Économie : après quatre ans à la Maison Blanche, l'heure des comptes pour Donald Trump

Économie : après quatre ans à la Maison Blanche, l'heure des comptes pour Donald Trump

THE BEST (OR NOT) - Au bout de son mandat, le président américain revendique l'économie comme principal argument à sa réélection. Dans les faits, et dans les chiffres, la réalité est plus contrastée.

Si l’élection américaine avait eu lieu il y a un an, Donald Trump aurait eu peu de chances de la perdre. C’est ce que disaient alors les sondeurs, avec l’œil sur deux chiffres-clé, d’ordinaire indicateurs de l’état de l’opinion : le taux de chômage d’un côté, et les indices boursiers de l’autre. Logique : depuis les années 1970, les présidents en fonction en période de croissance ont toujours été réélus pour un second mandat. Comme le disait Bill Clinton pendant les années 1990, "It’s the economy, stupid !" 

Et Donald Trump le sait bien : plus que toute autre chose, aux États-Unis, c’est l’état de l’économie qui décide au final du succès d’une présidence. De quoi expliquer que meeting après meeting, interview après interview, le président affirme avoir construit "the greatest economy in the history of our country"... et être prêt à le faire une fois de plus. L’hyperbole se vérifie-t-elle dans le détail des chiffres ?

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Chômage et PIB : moins bien qu’Obama

Avant même que la pandémie de Covid-19 ne vienne faire basculer l’économie américaine dans le rouge, certains indicateurs économiques n'étaient déjà plus à inscrire au crédit politique de la présidence Trump. Ainsi pendant les 36 derniers mois de son mandat, Barack Obama aura créé près de huit millions de nouveaux emplois, soit environ 225.000 chaque mois. En comparaison, sur les 36 premiers mois de son mandat, le président Trump n'aura créé « que » six millions et demi de nouveaux emplois, soit 183.000 par mois en moyenne. 

Surtout, Covid oblige, ces gains ont été largement effacés sur les neuf derniers mois, le chômage étant presque revenu au niveau exact où il se trouvait quand Donald Trump a pris ses fonctions début 2017. Pas exactement une performance, donc : il restera comme le premier président depuis Herbert Hoover - élu en pleine crise de 1929 - à quitter ses fonctions avec moins d’Américains au travail que quand il est arrivé aux affaires.

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Autre indicateur comparable sur la durée, le produit intérieur brut (PIB), qui n'aura jamais atteint les niveaux de croissance promis par celui qui était à l'époque le candidat Trump. Les effets des mesures de dérégulation et les baisses d'impôts massives pour les sociétés et les ménages les plus aisés n'ont pas abouti à une accélération notable de la croissance de l'économie. Tout au plus peut-on reconnaître à l'administration Trump d'avoir maintenu des niveaux de croissance et de PIB comparables à son prédécesseur... en mettant de côté l'année 2020, bien entendu.

Face à la Chine, la posture du "dealmaker"

En 2016, la promesse du candidat Trump était de ramener des emplois industriels aux États-Unis. Des emplois perdus que Donald Trump mettait sur le compte de la Chine, et le déséquilibre de la balance commerciale entre les deux pays, 346 milliards de dollars à l’époque. Le candidat de l’époque balayait volontiers les dangers potentiels d’un différend entre les deux pays. "Les guerres commerciales sont faciles à gagner", disait-il. 

Quatre ans plus tard, le bilan est sombre : après des tentatives d’accords bilatéraux avortés en 2017, le président a imposé des centaines de milliards de nouveaux droits de douane sur les produits chinois, s’est attaqué à des étendards de l’économie chinoise, comme Huawei, bref, la guerre commerciale a presque rythmé l’essentiel de son mandat… mais pour quel résultat ?

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Sur le sujet, les études publiées sur l’année écoulée concordent : l’échec est total. Les taxes de douane ont été répercutées sur le prix des produits - comment en serait-il autrement ? - coûtant près de 50 milliards de dollars aux entreprises et ménages américains. La guerre commerciale se solderait aujourd’hui par 300.000 emplois perdus, dans l’industrie et l’agriculture, et par une baisse du PIB estimée entre 0,3 et 0,7%, un coût pour l’économie américaine de 316 milliards de dollars à la fin de cette année. 

Le déficit commercial non plus n’a pas bénéficié des offices du dealmaker Trump. Il est revenu à son niveau de 2016, certes, mais en réorientant les importations vers d’autres pays, l’Amérique a creusé son déficit commercial avec l’Europe, le Japon, la Corée et le Mexique. Au final, USA et Chine ont signé cette année un accord commercial... qui ressemble fort à celui que proposait la Chine en 2017.

Wall Street contre "Main Street"

En revanche, s'il est un indicateur de l'économie ou Trump fait mieux que plusieurs de ses prédécesseurs, c'est bien du côté de la santé insolente des marchés boursiers. Sur les trois premières années de la présidence Trump, l’indice S&P 500 des valeurs vedettes a grimpé de 50%. L’indice NASDAQ des valeurs technologiques a lui plus que doublé depuis que Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche. Trump fait ainsi mieux que Reagan, Bush ou Carter… mais moins bien que Clinton et Obama.

Et dans un pays où 55% des ménages détiennent une épargne en actions, les indices du NYSE et du NASDAQ ont longtemps servi d’indicateurs, sinon sur la santé réelle de l’économie, du moins sur le moral du consommateur. Sauf que la boussole des grands indices s’est comme déréglée ces dernières années, et de manière plus aiguë encore depuis le printemps dernier, au point que la croissance des indices ne représente même plus la santé réelle des marchés financiers. 

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Si l’indice NASDAQ des valeurs technologiques semble au beau fixe, si l’indice S&P 500 des valeurs traditionnelles bat record sur record, c’est d’abord propulsé par la formidable croissance de la demi-douzaine des plus grosses valeurs technologiques, comme Apple, Amazon, Google, Facebook, ou Microsoft, ces géants qui ignorent la crise. Des entreprises dont la capitalisation boursière a explosé, renforçant plus encore leur poids dans les indices. Quand ces cinq là prenaient en moyenne 35% de valeur au premier semestre, les 495 autres entreprises qui font l’indice S&P 500 voyaient leurs cours baisser de 5% en moyenne, une récession généralisée que l’indice ne traduisait pas, alourdi vers le haut par la taille des géants.

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Ce qu’a signé de manière extrêmement visible la présidence Trump, c'est une divergence désormais évidente "entre Wall Street et Main Street", comme disent les économistes, entre la croissance des marchés financiers et la santé de l'économie réelle. 

Et si la promesse d'un actionnariat largement populaire est bien réelle aux États-Unis, elle est là encore l'arbre qui cache la forêt : 87% des actions détenues par des particuliers le sont par les 10% des ménages les plus aisés, qui penchent traditionnellement du côté Républicain. La santé de la bourse ne ferait donc pas gagner de voix au président en place. Joe Biden a beau jeu de railler son adversaire, en lui rappelant que "la plupart des Américains ne vivent pas de la Bourse".

Au final, si économistes et analystes politiques se lancent ces jours-ci dans ces comparaisons point à point des bilans économiques du 45e président américain, c'est pour comprendre si les mécanismes habituels qui font l'opinion fonctionnent encore pour un président atypique, et dans une Amérique en plein Covid. Et les chiffres ne disent pas tout. En 2012, quand Barack Obama se représente devant les Américains pour un second mandat,  le pays affiche un taux de chômage de 7,8%. Autant dire une contre-performance dans un pays habitué à un chômage en dessous de la barre des 5%. 

Pour autant, sur fond de croissance, cela n'avait pas empêché Barack Obama d'être réélu. Aujourd'hui, alors que le premier mandat de Trump se conclut, ce taux de chômage est à 7,9%, presque équivalent, mais sur fond d’une incertitude économique et politique sans précédent, et d’un moral des ménages en berne. Sauf à faire mentir les sondages et les précédents de l’histoire électorale américaine, c’est bien cela qui pourrait bien coûter à Donald Trump l’opportunité d’un second mandat. Puisqu'on vous le dit, "it’s the economy, stupid !"

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