Elections américaines : "Je n’avais jamais vu une telle vulgarité dans un débat présidentiel"

Elections américaines : "Je n’avais jamais vu une telle vulgarité dans un débat présidentiel"
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ANALYSE - Le débat entre les deux candidats à la Maison Blanche a donné un image bien terne de la classe politique et n’a sûrement pas réconcilié l’Amérique avec la politique analyse Guillaume Debré, journaliste et ancien correspondant de TF1 à Washington.

Invectives, railleries, attaques personnelles et très peu de programme...  Le premier débat entre Trump et Biden a atteint une violence verbale inimaginable jusqu'alors dans la vie politique américaine.  On en parle avec Guillaume Debré, journaliste à TF1, ancien correspondant permanent à Washington et auteur du livre Je twitte donc je suis (Fayard) sur Donald Trump.

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Qu'avez-vous pensé de ce premier débat télévisé entre Joe Biden et Donald Trump ?

Guillaume Debré : Ce débat a été le plus acrimonieux que j’ai jamais regardé. J’ai eu l’impression de regarder un combat de catch entre deux septuagénaires. Il y a eu beaucoup d’insultes, les noms d’oiseaux ont volé. Joe Biden a traité Donald Trump de "menteur", de "clown", lui a lancé "tu vas la fermer, mec". il a même traité le président des Etats Unis de "toutou de Poutine". Ces insultes auraient été inimaginables il y a seulement quelques années. 

Trump n’a pas non plus retenu ses coups. Il a traité Biden d’imbécile, de marionnette "de la gauche radicale" et de n’avoir rien fait pendant les 47 années qu’il a passées à Washington. Je n’avais jamais vu une telle vulgarité dans un débat présidentiel. Mais cela fait aussi très longtemps que je n’avais pas vu un tel contraste programmatique entre deux candidats. Biden a exposé une vision du rôle et de la place de l’Etat, du multilatéralisme, de la coopération internationale que je qualifierais de très européenne. Il propose même d’aller beaucoup plus loin que Barack Obama et de transformer l’assurance maladie américaine en un système public de gestions des frais de santé. C’est une proposition radicale. Trump, lui, expose une vision de la responsabilité individuelle et de l’Etat beaucoup plus américaine. Comme on pouvait s’y attendre, il a été incapable de dénoncer les agissements d’une frange extrême de son camp.

Quels ont été les points forts et les points faibles des deux candidats ?

Guillaume Debré : Joe Biden a excellé dans le registre de la moquerie, ridiculisant même Donald Trump par intermittences. Mais physiquement, il parait quand même vieux, très pâle,  face à un président qui n’a que quatre ans de moins mais qui semble plus musclé, plus apte. Or, beaucoup d’Américains aiment avoir une incarnation politique qui soit forte. La force de Trump a été, une nouvelle fois, de montrer qu’il est un président insurrectionnel, non conventionnel, qui incarne cette Amérique qui ne se reconnait plus dans l’élite politique. A bien des égards, ce débat a donné un image bien terne de la classe politique et n’a sûrement pas réconcilié l’Amérique avec la politique.

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Qui a remporté cette première manche selon vous ?

Guillaume Debré : De mon point de vue, Joe Biden a remporté le débat. Trump avait martelé que Biden était "sénile", il le surnomme même "Sleepy Joe" (soit "Joe l’endormi"). Biden a montré qu’il pouvait résisté à Trump dont la stratégie était d’énerver Biden, comme il l’avait fait quatre ans plus tôt avec Hillary Clinton. Il a coupé la parole de Biden un nombre incalculable de fois. Avec sa performance, Trump a assurément excité un peu plus sa base électorale. Mais il n’a pas réussi à l’élargir. Il n’est pas allé séduire les centristes ou les indécis, et cela pourrait lui coûter le 3 novembre. Ce débat avait une importance particulière car beaucoup d’électeurs - les estimations parlent de 40 à 50% de vote anticipé cette année - cette année vont voter par anticipation et par correspondance. Le vote a en fait déjà commencé dans de nombreux Etats et donc il peut avoir convaincu certains électeurs qui voteront bien avant le 3 novembre.

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