Facebook suspend une société pro-Trump qui a collecté les données de millions d’utilisateurs

SCANDALE - Sous couvert d’analyse, Cambridge Analytica aurait recueilli des millions de données personnelles sur Facebook sans l’autorisation des utilisateurs. La société, proche de Donald Trump, s’en serait servie pour prédire et influencer le vote des électeurs lors de la dernière élection présidentielle américaine. Un vol de données sans précédent dévoilé par le New York Times et The Guardian.

Facebook en a visiblement assez de se voir reprocher sa responsabilité dans l’élection de Donald Trump et prend des sanctions. La firme de Mark Zuckerberg a annoncé avoir "suspendu" Cambridge Analytica, une entreprise d'analyse de données. Cette décision fait suite à la publication, samedi, d’une enquête menée conjointement par le New York Times et The Observer, l'édition dominicale du quotidien britannique The Guardian.


Cambridge Analytica aurait récupéré les données de 50 millions d'utilisateurs et s'en serait servi pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d'influencer le vote des électeurs. La société aurait ainsi amélioré la visibilité et l’efficacité de la campagne électorale de Donald Trump, notent le New York Times et The Observer qui expliquent que le vol a débuté  en 2014. Selon le témoignage de l’un des fondateurs de Cambridge Analytica, le logiciel pouvait dresser un portrait des utilisateurs et leur envoyer des publicités ciblées.

Une violation de la politique de protection des données

Cambridge Analytica a été dirigée par Steve Bannon, ex-proche conseiller de Donald Trump avant son départ de la Maison Blanche à l’été 2017, avance The Observer. L’entreprise était également en partie financée par Robert Mercer, homme d’affaire américain figurant parmi les plus gros donateurs du Parti républicain.


Facebook a pris sa décision arguant "d’infractions à sa politique de protection des données" et expliqué qu’il s’agissait là des plus vastes vols de données de son histoire. Le réseau social a également coupé l’accès à ses services de la maison mère de la société, Strategic Communication Laboratories (SCL), d'Aleksandr Kogan, psychologue à l'université de Cambridge, et de Christopher Wylie, dirigeant de la société Eunoia Technologies et ancien employé de Cambridge Analytica.


Ces deux derniers sont accusés d’avoir menti à Facebook sur le but avoué de leur application Thisisyourdigitallife, suspendue en 2015 et qu’ils présentaient comme "une application de recherche utilisée par les psychologues". Officiellement, elle proposait de payer des utilisateurs pour remplir des tests de personnalité. "En 2015, nous avions appris qu'Aleksandr Kogan nous avait menti et avait violé la politique de la plateforme en transmettant les données récupérées sur une application utilisant une interface de connexion de Facebook à SCL/Cambridge Analytica", a annoncé ce vendredi Paul Grewal, le vice-président et directeur juridique adjoint du réseau social américain. "Il a également transmis ces données à Christopher Wylie". 


Les dirigeants de la plateforme américaine n'ont jamais expliqué comment elles avaient été obtenues ou utilisées. "Il y a plusieurs jours, nous avons reçu des informations selon lesquelles, contrairement aux promesses qui nous avaient été faites, toutes les données n'ont pas été détruites", ajoute Paul Grewal.

"Nous nous sommes servis de Facebook pour récupérer les profils de millions de personnes"

Facebook a indiqué que les données utilisateurs avaient été légalement récoltées par Kogan. Mais celui-ci avait "violé les règles de la plateforme" en les transmettant à Cambridge Analytica et à Christopher Wylie. Quelque 270.000 personnes ont téléchargé cette application. Celle-ci pouvait ainsi récolter des informations comme la ville renseignée sur leur profil ou le contenu qu'elles avaient apprécié, mais aussi sur les amis des personnes effectuant les tests. "Nous nous sommes servis de Facebook pour récupérer les profils de millions de personnes. Nous avons ainsi construit des modèles pour exploiter ces connaissances, et cibler leurs démons intérieurs", a confié Christopher Wylie au journal britannique.


Facebook a promis de prendre "les mesures nécessaires pour que les données en question soient effacées une bonne fois pour toute". Des poursuites judiciaires sont envisageables. De son côté, le New York Times avance que des copies des données obtenues par Cambridge Analytica existent toujours, et que certains journalistes ont même pu les consulter.

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