'élection, ne tomberont dans son escarcelle qu'au bout d'un suspense irrespirable et la prise en compte de tous les votes par correspondance. Un retournement de situation par rapport au soir de l'élection qui mettra en fureur le clan Trump. Décidé à contester en justice ces résultats, les partisans du milliardaire multiplieront les procédures en justice, sans le moindre succès. Les certifications tomberont, État par État, malgré les manifestations qui grossissent au fil des semaines.

Las ! Les jusqu'au-boutistes, jusqu'au Sénat, promettront de ne pas reconnaître la certification des résultats. Gonflés à bloc par leur héraut toujours incapable de reconnaitre sa défaite, le 6 janvier, les plus ultras des partisans de Trump tenteront un coup d'État en prenant d'assaut le Capitole, siège du Congrès américain, en pleine certification. Une émeute à cinq morts. Tel le créateur voyant sa créature échapper à son contrôle, Donald Trump finira par reconnaître la défaite, appelant au calme. Ultime preuve que, jusqu'au bout, Biden aura dû batailler pour réaliser son rêve.

* Rapporté par Sonia Dridi dans son livre “Joe Biden, le pari de l’Amérique anti-Trump”

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