#StopTheSteal : la guerre des fake news dans les camps Biden et Trump

L'élection présidentielle américaine se conclut par le scénario redouté : un vote sans vainqueur clair. Et dans l'attente d'un résultat qui pourrait prendre des jours, des militants ont accusé le camp adverse de "voler" l'élection à coup de fausses informations. Un terme récupéré par Donald Trump lui-même.

GUERRE DES NERFS - L'élection présidentielle américaine se conclut par le scénario redouté : un vote sans vainqueur clair. Et dans l'attente d'un résultat qui pourrait prendre des jours, des militants ont accusé le camp adverse de "voler" l'élection à coup de fausses informations. Un terme récupéré par Donald Trump lui-même.

La phrase paraît surréaliste. En plein coude-à-coude dans la course à la Maison Blanche, Donald Trump a "faussement revendiqué être le gagnant des élections américaines", pour citer CNN. Et ce alors même que des millions de votes n'étaient toujours pas dépouillés. Une déclaration qu'il a accompagnée d'une accusation grave. Pour lui, le camp démocrate est en train de "voler" l'élection. Une attaque qui fait écho au hashtag #StopTheSteal. 

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Littéralement "arrêter le vol", il a ponctué la journée électorale d'images, vidéos ou témoignages, insinuant que des Américains n'avaient pas pu exercer librement leur droit de citoyen. Un phénomène d'une telle ampleur que sur Twitter, ces mots avait été mentionnés plus de 12.800 fois ce mardi midi (heure locale), selon la société d'analyse Signal Labs, citée par le New York Times. LCI a décortiqué cinq des publications les plus virales.

Un agent "empêché de contrôler le scrutin"

Parmi les contenus qui ont rendu populaire le hashtag, on trouve une  vidéo de 33 secondes. Visionnée 2,7 millions de fois, elle est supposée montrer un "observateur du scrutin" du camp républicain à Philadelphie. Envoyés par les partis politiques, ces agents sont formés afin de repérer et empêcher le trucage des élections. Sauf qu'ici, deux personnes semblent lui bloquer l'accès au bureau de vote. On l'entend demander: "Vous ne me laissez pas entrer? (..)J'ai un certificat d'observateur valable dans l'ensemble de la ville". La femme qui lui fait face rétorque qu'il n'est "pas pour cet endroit". L'individu conteste, assurant que son document permet d'être mobilisé "dans chaque quartier et district de la ville". Une séquence qui a notamment été reprise par Mike Roman, directeur des opérations du jour du scrutin de la campagne Trump. "Les agents démocrates interdisent les observateurs de Trump à Philly. Ça se passe partout dans la ville", écrit-il en lettres majuscules, concluant par "le vol est en cours!".

La réalité est plus compliquée que ça. Il s'agit en fait d'une "une erreur d'appréciation" de la part des responsables de ce bureau de vote. Le porte-parole du commissariat de Philadelphie à ainsi expliqué à PolitiFact que la personne en charge de diriger le bureau avait jugé que le numéro de quartier inscrit sur le certificat de l'observateur ne permettait pas de travailler sur ce site. C'est en fait une vieille règle. Désormais, ceux qui possèdent ce certificat peuvent se rendre dans tous les arrondissements d'un ville. L'homme en charge a eu un rappel de la règle. Mais entre temps, le principal concerné s'était finalement rendu sur un autre site. Une "erreur de bonne foi", qui n'a pas été répétée ailleurs. "C'est la seule erreur de ce genre", a assuré le porte-parole.

Des pro-Trump "bloquant l'accès à un bureau de vote"

Les pro-Trump n'ont pas le monopole de la "fake news". Sur Facebook, la page pro-libéral "The Other 98%", suivie par six millions de personnes, a déclaré à tort que des partisans du magnat de l'immobilier ont intimidé des électeurs dans le New Jersey. Sur la photo, un homme tenant une bannière où sont inscrits les mots "Trump 2020" parait en effet bloquer l'accès à une urne. 

L'image est en fait sortie du contexte. Les services de police de la ville de Clifton, où a été pris le cliché, ont ainsi rapidement réagi en publiant, toujours sur Facebook, un démenti. Ils expliquent que les faits sont tout simplement "entièrement faux". En fait, cet indicent remonte à deux jours. "Cette affaire fait l'objet d'une enquête, mais ne semble avoir aucun rapport avec une quelconque forme d'intimidation des électeurs", a déclaré le service de police. Fait assez rare pour être souligné, la page en question a modifié sa publication, reconnaissant son erreur. 

Lire aussi

Un agent du scrutin qui a "jeté plus de 100 bulletins"

Après Twitter et Facebook, c'est sur Instagram que cette fausse information a été diffusée. Dans une story, l'internaute Sebastian Machado se présente comme un agent de vote pour le comté d'Érié, dans l'État de Pennsylvanie. Il écrit: "J'ai déjà jeté plus d'une centaine de bulletins de vote pour Trump!" Une information rapidement réfutée par les responsables du comté. Dans un communiqué, le président du conseil électoral a lui-même fait savoir qu'il s'était penché sur la question. Et assure que "la personne qui fait ces déclarations ne travaille ne travaille pas avec le comté d'Erie et ne participe pas au processus électoral". En fait, l'individu n'est même pas un électeur inscrit dans ce territoire et "n'est pas considéré comme résident du comté d'Erie", précise la même source. 

Le texte, capturé et largement diffusé, a notamment été partagé par l'activiste pro-Trump Mike Coudre. Sa publication avait été partagée près de 7.000 fois. Avant d'être supprimée. Non pas par l'internaute lui-même mais par Twitter, qui l'a retirée vers 15h locale. Une version moins virale est toujours disponible sur Facebook. Le réseau social a préféré laisser le contenu tout en prévenant qu'il s'agit d'une "fausse information". 

Une femme qui "bourre littéralement" les urnes

Si Twitter supprime certaines fausses informations, d'autres restent en ligne accompagnées d'un simple avertissement : "Une partie ou la totalité du contenu partagé dans ce Tweet est contestée et susceptible d'être trompeuse quant au mode de participation à une élection ou à un autre processus civique". C'est le cas de plusieurs tweets du président Donald Trump, notamment dans ceux où il assurait avoir remporté l'élection. Mais aussi pour celui de l'un des responsables de sa campagne. Il s'insurge : "Elle bourre littéralement les urnes à Philly!" Sous la légende, une vidéo sur laquelle on voit une femme insérant dans une boîte aux lettres ce qui est décrit comme plusieurs bulletins de vote. 

Encore une fois, la vidéo est réelle mais la légende trompeuse. Dans un premier temps, la cheffe de la communication du procureur de l'Etat, Jane Roh, a rappelé sur Twitter qu'il est "légalement possible" de remettre plusieurs bulletins de vote, notamment s'il s'agit d'électeurs en situation de handicap. Seulement, ici, la question ne se pose même pas. Car "quels que soient les documents" postés "ils sont deux fois plus gros que les bulletins de vote officiels".

Quelques dysfonctionnements des machines à voter

Enfin, des machines à voter cassées ou hors d'état d'usage ont été signalées dans certains bureaux de vote. C'est le cas par exemple à Brooklyn, dans l'Etat de New York, ou à Scranton, toujours en Pennsylvanie. Des internautes ont publié vidéos et images montrant qu'ils rencontraient des problèmes avec ces outils. Et ceux qui les ont diffusés massivement ont fait une observation simple. Ces machines sont bloquées dans des lieux qui "ont voté pour Donald Trump en 2016". Ainsi, ils insinuent que certains bureaux de vote ont tenté d'interférer dans le processus électoral. Or, dans les deux cas, le problème n'a pas duré longtemps. Les autorités new-yorkaises ont prévenu sur Twitter que ce dysfonctionnement avait été réglé peu après 8h du matin. Pour ce qui est du deuxième cas, le journal USA Today a rapporté qu'il avait été résolu à 9h30, soit plusieurs heures avant la publication du tweet.

Si les internautes relèvent ce phénomène quand il a lieu dans des bastions de Donald Trump, ce problème est en fait assez récurent dans le pays. Aucun média n'a trouvé de preuves probantes d'un problème à plus large échelle qui aurait empêché des électeurs d'exercer leurs droits de vote. 

Si les accusations de fraudes électorales sont impressionnantes - surtout quand elles viennent d'un candidat - les paroles de Kristen Clarke, présidente d'une association de défense des droits civiques, permettent de revenir à la raison. Auprès du New York Times, elle note qu'il n'y a "pas eu de problèmes systémiques majeurs ou de tentatives d'obstruction au vote des électeurs". "Les problèmes que nous avons vus ont été pour la plupart isolés et sporadiques."

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EXCLUSIF - "J'ai vu la mort arriver" : Romain Grosjean raconte son effroyable accident

EN DIRECT - Ski à l’étranger à Noël : Castex envisage des contrôles aléatoires et un "isolement de 7 jours"

Allemagne : une voiture percute des passants dans une zone piétonne, cinq morts et plusieurs blessés

Roumanie : un mystérieux monolithe métallique découvert, semblable à celui trouvé dans l'Utah

"Il faut rembourser la dette" : Bruno Le Maire esquisse la fin du "quoi qu'il en coûte"

Lire et commenter