Répressif, libéral et climato-sceptique : le programme de Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien

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PROGRAMME - Largement en tête au premier tour, le candidat d'extrême droite a été élu à la tête du Brésil ce dimanche à l'occasion du second tour de la présidentielle. Environnement, répression, corruption... Tour d'horizon de ses propositions, qu'il a promis de mettre en oeuvre.

Homophobe, sexiste, raciste, violent... Les qualificatifs ne manquent pas, chez les opposants à Jair Bolsonaro, pour qualifier celui qui a été élu dimanche 28 octobre à la tête du Brésil à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle. Des qualificatifs dont ne s'embarrassent pas ses partisans, qui voient surtout chez lui la promesse de rétablir l'ordre et la fin de la corruption, témoin l'avis du défenseur de l'OL, Marcelo, mardi 23 octobre dans L'Equipe, pour qui il est impensable de "soutenir un parti de corrompus, de voleurs, dont l'ex-président est en prison" ! 


Référence au parti des travaillistes, dont le leader Lula est actuellement derrière les barreaux pour des faits de corruption et dont le représentant, Fernando Haddad, n'a rien pu faire pour contenir la vague Bolsonaro.

Mais au-delà des postures, difficile, depuis l'étranger, d'y voir clair dans un environnement politique bouillonnant où les outrances de ce nostalgique de la dictature militaire prennent le pas sur le fond de son programme. En voici une présentation non-exhaustive. 

Contre le crime

Avec près de 64.000 homicides comptabilisés en 2017, et 550.000 ces dix dernières années, le Brésil vit littéralement dans la criminalité. Nombre d'électeurs ont ainsi été séduits par la proposition de Bolsonaro de déréguler en partie l'utilisation des armes à feu. Pour les policiers, une "protection juridique", sorte de présomption de légitime défense, s'ils tuent un suspect avec leur arme en service. Et, côté citoyen, un assouplissement de la législation sur le port d'armes. 


Dans un discours que ne renierait pas la NRA, le lobby pro-armes à feu aux Etats-Unis, le candidat du Parti social-libéral explique vouloir "donner l'accès au port d'arme aux gens bien". Dans la même veine, il entend également abaisser la majorité pénale de 18 à 17 ans, ciblant en creux le climat criminogène dans les favelas, où de nombreux jeunes gens sont embrigadés dans des gangs. Plus fort encore, il propose de "qualifier les invasions de propriétés rurales ou urbaines de terrorisme".

Economie et environnement

Plutôt du genre à avouer une faiblesse en matière d'économie, Jair Bolsonaro s'est rapproché de l'économiste Paulo Guedes, formé à l'école de Chicago, comme le rappelle Le Monde. Un rapproché qui a eu pour effet de libéraliser considérablement le discours d'un homme qui, en 27 ans, s'était fait remarquer par son opposition constante aux privatisations et aux réformes libérales. Et pourtant : si le flou persiste, il est aujourd'hui question de recourir à la privatisation quasi intégrale des entreprises publiques pour réduire la dette de 20%, d'installer un système de retraite par capitalisation (chaque citoyen met de côté pendant sa vie active pour constituer sa future pension). L'inspirateur de ce programme, serait, lui, placé à la tête d'un "super ministère de l'Economie". Autant de mesures qui font que les investisseurs brésiliens votent pour lui. D'ailleurs, la bourse de Sao Paulo avait bondi 6% au lendemain de la victoire de l'ex-militaire au premier tour.


Cette inspiration libérale, s'attaque aussi aux question environnementales : dans le programme du "Trump tropical", nulle mention du problème de déforestation de l'Amazonie, en recrudescence depuis le départ des travaillistes. En constante diminution depuis des décennies, le plus grand massif forestier au monde permet pourtant d'absorber une grande quantité d'émissions de CO2. Autant dire que la perspective du cumul d'un programme massif de privatisations, de la fusion entre le ministère de l'Environnement et celui de l'Agriculture, puis le retrait de l'accord de Paris sur le climat, inquiète les ONG environnementales. Une vingtaine d'entre elles ont ainsi dénoncé dans un lettre ouverte, le 19 octobre, le risque "d'explosion de la déforestation" en cas d'élection de Bolsonaro.

Contre la corruption

Alors que les derniers chefs d'Etat, de Lula à Michel Temer en passant par Dilma Rousseff, ont essuyé la colère populaire dans le cadre d'affaires de corruption, à plus ou moins grande échelle, Bolsonaro séduit déjà parce qu'il n'est pas travailliste, contrairement à son adversaire du second tour, Fernando Haddad. Son programme en la matière peut se résumer pour beaucoup à un CV vierge d'accusations en la matière et à une déclaration d'intention : "Nous voulons un gouvernement décent, différent de tout ce qui nous a plongé dans la crise éthique, morale et budgétaire." Il propose quand même de réduire le nombre de ministères par deux, le ramenant à quinze, afin de limiter les arrangements potentiels entre partis.

Droits des femmes

Contesté pour son attitude générale sur les femmes (il avait lancé à une collègue députée qu'elle était "trop laide" pour qu'il la viole), Jair Bolsonaro ne devrait pas faire progresser leurs droits s'il était élu. Soutenu par une droite évangélique extrêmement offensive sur le sujet, l'ancien capitaine de l'armée a promis "d'opposer son veto" à toute tentative d'assouplissement de la loi encadrant l'interruption volontaire de grossesse. L'avortement est très strictement encadré : il n'est autorisé qu'en cas de viol, de risque pour la mère ou de grave malformation du cerveau du fœtus. Mais ce discours ne le différencie pas spécialement des autres candidats.

Au-delà des droits des femmes, Jair Bolsonaro a assuré dans l'entre-deux-tours qu'il ne verserait "plus d'argent public pour les ONG d’activistes qui défendent les droits de minorités", préférant valoriser, relève RFI, "la volonté de la majorité".

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Jair Bolsonaro et l'extrême-droite s'installent à la tête du Brésil

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