Election en Syrie : le président et ses figurants

Election en Syrie : le président et ses figurants

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POLITIQUE – Pour la première fois, l'élection présidentielle syrienne du 3 juin prochain est ouverte à plusieurs candidats. Ils ont jusqu'à jeudi pour se déclarer. Mais dans les faits, le scrutin est taillé sur mesure pour Bachar al-Assad.

En théorie, il s'agit de la première élection présidentielle "libre" en Syrie depuis plus d'un demi-siècle. Jusqu'à présent, une seule candidature était soumise à la population, priée de l'avaliser par référendum. Un plébiscite à la gloire respective d'Assad père et fils depuis 1970. Sans surprise, Bachar al-Assad s'est déclaré lundi candidat à sa réélection. Mais le scrutin du 3 juin, qui s'appuie sur la nouvelle Constitution approuvée en février 2012, ouvre "officiellement" la voie au pluralisme politique.

"Sauf que pour être candidat, il faut être Syrien, de parents syriens, avec une épouse syrienne et vivre depuis au moins 10 ans en Syrie, ce qui exclut de facto tous les opposants en exil", nous explique Fabrice Balanche*, spécialiste de la Syrie. Pour l'heure, onze personnes, parmi lesquelles un chrétien, se sont déclarées. L'article 3 de la Constitution stipule que le président doit être musulman mais les profils non conformes seront écartés après la fin des dépôts de candidatures le jeudi 1er mai. Dans le parcours du bon opposant, la loi électorale précise également que celui-ci doit obtenir le soutien de 35 députés. Or il n'y a que 89 députés "indépendants" sur les 250 parlementaires, le reste appartenant au parti Baas au pouvoir. "A terme, il ne restera donc en lice que deux "opposants" à Bachar al-Assad, qu'il aura lui-même choisis", résume Fabrice Balanche.

"Moment d'allégeance au chef"

Pays occidentaux et opposants ont d'ores et déjà qualifié de "parodie de démocratie" le futur scrutin qui se tiendra dans les zones fermement contrôlées par le régime. Et les trois années de guerre, qui laissent derrière elles plus 150.000 morts et la moitié de la population réfugiée à l’étranger ou déplacée à l’intérieur du pays, n'incitent pas au débat. "Dans la zone gouvernementale, le départ d'Assad est secondaire, le retour de la paix est la préoccupation numéro 1, estime le chercheur. L'opposition étant divisée, nombreux sont ceux qui pensent que le régime actuel est le seul à pouvoir ramener la sécurité. De toute manière, ceux qui ne votent pas seront considérés comme suspects. Chaque élection présidentielle syrienne, est un moment d'allégeance au chef".

En 2000, déjà, lors du premier mandat de l'actuel président syrien, le parti Baas avait modifié la Constitution pour lui permettre de succéder en "toute légalité" à son père. En 2014, Fabrice Balanche parle d'un simple "relooking d'autoritarisme", pour montrer au monde que "les institutions fonctionnent en Syrie". Dans la pratique, les jeux sont faits depuis longtemps.

*Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon 2 et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.
 

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