Donald Trump menace de "recompter" les bulletins : est-ce possible et quelles sont les règles pour les États concernés ?

Donald Trump menace de "recompter" les bulletins : est-ce possible et quelles sont les règles pour les États concernés ?

"RECOUNT THE VOTE" - Après un long silence radio, Donald Trump s'est finalement exprimé jeudi soir de la Maison Blanche, dénonçant une supposée irrégularité des bulletins par correspondance. Face à la remontée de Joe Biden, il menace de demander à "recompter les bulletins". La Géorgie s'apprête déjà à le faire. Que prévoient les Etats concernés par un score serré?

Comme cela était largement anticipé, les bulletins de vote par correspondance qui continuent d’être dépouillés dans cinq États (Pennsylvanie, Géorgie, Caroline du Nord, Arizona et Nevada) se révèlent très majoritairement favorables à Joe Biden. La préférence démocrate pour ce mode de vote était connue, et les comtés dont on dépouille les bulletins sont majoritairement des bastions démocrates. À cela une explication principale : le vote rural est plus rapide à décompter, tandis que les centres urbains penchent presque partout à gauche.

Toute l'info sur

Élection américaine : Trump vs Biden, la folle campagne

C’est ce flux de votes démocrates dont Donald Trump veut qu’on cesse de le compter. Pour l’heure, ses recours en justice n’ont pas trouvé de base légale pour aboutir. En revanche, sa menace d’exiger un recomptage dans certains États pourrait trouver une légitimité légale. Ce sera vraisemblablement le cas en Géorgie, où le peu de bulletins restant permettent d'anticiper un nouveau dépouillement, automatique dans cet Etat quand le résultat est trop serré.

Les codes électoraux des États concernés prévoient tous le cas d'une élection indécidable, et des procédures variées pour recompter les voix. C’est ce qui s’était passé en Floride en 2000, où l’écart entre George W. Bush et Al Gore, qui allait décider de toute l’élection, n’était que de quelques centaines de voix.

Petit tour d’horizon des pratiques locales, dans chacun des États qui pourraient être concernés :

Pennsylvanie : victoire obligatoire pour Trump

C’est le passage obligé pour Donald Trump : il ne peut mathématiquement plus gagner sans l’emporter en Pennsylvanie. Dit autrement : si Joe Biden l’emporte ici, le match est plié.

Il existe actuellement 4 combinaisons de victoires et/ou défaites qui verraient Donald Trump gagner l’élection présidentielle (contre 27 pour Joe Biden), mais toutes passent une victoire en Pennsylvanie.

Lire aussi

Aux premières heures vendredi, Joe Biden a rejoint et très légèrement dépassé Donald Trump. Mais le nombre de voix restant à dépouiller, et les secteurs dont ils proviennent, laissent penser aux spécialistes que le démocrate devrait accroître son avance. Reste à savoir quelle sera la marge, puisque c’est elle qui va déterminer les possibilités de recours.

Si l’écart entre les deux candidats est inférieure à 0,5% de l’ensemble des suffrages, le recomptage est automatique, le camp républicain n’aura même pas à engager de recours. Dans le cas contraire, des électeurs peuvent saisir les autorités pour des recomptages locaux.

Dès lors, tous les regards seront tournés vers l’horloge : la limite pour désigner un vainqueur est fixée au 23 novembre. C’est ce qui va tendre la dramaturgie partout où un nouveau dépouillement sera demandé : le temps imparti pour le faire, et les procédures pour retarder le processus. En 2000, alors que la Floride était empêtrée dans des opérations de dépouillement depuis 36 jours, c’est la Cour suprême qui avait sifflé la fin de la partie, le dépassement des dates limite étant jugé contraire à la Constitution.

À noter aussi, même si ce ne sera pas déterminant dans ce cas de figure, que les opérations de recomptage coûtent très cher : en Pennsylvanie, c’est le demandeur qui les finance, et il est remboursé si une fraude ou une erreur en sa défaveur est finalement avérée.

Arizona : plus serré que prévu

Ici, c’est Joe Biden qui fait la course en tête, mais sa large avance a été grignotée par Donald Trump. La victoire Arizona avait été attribuée prématurément à Joe Biden par un certain nombre de médias, à commencer par Fox News, dont on connaît pourtant la complaisance à l’égard de Donald Trump.

Mathématiquement, l’actuel locataire de la Maison Blanche peut toujours l’emporter, ou atteindre un score qui permettrait d’exiger un recomptage. La condition est toutefois ici plus drastique : il faut un écart maximum de 0,1%. Si c’est le cas, l’État d’Arizona engage les opérations. En revanche, les candidats ne peuvent exiger de recomptage dans aucune autre circonstance.

Géorgie : la remontada de Biden

Joe Biden vient tout juste de dépasser Donald Trump, après une spectaculaire remontée au fur et à mesure du dépouillement des votes par correspondance. Les assesseurs du comté de Clayton ont continué de travailler toute la nuit, au contraire de leurs confrères, apportant aux premières heures de la journée une courte avance au démocrate.

Compte tenu des bulletins restant à dépouiller, les deux candidats resteront quoi qu'il arrive dans un mouchoir de poche. Les autorités de l'Etat viennent d'annoncer qu'un recomptage devrait être organisé. C'est en effet automatique en Géorgie, si l’écart reste inférieur à 0,5% des suffrages. 

Selon le code électoral de l'Etat, l’ensemble des opérations de ce nouveau dépouillement devront être achevées avant le 20 novembre. L’équipe de Gore avait obtenu une prolongation en Floride en 2000, et c’est justement cette décision que la Cour suprême avait cassé dans son arrêt Bush vs Gore. Cet arrêt fera-t-il jurisprudence, cette fois au détriment de Donald Trump ? La complexité juridique américaine rend impossible de répondre à cette question a priori.

Nevada : viva Las Vegas

Mené ici aussi, Donald Trump pourrait rattraper son adversaire, si les bulletins restant à dépouiller étaient majoritairement à son avantage. Rien d’impossible dans la configuration actuelle. S’il reste derrière, il pourra demander un recomptage.

La méthode est ici inhabituelle. Un nouveau dépouillement doit utiliser les mêmes méthodes que l’élection originale, ce qui réduit les chances d’une forte variation. Par ailleurs, 5% des voix de chaque circonscription doivent être recomptées. Si l’écart trouvé alors est inférieur à 1%, l’ensemble des voix de l’Etat doit être dépouillé à nouveau. Et tout cela est supposé être achevé dans les 10 jours suivant le recours. 

Autre signe distinctif de la procédure locale, c’est… le perdant de l’élection qui paiera la facture de l’opération de dépouillement. Nous sommes bien dans l'État de la cité du jeu, Las Vegas.

Caroline du Nord : la course en tête de Trump

Si la victoire dans l’État n’est pas encore officiellement attribuée à Donald Trump, une remontée de Joe Biden est mathématiquement difficile. Un résultat serré à son désavantage pourrait amener l’équipe de juristes du camp républicain à engager un recours, si l’écart est inférieur à 0,5% ou à 10 000 voix. Ici, ce n’est pas l’État qui engage automatiquement un nouveau dépouillement, en revanche c’est lui qui finance l’opération. Pour l'heure, le camp démocrate n'a jamais évoqué l'hypothèse d'un recomptage des voix, mais les circonstances pourraient en décider autrement.

Wisconsin : la nouvelle Floride ?

En dehors des États encore en cours de dépouillement, le Wisconsin pourrait faire l’objet d’un recomptage, l’écart y étant inférieur à 1%. Donald Trump l’a promis dès l’annonce des résultats. Reste à savoir si les 10 Grands électeurs dont dispose le Wisconsin seront encore décisifs lorsque l’ensemble des résultats seront tombés. 

Si c'est le cas, les scènes vues il y a 20 ans lors du recomptage en Floride, pourraient cette fois avoir pour cadre les beaux paysages du Wisconsin. Et il pourrait faire froid, puisque l'État a jusqu'au 1er décembre pour proclamer les résultats, et qu'aucun recours en justice n'est envisageable avant cela.

Michigan : le risque s'éloigne

La possibilité d’un recours au Michigan, un temps évoqué, semble close. Selon le code électoral de l’État, il faudrait un écart inférieur à 2000 voix entre les deux candidats. Joe Biden, alors que 98% des voix ont été dépouillées, mène désormais de plus de 150 000 voix.

Les équipes de Donald Trump ont engagé une première démarche en justice pour de supposées fraudes, que le tribunal a rejetée faute d’éléments probants.

Cette année, dans une perspective pessimiste, le jeu des procédures pourrait en fait concerner plusieurs États simultanément, créant une complexe équation à plusieurs inconnues. Dans l’histoire électorale américaine, les opérations de recomptage n’ont en fait pratiquement jamais abouti à des retournements de situation, sinon lorsque l’écart était réduit à quelques dizaines ou centaines de voix. Trois fois en tout, et jamais lors d’une présidentielle.

Si la Cour suprême a pu avoir un rôle en 2000, lors de l’ultime bataille entre Gore et Bush, c’est en maintenant le statu quo du score initial favorable au Républicain, qui était contesté. La situation envisagée cette année sera probablement inverse : c’est Trump qui conteste. Si redoutée qu’elle fût par le camp démocrate, et si pro-républicain fût-elle, la Cour suprême peut arrêter ou prolonger les recomptages, mais pas inverser un score à elle toute seule.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : "Pas d'évolution des restrictions nationales cette semaine", annonce Gabriel Attal

EN DIRECT - Trump quitte la Maison Blanche, Biden salue "un jour nouveau pour l'Amérique"

En plein couvre-feu, il tombe en panne et se fait arrêter par la BAC

La vitamine D protège-t-elle des formes graves du Covid-19 ?

Non-respect du couvre-feu : les dénonciateurs rémunérés ? Des internautes tombent dans le piège

Lire et commenter